BPC BOURSE : CALIXTE MÉDARD TABANGOLI FAIT ENTRER LA BPC DANS LA BATAILLE DES MARCHÉS DE CAPITAUX

En lançant BPC Bourse le 7 août 2026 à Brazzaville, Calixte Médard Tabangoli ne crée pas simplement une filiale supplémentaire de la Banque Postale du Congo. Il tente de déplacer le centre de gravité d’une banque publique encore largement associée aux métiers traditionnels vers une architecture financière plus complète, capable de connecter épargne, entreprises et marchés de capitaux. Dans une CEMAC où la Bourse a longtemps souffert moins d’un manque d’argent que d’un déficit d’émetteurs, de liquidité et de culture d’investissement, le pari est stratégique.
Directeur général de la Banque Postale du Congo (BPC) et président du Conseil d’administration de BPC Bourse, Calixte Médard Tabangoli poursuit une transformation déjà visible dans la diversification de l’établissement. La BPC avait notamment lancé en juin 2026 une activité de trading destinée à élargir l’accès de ses clients aux marchés financiers.
Avec BPC Bourse, agréée par la COSUMAF le 25 juin avant son lancement officiel, l’ambition monte d’un cran : la banque veut désormais intervenir directement dans l’intermédiation boursière, la conservation de titres, la gestion de portefeuille, le conseil en investissement, l’ingénierie financière et l’accompagnement des entreprises dans leurs levées de capitaux.
Le véritable problème de la BVMAC n’est plus seulement sa taille
Le timing est intéressant. La BVMAC connaît une phase d’accélération. L’introduction de BGFI Holding Corporation en mai 2026 a fait passer le nombre de sociétés cotées de six à sept et porté la capitalisation du marché actions de 479,4 milliards à 1 710 milliards de FCFA, soit une progression de 257 %.
Au 17 juillet, la capitalisation globale atteignait environ 1 786 milliards de FCFA, tandis que l’encours obligataire dépassait 1 228 milliards.
Mais ces chiffres révèlent également le principal défi.
Lors de cette même séance du 17 juillet, la valeur totale des transactions n’était que d’environ 8 millions de FCFA. Plusieurs titres n’avaient enregistré aucun échange.
Voilà le vrai sujet auquel BPC Bourse devra répondre : une Bourse ne devient pas profonde parce que sa capitalisation augmente ; elle le devient lorsque les titres circulent, que de nouvelles entreprises arrivent à la cote et que les investisseurs disposent d’une véritable capacité d’arbitrage.
Le pari de Tabangoli : faire de la banque une fabrique d’émetteurs
C’est là que BPC Bourse pourrait avoir davantage de valeur que comme simple courtier.
La Banque Postale du Congo dispose d’une relation avec des particuliers, des entreprises et des institutions que la nouvelle filiale peut convertir en deux flux : des investisseurs d’un côté, des entreprises susceptibles de lever des capitaux de l’autre.
Pour Calixte Médard Tabangoli, l’enjeu est donc de construire une chaîne allant du client bancaire à l’investisseur, puis de l’entreprise financée par crédit à l’entreprise capable d’émettre une obligation, de lever des fonds propres ou, à terme, de rejoindre la cote.
Cette évolution pourrait également réduire la dépendance des entreprises congolaises au crédit bancaire, particulièrement mal adapté aux infrastructures, à l’industrialisation ou aux investissements exigeant des maturités longues.

Mais démocratiser la Bourse comporte ses propres risques
L’ouverture aux particuliers ne peut cependant être réduite à la création de comptes-titres.
Faible liquidité, volatilité, compréhension imparfaite du risque, concentration des portefeuilles et qualité variable de l’information financière peuvent rapidement transformer l’ambition d’inclusion en défi de confiance.
BPC Bourse devra également gérer rigoureusement les frontières entre les métiers de la banque, du conseil et de l’intermédiation, tout en développant une véritable capacité d’analyse financière.
Surtout, la nouvelle société dirigée opérationnellement par Simon Bockondas devra contribuer à faire émerger des émetteurs. Car le problème historique de la BVMAC reste son offre limitée de titres. Même après l’arrivée spectaculaire de BGFI Holding, le compartiment actions ne comptait encore que sept sociétés en juillet 2026.
Pour Calixte Médard Tabangoli, le succès de BPC Bourse ne se mesurera donc pas seulement au nombre de comptes ouverts. Il se mesurera au nombre d’entreprises que la Banque Postale du Congo réussira à faire passer du crédit bancaire au marché des capitaux, et à la quantité d’épargne congolaise qu’elle parviendra à transformer en capital productif.
C’est à cette condition que BPC Bourse pourra dépasser le statut de nouvelle filiale pour devenir un véritable instrument de transformation financière en Afrique centrale.
Patrick Tchounjo



