15 416 milliards FCFA de dette publique : le Cameroun avance sur une ligne étroite

Le Cameroun continue d’avancer sur une ligne étroite : financer ses projets structurants sans faire basculer sa dette publique dans une zone de fragilité. Au 31 mars, l’encours de la dette publique s’est établi à 15 416 milliards FCFA, soit environ 27,3 milliards de dollars, en hausse de 6 % sur un an, selon les données de la Caisse autonome d’amortissement du Cameroun (CAA) publiées vendredi 15 mai.
Derrière cette progression, un message central se dégage : le Cameroun s’endette davantage, mais conserve pour l’instant une trajectoire jugée soutenable.
Un ratio dette/PIB encore sous contrôle
La dette publique représente désormais 44,3 % du PIB. Ce niveau reste inférieur au plafond de 50 % fixé par la Stratégie d’endettement à moyen terme 2025-2027, et largement en dessous du seuil communautaire de 70 %.
Pour les autorités, ce ratio traduit une gestion prudente de l’endettement public. Le pays garde donc une marge de manœuvre par rapport à plusieurs économies africaines comparables. Mais cette marge n’est pas illimitée.
L’administration centrale concentre toujours l’essentiel du stock de dette, avec 93,6 % de l’encours total, contre 93,3 % au 30 septembre 2025. Cette concentration confirme le rôle central de l’État dans le financement des investissements publics.
Des besoins de financement qui montent fortement
La pression vient surtout des besoins budgétaires. Le budget 2026 du Cameroun a été arrêté à 8 816,4 milliards FCFA, en hausse de 14 % par rapport à l’exercice précédent.
Pour couvrir ces besoins, le pays devra continuer à mobiliser des ressources importantes. Les financements extérieurs devraient représenter plus de 67 % des financements en 2026. Sur la période 2026-2028, les besoins de financement à couvrir par emprunt sont estimés à 7 689 milliards FCFA, dont 3 197 milliards FCFA pour la seule année 2026, soit environ 8,8 % du PIB.
Le gouvernement envisage également une émission d’euro-obligations pour financer certains projets structurants. Cette option peut apporter des ressources importantes, mais elle expose aussi davantage le pays aux conditions des marchés internationaux.
Le défi : financer sans fragiliser
La hausse de la dette s’explique principalement par les besoins liés aux infrastructures et aux investissements publics engagés par l’État. C’est là que se situe le cœur de l’équation camerounaise : emprunter pour construire, mais éviter que le service de la dette ne réduise demain les marges budgétaires.
Les autorités estiment que la dette publique devrait rester viable, même si le risque de surendettement demeure élevé. Cette nuance est importante. Elle signifie que le pays conserve une capacité d’endettement, mais doit maintenir une discipline stricte dans le choix des projets, les conditions d’emprunt et la gestion des remboursements.
Une croissance attendue, mais encore insuffisante
Le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 3,3 % en 2026, soutenue notamment par la hausse de l’investissement public. Cette croissance peut aider à absorber une partie de l’endettement, à condition que les projets financés produisent un impact réel sur l’économie : infrastructures utiles, productivité accrue, recettes fiscales supplémentaires et soutien au secteur privé.
Le Cameroun n’est donc pas face à une crise immédiate de la dette. Mais il entre dans une phase plus exigeante. La question n’est plus seulement de savoir combien le pays peut emprunter, mais comment il transforme chaque franc mobilisé en croissance durable.
La dette reste maîtrisée. Le défi, désormais, est de faire en sorte qu’elle finance réellement l’avenir.
Patrick Tchounjo



