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Loïc Mackosso, l’architecte financier qui veut faire de Brazzaville une place de structuration du capital

À Brazzaville, Loïc Mackosso construit sa carrière sur une idée simple mais exigeante : en Afrique centrale, le problème du financement ne commence pas toujours par l’absence d’argent. Il commence souvent bien avant, lorsque des projets économiquement prometteurs ne disposent ni de la structure financière, ni de la gouvernance, ni de l’architecture juridique permettant au capital de s’engager.

Quinze ans après la création d’ARIES Investissements, son ambition n’est d’ailleurs plus uniquement de conseiller ceux qui cherchent des financements. Le groupe qu’il dirige veut désormais développer, financer, investir et gérer directement des actifs stratégiques. ARIES revendique aujourd’hui plus de 100 milliards FCFA de projets instruits et structure son développement autour de la banque d’affaires, des marchés financiers et de l’énergie, avec l’ambition d’étendre progressivement son modèle à d’autres classes d’actifs.

Cette évolution raconte beaucoup du personnage. Juriste devenu banquier d’affaires, conseiller devenu entrepreneur, puis investisseur et développeur d’actifs, Loïc Mackosso cherche à déplacer progressivement son centre de gravité : ne plus seulement organiser le capital des autres, mais participer à la création des actifs qui façonneront l’économie africaine de demain.

De la guerre à la finance : une trajectoire construite dans la rupture

Pour comprendre cette obsession de la structure, il faut revenir à 1997.

Né à Paris de parents congolais puis installé à Brazzaville durant son enfance, Loïc Mackosso quitte le Congo à 18 ans, quelques jours après le déclenchement de la guerre civile. Cet épisode, qu’il raconte dans son ouvrage Rester Debout, constitue l’une des fractures fondatrices de son parcours.

L’exil le ramène en France. Il y poursuit des études de droit des affaires à l’Université de Lille avant d’entrer dans la vie professionnelle. Son passage dans l’univers financier parisien, notamment chez Asset Allocation Advisors, devenue par la suite Neuflize OBC Investissements, l’initie aux contrats financiers, à la gestion d’actifs et aux problématiques de conformité.

Mais c’est son retour au Congo qui donne véritablement une direction à sa carrière.

Il rejoint d’abord la Société nationale des pétroles du Congo, avant d’intégrer la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC), où il exerce entre 2009 et 2014 comme juriste spécialisé dans le financement de projets.

Deux écoles différentes, mais complémentaires.

À la SNPC, il découvre une économie où contrats, ressources naturelles, intérêts publics et capitaux internationaux s’entremêlent. À la BDEAC, il entre dans la mécanique beaucoup plus complexe du project finance : un projet ne se finance pas parce qu’il est nécessaire ; il se finance lorsqu’il devient suffisamment structuré pour que banques, investisseurs et institutions puissent en mesurer les flux, les garanties et les risques.

Cette culture de la transaction devient sa véritable spécialité.

Parmi les opérations auxquelles son parcours est associé figurent notamment le financement de 232 millions de dollars de la centrale électrique de Kribi au Cameroun, un programme d’investissement de 1,5 milliard de dollars dans le secteur pétrolier et gazier et le financement d’un programme de 27 millions de dollars concernant AERCO, concessionnaire des aéroports congolais.

ARIES : construire depuis Brazzaville une expertise financière africaine

En 2011, Loïc Mackosso franchit une frontière plus difficile : celle qui sépare l’expert salarié de l’entrepreneur.

Il fonde ARIES Investissements à Brazzaville. L’entreprise se positionne à l’origine sur le conseil stratégique et financier, la levée de fonds et la structuration de projets, avec une présence particulière dans l’énergie, les infrastructures, l’eau et les ressources naturelles.

Le pari est significatif.

Dans la finance africaine, les grands cabinets internationaux ont longtemps bénéficié d’un avantage de réputation, de réseau et d’accès au capital. Construire depuis Brazzaville une boutique indépendante capable de dialoguer avec des entreprises, des États, des banques de développement et des investisseurs internationaux suppose donc de fabriquer progressivement un autre actif : la crédibilité.

Loïc Mackosso évoquait récemment les débuts d’ARIES dans un bureau de seulement 20 m², mais aussi les difficultés beaucoup moins romantiques de l’entrepreneuriat : factures impayées, loyers difficiles à honorer, ralentissements d’activité et périodes de doute. Quinze ans plus tard, le groupe affiche une architecture nettement plus ambitieuse.

Cette longévité devient en elle-même un signal dans un métier où la réputation se construit opération après opération.

Du conseil à la détention d’actifs

C’est peut-être ici que commence le chapitre le plus intéressant du parcours de Loïc Mackosso.

ARIES ne veut plus demeurer uniquement une société vivant de mandats ponctuels de conseil. Sa stratégie actuelle consiste à évoluer vers une plateforme intégrée de développement et de gestion d’actifs.

Trois pôles sont déjà présentés comme actifs.

ARIES Investissements porte la banque d’affaires, les levées de fonds, le financement de projets, les partenariats public-privé et les opérations de fusion-acquisition.

ARIES Capital développe les activités liées aux marchés financiers, notamment le conseil en investissements, la structuration d’émissions obligataires et l’intermédiation.

ARIES Énergies, titulaire selon le groupe d’une licence de producteur indépendant d’électricité, développe des projets dans le solaire, l’hydroélectricité et la biomasse.

Ce changement de modèle est fondamental.

Conseiller un actif rapporte des honoraires. Détenir, développer ou gérer un actif permet potentiellement de capter de la valeur sur plusieurs années, mais expose également l’entreprise à un niveau de risque supérieur : capital immobilisé, exécution opérationnelle, réglementation, financement, construction et performance à long terme.

Pour Mackosso, la transition du conseil vers l’investissement constitue donc autant une opportunité qu’un test.

Son expérience lui a appris à évaluer les risques des projets. Il lui faudra désormais démontrer sa capacité à les porter.

L’énergie, le terrain où la finance rencontre l’économie réelle

Cette mutation explique l’importance prise par l’énergie dans son parcours.

L’Afrique centrale dispose d’un potentiel énergétique considérable, mais le véritable enjeu économique reste la transformation de ce potentiel en capacités effectivement disponibles pour les entreprises et les ménages.

Pour Loïc Mackosso, cette question renvoie directement à la bancabilité.

Une centrale électrique n’est pas seulement une infrastructure technique. Elle est également un ensemble de contrats, de flux financiers, de garanties, d’autorisations, de risques réglementaires et d’engagements sur plusieurs décennies.

Cette lecture explique la cohérence entre son passage par la SNPC, son expérience du financement de projets à la BDEAC et le développement actuel d’ARIES Énergies.

Sa formation exécutive a également prolongé cette orientation. Son profil professionnel fait notamment état d’un programme suivi en 2022 à la Harvard Kennedy School consacré aux infrastructures en économie de marché et aux partenariats entre secteurs public et privé.

Il ne s’agit plus simplement de trouver de l’argent. Il s’agit de comprendre comment organiser durablement la rencontre entre capital privé, politiques publiques et infrastructures essentielles.

Un banquier d’affaires devenu administrateur

La trajectoire de Mackosso se prolonge également dans la gouvernance bancaire.

Il exerce actuellement comme administrateur non exécutif de la Banque Postale du Congo, fonction qui l’installe de l’autre côté de la table : celui où il ne faut plus seulement construire une transaction, mais contribuer à surveiller une institution, ses orientations et ses risques.

Cette position complète un profil devenu progressivement transversal.

Droit. Banque de développement. Conseil financier. Investissement. Énergie. Gouvernance.

Pris séparément, ces métiers paraissent différents. Ensemble, ils composent pourtant la même chaîne : transformer une opportunité économique en actif structuré, financé et gouverné.

C’est probablement cette cohérence qui définit le mieux Loïc Mackosso.

« Rester debout » : lorsque la résilience devient une méthode de dirigeant

Il existe toutefois un autre versant du personnage.

Dans Rester Debout, Loïc Mackosso revient sur la guerre, l’exil, les échecs professionnels et les épreuves personnelles qui ont accompagné son parcours. Son propos dépasse progressivement l’autobiographie pour défendre une conception de la résilience fondée sur la discipline et la reconstruction.

Ce livre donne une clé de lecture particulière à son activité professionnelle.

La finance de projets exige précisément ce que la résilience réclame : accepter les délais, reconstruire des hypothèses, absorber les échecs, renégocier, recommencer et tenir suffisamment longtemps pour qu’une opération arrive à maturité.

Chez Mackosso, le discours sur l’endurance ne semble donc pas détaché de son métier. Il constitue presque sa philosophie d’exécution.

Le défi : passer du potentiel à l’actif

Le Congo n’a pas seulement besoin de davantage de capitaux.

Comme une grande partie de l’Afrique centrale, il a besoin de davantage de projets capables d’absorber ces capitaux.

C’est une différence essentielle.

Une ressource naturelle n’est pas encore un actif industriel. Un besoin énergétique n’est pas encore une centrale bancable. Un terrain n’est pas encore un projet immobilier rentable. Une entreprise prometteuse n’est pas encore un dossier d’investissement acceptable pour une banque.

Entre le potentiel et le capital se trouve toute une infrastructure invisible de structuration, de gouvernance, de droit et de finance.

C’est dans cet espace que Loïc Mackosso a choisi de construire sa carrière.

L’ambition 2030 du Groupe ARIES va désormais plus loin : devenir une plateforme panafricaine intégrée disposant d’un portefeuille diversifié d’actifs dans l’énergie, l’immobilier, les infrastructures et les ressources naturelles, avec des revenus provenant davantage de la gestion et des participations que des seuls honoraires de conseil.

C’est un changement de dimension considérable.

Et probablement le véritable test des prochaines années.

Car après avoir passé plus de vingt ans à expliquer comment structurer et financer des projets, Loïc Mackosso doit désormais démontrer qu’une expertise financière construite à Brazzaville peut produire, détenir et faire grandir des actifs africains compétitifs.

Si ce pari réussit, son parcours ne racontera plus seulement l’histoire d’un banquier d’affaires congolais devenu entrepreneur. Il illustrera quelque chose de plus important : l’émergence en Afrique centrale d’une génération de professionnels décidés à ne plus seulement chercher le capital mondial, mais à construire localement les véhicules capables de l’attirer, de le sécuriser et de le transformer en valeur durable.

Patrick Tchounjo

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