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Coris Bank International aux portes du Cameroun pour renforcer l’offre bancaire

Le marché bancaire camerounais attire un nouveau poids lourd ouest-africain. Le groupe burkinabè Coris Bank International, fondé en 2008 par Idrissa Nassa, a engagé les démarches réglementaires en vue d’une implantation au Cameroun. Si le processus aboutit, l’arrivée de Coris pourrait élargir l’offre bancaire dans le pays, déjà considéré comme le cœur du système bancaire de la Cemac.

Ce qui rend ce mouvement particulièrement intéressant, c’est le timing. Depuis le 1er janvier 2025, le règlement sur l’agrément unique des établissements de crédit est entré en vigueur dans la Cemac. Il permet à un groupe déjà agréé dans un pays membre d’ouvrir des succursales dans un autre État de la communauté, sous réserve de l’autorisation préalable de la Cobac. Le texte précise d’ailleurs que l’implantation d’une succursale dans ce cadre reste subordonnée à cette validation prudentielle.

Pour Coris, ce nouveau cadre change la donne. Le groupe est déjà présent au Tchad, ce qui lui donne une base légale et opérationnelle dans la sous-région. En clair, l’entrée au Cameroun ne relèverait plus d’une conquête isolée, mais d’une logique d’expansion régionale facilitée par la réforme communautaire. C’est ce qui nourrit aujourd’hui l’idée d’un groupe véritablement aux portes du Cameroun.

Au-delà du dossier réglementaire, un autre signal montre que Coris ne regarde pas le Cameroun de loin. Gimacpay, la plateforme du Groupement interbancaire monétique de l’Afrique centrale, est conçue pour interconnecter banques, établissements de microfinance et opérateurs de mobile money dans la Cemac, avec des services allant des paiements et transferts aux transactions transfrontalières et au QR code interopérable. Le fait que Coris anticipe déjà son intégration à cet écosystème dit beaucoup de son degré de préparation.

Si cette implantation se concrétise, ce n’est pas un petit marché que Coris viendra tester. Le Cameroun concentre autour de 40 % du réseau bancaire de la Cemac et capte près de 60 % des crédits bancaires accordés dans la sous-région, selon des données relayées à partir de la BEAC et de l’écosystème financier régional. Cette centralité fait du pays le point d’entrée le plus stratégique pour tout groupe qui veut peser en Afrique centrale.

Cette attractivité repose aussi sur la rentabilité du marché. Les données récentes issues de la BEAC montrent une amélioration globale des agrégats bancaires dans la région, dans un contexte où le Cameroun demeure la principale locomotive du secteur. C’est cette profondeur de marché, combinée à une demande de crédit soutenue, qui explique pourquoi de nouveaux groupes continuent de viser Yaoundé et Douala malgré un environnement prudentiel exigeant. Cette lecture est une inférence fondée sur le poids du Cameroun dans le crédit régional et sur la dynamique bancaire observée dans la Cemac.

L’arrivée de Coris Bank International pourrait donc produire un double effet. D’un côté, elle diversifierait davantage l’offre bancaire pour les entreprises et les particuliers camerounais. De l’autre, elle renforcerait la concurrence sur un marché déjà dense, où les acteurs cherchent à gagner des parts sur le crédit, les services digitaux et les flux transfrontaliers. Et sur ce terrain, Coris n’arrive pas sans arguments : le groupe s’est déjà déployé dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel et affiche une ambition régionale assumée.

Au fond, ce dossier raconte quelque chose de plus large qu’une simple demande d’implantation. Il dit que la géographie bancaire africaine bouge, que les frontières communautaires deviennent plus poreuses pour les groupes les plus structurés, et que le Cameroun reste, plus que jamais, une pièce maîtresse dans la bataille bancaire en Afrique centrale. Si la Cobac donne son feu vert, Coris Bank International ne viendra pas seulement ouvrir une banque de plus. Elle viendra tester sa capacité à s’imposer sur l’un des marchés les plus convoités de la Cemac.

Patrick Tchounjo

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