Laurence Tchouako positionne Purpose Capital sur le marché financier régional avec 317,5 millions FCFA de capital

Dans un marché financier d’Afrique centrale qui cherche encore à transformer l’épargne disponible en financement productif, Laurence Christelle Tchouako arrive avec un capital professionnel particulièrement solide. Forte de plus de vingt ans d’expérience dans la banque, l’analyse financière, la gestion du risque de crédit et les marchés de capitaux, la dirigeante camerounaise prend aujourd’hui les commandes de Purpose Capital, nouvelle société de bourse agréée par la COSUMAF en mars 2026 et dotée d’un capital de 317,5 millions de FCFA.
Purpose Capital a obtenu en mars 2026 l’autorisation d’exercer comme société de bourse sur le marché financier de l’Afrique centrale. Le cabinet Yeman Africa, qui indique avoir accompagné le processus d’agrément, précise que celui-ci a notamment porté sur la gouvernance, la conformité, la gestion des risques, l’organisation opérationnelle et le business plan réglementaire. L’entreprise utilise désormais la référence COSUMAF-SDB-01/2026 dans ses communications de recrutement.
Pour Laurence Christelle Tchouako, ce lancement représente surtout le passage d’une carrière passée à analyser, gérer et structurer le risque financier à une fonction où il faudra désormais construire une institution de marché.
Une financière formée entre banque, crédit et marchés de capitaux
Le parcours de Laurence Tchouako apporte une première indication sur le positionnement potentiel de Purpose Capital.
Son expérience professionnelle l’a conduite de Société Générale Corporate & Investment Banking, où elle a travaillé sur l’analyse du crédit corporate dans le pétrole et le gaz, à Afriland First Bank, où elle a exercé plusieurs années dans la gestion de portefeuille. Elle a ensuite évolué vers le marché des capitaux, notamment chez Horus Investment Capital, avant de rejoindre en France Volkswagen Financial Services dans des fonctions d’analyse financière.
Son cursus est lui aussi construit autour de la finance et de l’exécution de projets : un Master en finance à l’Université Lumière Lyon 2 et un Master en management international de projets à l’Université Paris-Est Créteil sont notamment répertoriés dans son parcours.
Cette combinaison n’est pas anodine.
Une société de bourse ne vend pas seulement des titres. Elle doit comprendre les entreprises qui cherchent du capital, mesurer leur risque, structurer leurs besoins de financement, organiser des émissions et convaincre les investisseurs que le rendement proposé rémunère correctement le risque assumé.
Autrement dit, l’intermédiation est d’abord un métier de confiance.
Purpose Capital arrive sur un marché qui grossit mais cherche encore sa profondeur
Le moment choisi est intéressant.
Au 17 juillet 2026, la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale affichait une capitalisation globale de près de 1 786 milliards de FCFA, dont environ 1 229 milliards de FCFA d’encours obligataire.
Ces chiffres montrent que le marché régional n’est plus marginal. Mais ils révèlent aussi sa structure : la dette reste prépondérante, tandis que le compartiment actions demeure relativement étroit. La BVMAC ne comptait encore qu’un nombre limité de sociétés cotées, malgré l’arrivée remarquée de BGFI Holding Corporation en mai 2026.
C’est précisément dans cet écart que Purpose Capital devra trouver sa place.
Le principal gisement de croissance ne consiste pas uniquement à capter des ordres d’achat ou de vente. Il réside dans la capacité à faire émerger de nouveaux émetteurs : entreprises familiales, PME structurées, groupes régionaux, institutions financières ou acteurs cherchant des alternatives au crédit bancaire classique.
La BVMAC elle-même a lancé une initiative baptisée BVMAC ESPro, présentée comme une « usine à émetteurs », signe que l’élargissement de l’offre de titres constitue désormais un chantier explicite pour la place régionale.
Pour une nouvelle société de bourse, le potentiel est donc réel. Mais il impose d’aller chercher le marché au lieu d’attendre qu’il vienne spontanément.
317,5 millions FCFA : le capital n’est que le premier étage
Avec 317,5 millions FCFA de capital social, Purpose Capital dispose d’une base pour construire son activité. Mais dans les métiers de marché, la puissance financière initiale n’est qu’une partie de l’équation.
La réputation, la qualité du contrôle interne, la maîtrise réglementaire, les systèmes d’information, l’accès aux investisseurs institutionnels et surtout la capacité d’origination seront déterminants.
Des concurrents installés disposent déjà d’une forte antériorité et, pour certains, de moyens financiers plus importants. L’Archer Securities, par exemple, indiquait disposer d’un capital social de 1 milliard FCFA à fin 2025.
Purpose Capital devra donc probablement éviter une compétition fondée uniquement sur la taille.
Son avantage peut se construire ailleurs : agilité, conseil sur mesure, qualité d’exécution, connaissance des entreprises camerounaises, structuration d’opérations nouvelles et capacité à rapprocher les détenteurs de liquidités des entreprises insuffisamment servies par les circuits traditionnels.
La société semble d’ailleurs être encore en phase de construction de ses capacités. Des recrutements récents concernent notamment le marché des capitaux et le contrôle interne, deux fonctions centrales pour une société de bourse.
Laurence Tchouako face au véritable défi : fabriquer des transactions
C’est ici que le rôle de Laurence Christelle Tchouako devient central.
Obtenir l’agrément permet d’entrer dans le marché. Il ne garantit ni les opérations, ni les clients, ni les revenus.
Son enjeu sera désormais de transformer Purpose Capital en une véritable plateforme d’intermédiation capable d’accompagner des entreprises depuis leur besoin initial de financement jusqu’au placement effectif des titres auprès des investisseurs.
La difficulté est structurelle. En Afrique centrale, les besoins en capitaux sont considérables, mais de nombreuses entreprises restent peu préparées aux exigences du marché : gouvernance perfectible, information financière insuffisante, comptes parfois peu lisibles, réticence à ouvrir le capital ou méconnaissance des instruments boursiers.
Le métier de Purpose Capital pourrait donc être autant pédagogique que transactionnel.
Il faudra convaincre les entreprises que le marché financier peut devenir une source crédible de financement de long terme. Et simultanément convaincre les investisseurs que ces entreprises peuvent offrir des actifs suffisamment transparents, rentables et liquides pour mériter leur capital.
C’est cette double confiance que Laurence Tchouako devra construire.
Une nouvelle génération d’intermédiaires pour une CEMAC qui cherche son capital
L’arrivée de Purpose Capital intervient dans un contexte plus large de transformation financière régionale.
La CEMAC cherche à mobiliser davantage de ressources domestiques, diversifier les instruments de financement et réduire la dépendance excessive des entreprises au crédit bancaire. Lors de la Finance Week 2024, ces enjeux avaient déjà été placés au centre des discussions, notamment autour de la mobilisation de l’épargne régionale et de la diversification des produits financiers.
Deux ans plus tard, le problème reste celui de l’exécution.
La région dispose d’épargne, d’investisseurs institutionnels, de banques, d’assureurs et désormais d’un écosystème plus étoffé de sociétés de gestion et d’intermédiation. Ce qu’elle doit encore produire en quantité suffisante, ce sont des actifs investissables et des transactions capables d’absorber ce capital.
C’est précisément sur ce terrain que Laurence Christelle Tchouako joue désormais sa crédibilité.
Avec Purpose Capital, elle n’entre pas simplement dans l’industrie boursière camerounaise. Elle rejoint une bataille plus importante : celle de la transformation du marché financier de la CEMAC en véritable instrument de financement des entreprises.
La réussite ne se mesurera donc pas au seul capital de départ de 317,5 millions FCFA, ni à l’agrément obtenu. Elle se mesurera au nombre d’entreprises accompagnées, aux capitaux effectivement mobilisés et, surtout, à la capacité de Purpose Capital à créer des ponts durables entre l’épargne africaine et les ambitions entrepreneuriales africaines.
Patrick Tchounjo



