La première cohorte du programme AfriCircular Growth réunit neuf entreprises qui cherchent ensemble 11,65 millions de dollars. Présenté par la Banque africaine de développement le 2 novembre 2026, l’accompagnement doit préparer leurs dossiers et les rapprocher d’investisseurs. GIP-Togo, Elementerre au Sénégal et Sikili, présente en Côte d’Ivoire et au Sénégal, figurent parmi les bénéficiaires.
Par Nora Kémi
Transformer un déchet en produit commercialisable ne résout pas automatiquement la question de son financement. Une entreprise peut maîtriser une technique de recyclage tout en peinant à convaincre un prêteur ou un actionnaire de financer sa prochaine usine, son stock ou son réseau de distribution. AfriCircular Growth intervient sur ce passage entre activité démontrée et investissement à structurer.
Une collecte à organiser
Le point publié par la BAD le 2 novembre présente un accompagnement individuel sur la stratégie, les modèles financiers et les propositions d’investissement. Chaque entreprise doit être mise en relation avec au moins dix investisseurs et suivie jusqu’à la finalisation des financements. Les 11,65 millions de dollars constituent une cible collective de mobilisation, sans répartition publiée par bénéficiaire.
La distinction est déterminante pour lire l’opération : l’entrée dans ce programme ne constitue pas l’annonce d’un prêt ou d’un investissement déjà signé au profit de chacune des sociétés. Le test portera sur les engagements effectivement conclus, leur calendrier et leur adéquation aux besoins des entreprises.
Le dispositif est conduit par la Facilité africaine pour le développement de l’économie circulaire, en collaboration avec l’Alliance africaine pour l’économie circulaire. La Facilité, créée en 2022, associe assistance technique et appui au développement d’un environnement favorable à ces activités. Elle agit ainsi en amont des décisions des financeurs.
Trois modèles présents en Afrique francophone
GIP-Togo transforme les plastiques en granulés et en produits finis, notamment des pavés. Elementerre associe le typha à la terre locale pour fabriquer des matériaux isolants. Sikili propose des smartphones reconditionnés à des chauffeurs de VTC, avec des paiements quotidiens. Ces modèles appellent des lectures financières différentes.
Pour un transformateur, l’analyse doit relier la régularité des matières collectées, la qualité du produit vendu et la capacité des acheteurs à absorber une production accrue. Financer une machine supplémentaire sans vérifier ces trois maillons peut créer des capacités inutilisées plutôt qu’une croissance rentable.
Le paiement échelonné d’un équipement pose une autre question : à quel rythme les recettes des utilisateurs deviennent-elles des encaissements pour l’entreprise ? Le coût de l’appareil est engagé avant la fin des remboursements. La durée de collecte et les impayés éventuels deviennent donc des variables essentielles du besoin de financement ; aucun taux de défaut propre à Sikili n’est communiqué dans cette présentation.
Choisir un financement adapté au cycle de l’entreprise
Une ligne destinée aux stocks et une ressource longue destinée à un équipement ne répondent pas au même cycle. L’accompagnement financier peut rendre ces besoins plus lisibles, mais ne supprime ni le risque commercial ni les exigences de gouvernance.
Cette question rejoint celle du capital destiné aux PME du recyclage et de la capacité des investisseurs africains à analyser les entreprises. Pour AfriCircular Growth, l’indicateur décisif sera le passage de la préparation aux financements conclus, puis aux investissements productifs réalisés. La communication du 2 novembre ne fournit pas encore ce bilan.
Photo : granulés plastiques destinés au rotomoulage, Nairobi, 4 mai 2007. Archive illustrative, sans représentation d’une entreprise AfriCircular et sans origine recyclée établie pour ces granulés. C. Rieck / SuSanA Secretariat, via Wikimedia Commons, CC BY 2.0.




