Le Gabon et le Congo concentrent 60,8 % de l’encours des valeurs du Trésor de la CEMAC au 30 septembre 2026. Le bulletin BEAC publié le 2 novembre montre un marché régional de 11 016,7 milliards FCFA, dont la lecture exige de distinguer poids des émetteurs, échéances de remboursement et accès aux investisseurs.
La taille de l’économie ne détermine pas seule la place d’un État sur le marché de la dette. Le classement des encours place le Gabon devant le Congo, puis le Cameroun. Il révèle surtout comment les besoins de financement de plusieurs Trésors se rencontrent dans un même espace monétaire. Pour les banques, assureurs et gestionnaires d’actifs, cette répartition constitue un point de départ pour analyser leurs expositions.
Le classement des six émetteurs à fin septembre
Le tableau couvre les valeurs du Trésor suivies dans les statistiques mensuelles de la BEAC, à leur montant nominal restant en circulation. Les parts sont calculées sur le total régional ; les montants sont arrondis au dixième de milliard FCFA.
| Rang | Émetteur | Encours, milliards FCFA | Part régionale |
|---|---|---|---|
| 1 | Gabon | 3 663,4 | 33,3 % |
| 2 | Congo | 3 038,0 | 27,6 % |
| 3 | Cameroun | 2 184,4 | 19,8 % |
| 4 | Tchad | 1 258,5 | 11,4 % |
| 5 | Centrafrique | 484,0 | 4,4 % |
| 6 | Guinée équatoriale | 388,5 | 3,5 % |
Source du périmètre et des encours : BEAC, Statistiques mensuelles n°62, tableau de l’encours au 30 septembre 2026. Le classement porte sur ce compartiment précis, et non sur la totalité de la dette publique de chaque pays. Les écarts éventuels dans l’addition des montants affichés tiennent aux arrondis.
Gabon et Congo : le poids de deux signatures
La concentration sur deux émetteurs change la lecture d’un portefeuille régional. Détenir des titres de plusieurs États permet de répartir les signatures ; encore faut-il mesurer le poids de chacune. Un portefeuille qui reproduirait la structure des encours donnerait une place prépondérante au Gabon et au Congo. Il ne représenterait donc pas une exposition égale aux six économies.
Cette observation n’établit pas que les titres de ces deux États seraient plus ou moins sûrs. Un encours élevé renseigne sur le volume de dette en circulation. Pour apprécier la capacité de remboursement, il faut examiner les ressources budgétaires, les échéances, le service de la dette et les engagements détenus par les autres créanciers.
Cameroun et Tchad : des positions à lire avec les calendriers
Les places suivantes rappellent qu’un marché régional réunit des besoins distincts. Un Trésor peut solliciter des ressources pour financer ses dépenses, renouveler des échéances ou modifier la durée de ses engagements. Le volume observé à une date donnée ne permet pas d’attribuer une destination unique à l’ensemble des fonds empruntés.
La variation du stock régional atteint environ 253,4 milliards FCFA sur un mois, soit 2,35 %. Elle correspond au solde de mouvements sur l’encours, pas au montant brut de toutes les souscriptions du mois. Cette distinction complète notre analyse du financement intérieur camerounais.
Un classement de volumes, une grille de suivi du risque
Pour les émetteurs de plus petite taille sur ce compartiment, une part réduite n’atteste ni d’un accès illimité à d’autres ressources ni d’une absence de besoin. Elle décrit leur présence relative à la date considérée. Le classement doit ainsi rester un outil de comparaison des volumes, sans devenir un palmarès de solvabilité ou de performance.
Pour les professionnels, la suite de l’analyse consiste à croiser cette photographie avec les prochaines tombées de titres, les durées proposées et la demande aux émissions. La capacité de céder une position compte également, comme l’explique notre dossier sur la cotation et la liquidité des obligations gabonaises, sur un autre compartiment de marché. C’est l’articulation de ces informations qui permet de comprendre le financement régional au-delà de son montant total.
Par Malik Séna
Photo d’archives : quartier des assurances à Libreville. Delrick Williams / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Date de prise de vue non établie ; redimensionnement automatique par WordPress.




