Classements & Récompenses

À la tête du Conseil des gouverneurs de la BID, Aboubakar Nacanabo renforce la voix financière du Burkina Faso

Il y a des responsabilités internationales qui dépassent le protocole. L’élection annoncée du Dr Aboubakar Nacanabo, ministre de l’Économie, des Finances et de la Prospective du Burkina Faso, à la présidence du Conseil des gouverneurs de la Banque islamique de développement, le 19 juin 2026, appartient à cette catégorie. Elle ne doit pas seulement être lue comme une reconnaissance personnelle, mais comme un signal économique : celui d’un Burkina Faso qui cherche à renforcer sa présence dans les espaces où se négocient les ressources, les priorités et les instruments du développement.

Dans un contexte sahélien marqué par de fortes tensions sécuritaires, des besoins sociaux élevés et une pression constante sur les finances publiques, cette position offre à Ouagadougou une visibilité stratégique. La BID constitue l’un des grands acteurs multilatéraux du financement du développement, notamment dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’éducation, la santé et l’appui aux économies membres. Être représenté à un tel niveau de gouvernance ne garantit pas automatiquement davantage de financements, mais renforce la capacité d’influence, de dialogue et de projection d’un État.

Le profil de Nacanabo donne à cette séquence une portée particulière. Né en 1979 à Abidjan, il appartient à cette génération de techniciens africains passés des questions fiscales à la décision publique. Après un parcours en finance, fiscalité et comptabilité, il poursuit ses études à Paris et obtient un doctorat en sciences de gestion, avec des travaux consacrés à la fiscalité de l’économie numérique dans l’espace CEDEAO. Ce sujet, longtemps perçu comme technique, est devenu central : il touche à la souveraineté budgétaire des États africains face aux mutations de l’économie digitale.

Avant son entrée au gouvernement, Nacanabo officie à Pretoria, au sein de l’African Tax Administration Forum, où il conseille les administrations fiscales africaines. Cette expérience le place au cœur d’un enjeu décisif : la mobilisation des ressources domestiques. Car l’Afrique ne pourra financer durablement son développement sans renforcer ses capacités fiscales, moderniser ses administrations et mieux capter la valeur créée dans ses économies.

À la tête du ministère burkinabè de l’Économie, des Finances et de la Prospective, cette expertise prend une dimension politique. Nacanabo n’est pas seulement un ministre chargé de l’équilibre budgétaire ; il incarne une approche où fiscalité, prospective et financement du développement se rejoignent.

Relue avec recul, son arrivée annoncée à la présidence du Conseil des gouverneurs de la BID dit donc une chose essentielle : le Burkina Faso veut être présent là où se construit la finance du développement. Dans un monde où le capital devient plus sélectif, cette présence peut devenir un levier stratégique.

Patrick Tchounjo

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page