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BCEAO au Togo : Ekoué Djro Glokpor prend les commandes avec une solide culture de rigueur et de modernisation

Dans une banque centrale, une nomination n’est jamais un simple mouvement administratif. Elle révèle une lecture du moment économique, une hiérarchie des priorités et parfois une indication sur les compétences jugées nécessaires pour accompagner un pays dans une phase particulière de son développement financier. L’installation d’Ekoué Djro Glokpor comme Directeur national de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest au Togo mérite d’être lue sous cet angle.

Le 18 juin 2026, à Lomé, lors de la deuxième session ordinaire du Conseil national du crédit, la BCEAO a officiellement installé son nouveau représentant au Togo. L’information, au-delà de son apparence institutionnelle, reste pertinente aujourd’hui parce qu’elle intervient dans un moment où le système financier togolais doit répondre à plusieurs exigences simultanées : mieux financer l’économie réelle, soutenir l’inclusion financière, accompagner les entreprises, préserver la stabilité bancaire et intégrer les transformations numériques qui redessinent les usages financiers.

Ekoué Djro Glokpor ne prend donc pas seulement la tête d’une direction nationale. Il arrive à un poste charnière, au point de contact entre la politique monétaire régionale, les besoins de financement du pays, les établissements de crédit, les autorités publiques et les acteurs économiques.

Le retour à Lomé d’un cadre forgé au cœur de la BCEAO

Ce qui distingue son profil, c’est d’abord sa connaissance intime de l’institution. Cadre de carrière de la BCEAO, Ekoué Djro Glokpor a construit son parcours dans les rouages internes de la banque centrale, entre la Direction nationale pour le Togo et le siège de Dakar. Il succède à Akuwa Dogbe Azoma et revient à Lomé avec une expérience consolidée dans plusieurs fonctions de responsabilité.

Au fil de sa trajectoire, il a notamment exercé dans les domaines de la comptabilité, de l’organisation, des systèmes d’information et du conseil au Gouverneur. Ces responsabilités ne sont pas secondaires dans une banque centrale. Elles touchent aux fondations mêmes d’un institut d’émission : rigueur financière, fiabilité des systèmes, gouvernance interne, transformation numérique, circulation de l’information et sécurisation des processus.

Entre 2020 et 2021, son passage à la tête des fonctions comptables et financières de la BCEAO l’a placé au cœur de la discipline budgétaire et du contrôle de gestion de l’institution. Plus tard, son rôle dans l’organisation et les systèmes d’information l’a exposé à un autre enjeu décisif : la modernisation technologique d’une banque centrale appelée à superviser un espace monétaire de huit pays, dans un environnement où les paiements, la cybersécurité, la donnée et la digitalisation deviennent des sujets de souveraineté financière.

Pourquoi cette nomination reste stratégique pour le Togo

La pertinence de cette nomination ne se limite pas au parcours de l’homme. Elle tient au contexte togolais. Le Togo, comme plusieurs économies de l’UEMOA, doit approfondir son système financier pour mieux servir les entreprises, les ménages et les projets productifs. L’enjeu n’est pas seulement de disposer de banques solides. Il est de faire en sorte que le crédit atteigne davantage l’économie réelle, que les PME accèdent plus facilement au financement, que les services financiers se diffusent au-delà des circuits traditionnels et que la confiance entre les institutions financières et les acteurs économiques se renforce.

Dans ce cadre, le Directeur national de la BCEAO joue un rôle discret mais essentiel. Il suit les conditions de financement, participe aux travaux du Conseil national du crédit, dialogue avec les banques, accompagne la mise en œuvre des orientations régionales et contribue à éclairer les autorités sur l’état du système financier national.

La présence d’un profil comme Ekoué Djro Glokpor peut donc être lue comme un choix de continuité technique et de solidité institutionnelle. Le Togo hérite d’un responsable qui connaît les mécanismes de la BCEAO, les exigences de la gouvernance monétaire et les défis de modernisation des systèmes financiers.

Le financement de l’économie réelle comme test majeur

Le dossier central sera celui du financement de l’économie. Dans beaucoup de pays de l’UEMOA, les banques disposent de liquidités, mais le crédit productif reste souvent contraint par le risque, les garanties, la qualité des dossiers, l’informalité, le coût du financement et la capacité des entreprises à produire une information financière fiable.

Le Togo n’échappe pas à cette équation. Pour que le secteur financier joue pleinement son rôle, il faut renforcer le lien entre les banques et les acteurs économiques. Il faut aussi encourager des mécanismes de financement plus adaptés aux PME, aux activités productives, à l’agriculture, aux services, à l’industrie légère, aux infrastructures et aux chaînes de valeur locales.

C’est là que le rôle de la BCEAO devient déterminant. La banque centrale ne finance pas directement les entreprises, mais elle crée un cadre. Elle contribue à la stabilité du système, à la fluidité du crédit, à la supervision des conditions monétaires et à la qualité du dialogue entre autorités, banques et acteurs économiques. À ce niveau, l’expérience d’Ekoué Djro Glokpor dans la gouvernance interne, la comptabilité et les systèmes d’information peut nourrir une approche méthodique, précise et orientée vers l’efficacité.

Inclusion financière et transformation numérique : les deux autres fronts

L’autre chantier concerne l’inclusion financière. Le Togo a fait des progrès dans la diffusion des services financiers, notamment grâce au mobile money et aux solutions numériques. Mais l’accès réel à des services utiles, abordables, sécurisés et adaptés demeure un enjeu majeur. L’inclusion financière ne consiste pas seulement à ouvrir un compte ou à utiliser un portefeuille mobile. Elle suppose l’accès au crédit, à l’épargne, à l’assurance, aux paiements sécurisés et à des produits financiers capables d’accompagner les besoins des ménages et des entrepreneurs.

Sur ce terrain, la transformation numérique devient centrale. Les banques, les fintechs, les systèmes de paiement, les institutions de microfinance et les régulateurs doivent avancer dans un équilibre délicat : encourager l’innovation sans fragiliser la stabilité financière. Là encore, le profil d’Ekoué Djro Glokpor est significatif. Son passage par les systèmes d’information de la BCEAO lui donne une sensibilité particulière aux enjeux technologiques, à la sécurité des infrastructures et à la modernisation des processus.

Cette dimension est importante pour le Togo. Dans les prochaines années, la compétitivité financière d’un pays ne se mesurera pas seulement au nombre de banques présentes sur son territoire. Elle dépendra aussi de la qualité de ses infrastructures numériques, de la confiance dans ses systèmes de paiement, de la protection des utilisateurs et de la capacité du régulateur à accompagner l’innovation sans perdre le contrôle du risque.

Un profil de technocrate pour un moment de précision

Ekoué Djro Glokpor n’arrive pas à Lomé comme une figure de rupture spectaculaire. Il arrive comme un technocrate de profondeur, formé par l’institution, habitué aux dossiers de gestion, de gouvernance, de systèmes et de politique financière. C’est précisément ce qui rend sa nomination intéressante.

Dans une période où les économies ouest-africaines doivent arbitrer entre croissance, inflation, crédit, stabilité, inclusion et innovation, les profils capables de combiner rigueur institutionnelle et compréhension technologique deviennent particulièrement précieux. La banque centrale n’est plus seulement le gardien de la monnaie. Elle devient un acteur de confiance, de régulation, d’infrastructure financière et de transformation des usages.

Le retour d’Ekoué Djro Glokpor au Togo s’inscrit donc dans un moment où la BCEAO doit maintenir l’équilibre entre deux exigences : préserver la stabilité monétaire et accompagner une économie qui demande plus de financement, plus d’accès et plus de modernité.

Une nomination qui engage une méthode

Au fond, cette prise de fonction vaut comme un signal économique à relire avec du recul. Elle rappelle que la performance d’un système financier repose aussi sur la qualité des hommes qui assurent l’interface entre les institutions régionales et les réalités nationales. Au Togo, les dossiers sont nombreux : financement des PME, inclusion financière, modernisation bancaire, qualité du crédit, digitalisation des services, suivi des conditions de financement et renforcement de la confiance.

Ekoué Djro Glokpor devra avancer dans un rôle d’équilibre. Il devra représenter la BCEAO, accompagner les orientations régionales, dialoguer avec les autorités togolaises, écouter les banques, comprendre les contraintes des acteurs économiques et contribuer à installer un système financier plus efficace.

Sa nomination ne promet pas, à elle seule, une transformation immédiate. Mais elle installe à Lomé un profil expérimenté, familier de la mécanique institutionnelle et des enjeux numériques. Dans une économie où le financement reste l’un des nerfs de la croissance, ce choix compte.

Patrick Tchounjo

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