UEMOA : 236,5 milliards FCFA levés par la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Sénégal, entre forte demande et coût du financement
Burkina Faso, Côte d’Ivoire et Sénégal sont venus chercher 215 milliards FCFA sur le marché régional des titres publics. Les investisseurs leur en ont proposé plus du double : 441,24 milliards. Au final, les trois États ont retenu 236,5 milliards FCFA. Une séquence qui confirme la profondeur du marché de la dette souveraine de l’UEMOA, mais dont les rendements racontent une histoire plus nuancée : les capitaux sont disponibles, à condition d’en payer le prix.
Il y a d’abord un chiffre qui résume la semaine : 205,23 %.
C’est le taux de couverture global des émissions réalisées par la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Sénégal. Face aux 215 milliards FCFA recherchés, les investisseurs ont présenté 441,24 milliards FCFA d’offres.
Dans un environnement où les États doivent simultanément financer leurs budgets, refinancer leurs échéances et conserver la confiance des investisseurs, cette demande constitue un signal important. Le marché régional reste capable d’absorber des volumes significatifs de dette souveraine.
Mais le véritable enseignement se trouve dans la structure de cette demande.
Les investisseurs privilégient massivement les OAT
Sur les 236,5 milliards FCFA effectivement mobilisés, les obligations assimilables du Trésor ont représenté 210,1 milliards, soit 88,8 % du total. Les bons assimilables du Trésor n’ont pesé que 26,4 milliards.
Le message est significatif : les trois États n’ont pas seulement trouvé de la liquidité à court terme. Ils ont réussi à placer une grande partie de leurs besoins sur des maturités allant jusqu’à sept ans.
Pour les finances publiques, cette capacité à mobiliser des ressources à moyen et long terme est stratégique. Elle permet d’étaler les échéances et d’éviter de concentrer l’ensemble des besoins de refinancement sur des maturités courtes.
Pour les investisseurs, elle traduit aussi une disposition à immobiliser des capitaux plus longtemps, à condition que les rendements proposés rémunèrent suffisamment cette durée.
Et c’est précisément là que les différences entre les trois signatures deviennent instructives.
Côte d’Ivoire : la demande la plus forte et des rendements contenus
La Côte d’Ivoire domine la séquence.
Abidjan recherchait 100 milliards FCFA et en a finalement levé 110 milliards. Les soumissions ont atteint 241,11 milliards FCFA, portant le taux de couverture à 241,11 %, le plus élevé des trois opérations.
L’État ivoirien n’a retenu aucun montant sur son BAT à 364 jours. L’intégralité de la levée repose donc sur les OAT à trois, cinq et sept ans.
Les rendements moyens pondérés ressortent respectivement à 6,45 %, 7,08 % et 7,16 %.
La Côte d’Ivoire réussit ainsi une double opération : lever davantage que prévu et concentrer le financement sur des maturités longues tout en bénéficiant, sur les échéances comparables, de conditions plus favorables que ses voisins.
Burkina Faso : 49,5 milliards FCFA malgré un environnement plus fragile
Le Burkina Faso recherchait 45 milliards FCFA. Il a obtenu 49,5 milliards, après avoir reçu 86,31 milliards FCFA de soumissions.
Le taux de couverture atteint 191,8 %.
Là encore, les OAT dominent très largement : 47,5 milliards FCFA sur les 49,5 milliards retenus. Le BAT à 364 jours ne représente que 2 milliards.
Les rendements s’étendent de 4,11 % sur le BAT à 7,39 % sur l’OAT à sept ans, avec 6,09 % sur trois ans et 7,27 % sur cinq ans.
La capacité du Burkina Faso à mobiliser près de 50 milliards FCFA dans cette configuration constitue un autre indicateur de la profondeur du marché régional.
Sénégal : la demande répond présente, mais à un coût supérieur
Le Sénégal complète cette semaine obligataire avec une levée de 77 milliards FCFA, contre 70 milliards recherchés.
Les investisseurs ont proposé 113,82 milliards, pour un taux de couverture de 162,60 %.
Dakar a retenu 24,38 milliards FCFA sur le BAT à 364 jours, 17,99 milliards sur l’OAT à trois ans et 34,63 milliards sur celle à cinq ans.
Mais les rendements attirent l’attention : 7,85 % à 364 jours, 7,77 % à trois ans et 8,24 % à cinq ans.
Le Sénégal trouve donc les capitaux recherchés, et même davantage. Mais cette liquidité présente un coût significatif, particulièrement sur la maturité cinq ans.
C’est probablement le deuxième grand enseignement de cette séquence : une émission sursouscrite n’est pas nécessairement synonyme de financement bon marché.
Le marché répond, mais devient plus sélectif
Avec 441,24 milliards FCFA de demandes pour 215 milliards recherchés, la semaine confirme que l’épargne et la liquidité existent dans l’UEMOA.
Mais les écarts de rendements montrent également que le marché ne valorise pas toutes les signatures de la même manière.
La prochaine bataille budgétaire des États de l’Union ne consistera donc pas uniquement à trouver des investisseurs.
Elle consistera à conserver leur confiance suffisamment forte pour réduire le prix auquel cette confiance se transforme en financement.
Car dans un marché de dette souveraine devenu central pour les économies de l’UEMOA, le véritable avantage ne sera bientôt plus seulement de réussir sa levée.
Il sera de réussir à lever longtemps, beaucoup… et au meilleur coût possible.
Patrick Tchounjo
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