Moody’s relève le Bénin à Ba3 : Romuald Wadagni transforme son héritage financier en test présidentiel

Dix semaines après son arrivée au pouvoir, Romuald Wadagni reçoit une validation internationale qui porte largement la signature de son propre héritage. En relevant la note souveraine du Bénin de B1 à Ba3, Moody’s consacre une décennie de discipline budgétaire, de sophistication dans la gestion de la dette et de réformes conduites par celui qui fut ministre de l’Économie et des Finances entre 2016 et 2026. Mais derrière cette promotion se cache un message plus exigeant : le Bénin approche désormais du plafond que la seule ingénierie financière peut lui permettre d’atteindre.
La décision de Moody’s améliore la perception du risque souverain béninois. La note Ba3 demeure trois crans sous la catégorie investissement, mais elle rapproche Cotonou d’un univers où l’accès aux capitaux internationaux devient plus large et potentiellement moins coûteux.
La perspective est toutefois ramenée de positive à stable. Autrement dit, Moody’s reconnaît les progrès accomplis, mais considère que les prochaines améliorations seront plus difficiles à obtenir.
C’est précisément là que commence le véritable défi de Romuald Wadagni.
Une décennie de discipline budgétaire récompensée
Le premier argument en faveur du Bénin est la trajectoire de ses finances publiques.
Le déficit de l’administration centrale, qui avait atteint environ 7 % du PIB en 2021, est revenu autour de 3 % en 2025, tout en maintenant l’investissement public à environ 8 % du PIB.
L’ajustement n’a donc pas reposé uniquement sur une compression des dépenses. Le pays a simultanément restauré ses équilibres et continué à financer ses infrastructures et son développement.
La gestion de la dette constitue l’autre pilier de cette stratégie.
À fin 2025, son coût moyen pondéré s’établissait à 3,4 %, tandis que sa maturité moyenne approchait neuf ans. Sur le marché domestique, la maturité est passée de 2,8 ans en 2019 à 4,9 ans.
Cette évolution réduit les besoins de refinancement à court terme et donne davantage de visibilité au Trésor.
Cotonou a également multiplié les innovations financières : eurobond indexé sur les Objectifs de développement durable en 2021, emprunt en dollars à quatorze ans en 2024, puis émission en janvier 2026 du premier sukuk souverain d’Afrique subsaharienne depuis plus d’une décennie.
Cette sophistication a installé le Bénin parmi les signatures souveraines africaines les plus actives sur les marchés internationaux.
Le rebasage du PIB améliore les ratios, pas les fondamentaux
La révision de l’année de référence des comptes nationaux, passée de 2015 à 2023, a augmenté le PIB nominal d’environ 25 %, à près de 29 milliards de dollars.
Cette nouvelle base améliore mécaniquement certains indicateurs. La dette publique, évaluée à 61 % du PIB selon l’ancienne série en 2023, ressort autour de 52 % lorsqu’elle est rapportée au PIB rebasé.
Mais ce gain statistique doit être interprété avec prudence.
Un PIB plus important sur le papier ne génère pas automatiquement davantage de recettes, ne rembourse pas la dette et ne réduit pas les besoins de financement de l’État.
Moody’s continue d’ailleurs d’utiliser l’ancienne base pour plusieurs ratios en attendant une série statistique complète.
La question centrale reste donc celle de la capacité réelle de l’économie à produire suffisamment de ressources pour soutenir durablement les ambitions publiques.
15,8 % du PIB : le chiffre qui révèle la faiblesse structurelle
C’est probablement le chiffre le plus important de l’analyse.
Malgré une progression de 2,9 points de PIB des recettes fiscales depuis 2021, les recettes publiques totales, dons compris, ne représentent encore que 15,8 % du PIB, contre une médiane de 27,2 % pour les pays souverains notés dans la catégorie « Ba ».
L’écart est considérable.
Le Bénin a donc démontré qu’il savait optimiser son financement. Il doit maintenant prouver qu’il peut élargir beaucoup plus fortement sa capacité à générer ses propres ressources.
Formalisation de l’économie, amélioration du rendement fiscal, développement industriel, augmentation des revenus et élargissement de la base taxable deviennent ainsi les véritables déterminants d’une future amélioration de notation.
Pour Wadagni, l’équation change : après avoir perfectionné le financement de l’État, il faut désormais renforcer la capacité de l’économie à financer l’État.
Une croissance remarquable, mais encore exposée
Le deuxième grand atout béninois reste sa croissance.
Moody’s estime que l’économie a progressé de 8,1 % en 2025, son rythme le plus élevé depuis 1990, après une croissance annuelle moyenne de 6,6 % depuis 2018. L’agence anticipe encore une expansion comprise entre 6,5 % et 7 % jusqu’à la fin de la décennie.
Cette résilience est remarquable compte tenu des chocs traversés : pandémie, guerre en Ukraine, tensions au Proche-Orient et difficultés commerciales avec le Nigeria et le Niger.
Mais plusieurs fragilités persistent.
Le revenu par habitant, estimé à 4 758 dollars en parité de pouvoir d’achat, reste très inférieur à celui des autres souverains notés « Ba ». Les exportations demeurent fortement concentrées, avec une dépendance majeure au marché nigérian. À cela s’ajoute la dégradation sécuritaire aux frontières nord du pays, conséquence de l’instabilité sahélienne.
Enfin, le reclassement de certains prêts rétrocédés aux entreprises publiques a ajouté environ sept points de PIB au ratio d’endettement, rappelant que la transparence financière doit continuer de progresser.
Wadagni change désormais de métier
Romuald Wadagni a passé dix ans à construire la crédibilité financière du Bénin. Le programme avec le FMI, arrivé à son terme en février, a été exécuté intégralement, avec l’ensemble des critères quantitatifs et des 23 repères structurels atteints.
La notation Ba3 constitue donc une forme de consécration de cette période.
Mais elle marque également la fin d’une première étape.
La prochaine hausse de notation ne dépendra plus seulement de la maîtrise du déficit, de l’allongement des maturités ou de la capacité à inventer de nouveaux instruments financiers. Elle dépendra de la profondeur économique du pays.
Le Bénin devra produire davantage, exporter plus largement, augmenter les revenus, élargir ses recettes fiscales et réduire sa vulnérabilité extérieure.
C’est finalement le paradoxe de la réussite de Romuald Wadagni : l’ancien ministre des Finances a suffisamment amélioré la crédibilité financière du pays pour que les limites restantes deviennent désormais essentiellement économiques.
Il lui revient, comme président, de transformer une décennie de crédibilité budgétaire en une décennie de création de richesse.
Patrick Tchounjo



