771,9 milliards FCFA de bilan : Guy-Martial Awona conserve la tête avec Orabank Togo, mais la montée du risque redéfinit la compétition
Être numéro un dans un marché en croissance est une performance. Le rester lorsque la rentabilité sectorielle bascule dans le rouge devient un test de leadership. À fin 2025, Orabank Togo, dirigée par Guy-Martial Awona, conserve la première place du marché bancaire togolais avec 771,9 milliards de FCFA de total bilan, devant Ecobank Togo et Coris Bank International Togo. Une position dominante qui prend un relief particulier au regard de la forte détérioration du risque de crédit observée dans l’ensemble du système bancaire togolais.
Le secteur continue pourtant de grossir. Son total bilan atteint 5 440,3 milliards de FCFA, en progression de 6,2 % sur un an. Orabank Togo représente ainsi à elle seule environ 14,2 % des actifs du marché, devant Ecobank Togo, 724,2 milliards FCFA, et Coris Bank International Togo, 615,5 milliards.
À eux trois, les leaders concentrent près de 43,6 % des actifs bancaires du pays.
Pour Guy-Martial Awona, banquier camerounais expérimenté et figure du groupe Orabank dans l’UEMOA, cette première place confirme la profondeur acquise par l’institution. Mais les chiffres 2025 montrent également que la prochaine bataille bancaire togolaise ne se gagnera plus seulement sur la taille du bilan.
Orabank Togo domine un marché devenu beaucoup plus risqué
La hiérarchie reste favorable à Orabank, mais l’environnement se durcit.
Derrière le trio de tête, UTB affiche 448,8 milliards FCFA de bilan, IB Bank Togo 430,1 milliards et BSIC Togo 412,2 milliards. L’avance d’Orabank demeure donc significative, même si moins de 48 milliards de FCFA la séparent désormais d’Ecobank.
La véritable rupture apparaît cependant dans la qualité des actifs du secteur.
Alors que les dépôts et emprunts progressent de 8,7 % à 3 670,5 milliards FCFA, les crédits n’augmentent que de 2,4 %, à 2 412,9 milliards. Les financements à court, moyen et surtout long terme ralentissent, tandis que le crédit-bail constitue l’une des rares poches de forte croissance, avec +54,4 %.
Cette prudence trouve une explication dans un chiffre spectaculaire : les crédits en souffrance ont bondi de 116,7 %, à 183,7 milliards FCFA.
Pour Guy-Martial Awona comme pour l’ensemble des patrons de banques togolaises, le sujet stratégique devient donc évident : croître sans laisser la dégradation du portefeuille absorber les performances commerciales.
Le coût du risque avale la performance du secteur
Car 2025 produit un paradoxe.
Le produit net bancaire du secteur progresse de 10,8 %, pour atteindre 233,84 milliards FCFA. Le résultat brut d’exploitation après amortissements gagne même 19,2 %, à 82,62 milliards.
L’activité bancaire produit donc davantage de revenus.
Mais le risque détruit cette amélioration.
Le coût net du risque explose de 407,5 %, passant de 19,1 milliards FCFA en 2024 à 96,9 milliards en 2025. Il devient même supérieur au résultat brut d’exploitation.
Conséquence : le résultat d’exploitation du secteur passe de +50,9 milliards à -12,5 milliards FCFA.
Le bénéfice net collectif de 47,3 milliards FCFA en 2024 se transforme ainsi en perte de 20,51 milliards un an plus tard.
Ces données sont sectorielles et ne permettent pas, à elles seules, d’attribuer la même évolution financière à Orabank Togo individuellement. Elles définissent toutefois l’environnement dans lequel Guy-Martial Awona doit défendre la première place de son établissement.
Le leadership se mesurera désormais à la qualité du bilan
C’est probablement le principal enseignement de 2025.
Le taux brut de dégradation du portefeuille bancaire togolais grimpe de 7,9 % à 12,4 %, tandis que le taux net passe de 3,6 % à 7,6 %. Plus préoccupant encore, le taux de provisionnement des créances en souffrance recule de 56,2 % à 41,5 %.
Dans ces conditions, la puissance d’une banque ne peut plus être appréciée uniquement par son total bilan, ses dépôts ou sa capacité de distribution du crédit.
La prochaine frontière du leadership sera prudentielle : qualité de l’octroi, maîtrise des concentrations, recouvrement, provisionnement et capacité à préserver le capital.
Pour Guy-Martial Awona, conserver Orabank Togo au sommet supposera donc de défendre simultanément deux positions : celle du leader par la taille et celle d’un établissement capable d’évoluer dans un marché où le coût du risque devient le principal arbitre de la rentabilité.
Un marché qui se bancarise malgré la crise de rentabilité
Le paradoxe togolais ne s’arrête pas là.
Le nombre de comptes progresse de 1,82 à 1,94 million, soit plus de 117 000 nouveaux comptes en un an, alors même que le réseau physique se contracte de 255 à 244 agences et bureaux.
Dans le même temps, le capital des établissements de crédit bondit de 28 % à 230,8 milliards FCFA, tandis que la participation détenue par des capitaux nationaux progresse fortement.
Le secteur bancaire togolais continue donc de se développer, de se capitaliser et de gagner des clients. Mais il doit désormais résoudre une équation beaucoup plus exigeante : transformer cette expansion en rentabilité durable.
Dans cette recomposition, Guy-Martial Awona part avec l’avantage du leader. Avec 771,9 milliards FCFA de bilan, Orabank Togo reste l’institution bancaire la plus importante du pays par la taille des actifs.
Mais 2025 change la nature du combat.
Dans un système bancaire où le coût du risque a été multiplié par plus de cinq et où la rentabilité est devenue négative, le vrai leadership ne sera plus seulement de grossir. Il sera de savoir croître sans laisser le risque détruire la valeur créée.
Patrick Tchounjo
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