Baobab Sénégal : après 20 milliards FCFA en 2024, Mamadou Cissé revient sur le marché avec 10 milliards FCFA d’obligations durables
Après les 20 milliards FCFA mobilisés en 2024, Baobab Sénégal s’apprête à revenir sur le marché financier avec une nouvelle opération de 10 milliards FCFA. À la manœuvre, Mamadou Cissé, Directeur général depuis janvier 2017, engage la filiale dans une étape supplémentaire : connecter plus directement la microfinance aux capitaux de marché tout en liant le financement à des objectifs mesurables de durabilité. Une opération qui dépasse la seule recherche de ressources et dit quelque chose de l’évolution du modèle de financement de l’inclusion financière au Sénégal.
Dans la microfinance, la croissance repose sur une équation simple en apparence, mais exigeante dans son exécution : trouver suffisamment de ressources pour continuer à financer les entrepreneurs que la banque classique atteint encore imparfaitement.
Baobab Sénégal veut précisément élargir cette capacité.
Selon une note de CGF Bourse, l’institution prépare pour septembre 2026 une émission par Appel public à l’épargne de 10 milliards FCFA d’Obligations liées au Développement Durable, ou Sustainability-Linked Bonds.
Le calendrier est déjà arrêté : les souscriptions sont prévues du 22 septembre au 6 octobre 2026. La valeur nominale de l’obligation est fixée à 10 000 FCFA, avec un taux d’intérêt de 6,80 %, une maturité de cinq ans et un différé d’un an.
Derrière ces caractéristiques financières apparaît surtout une ambition : donner à Baobab Sénégal davantage de capacité pour accompagner les micros, petites et moyennes entreprises, tout en renforçant l’inclusion financière.
Mamadou Cissé, neuf ans pour installer Baobab dans une nouvelle dimension
La nouvelle opération intervient près de dix ans après l’arrivée de Mamadou Cissé à la Direction générale de Baobab Sénégal, en janvier 2017.
Sous son pilotage, la filiale s’est affirmée comme l’un des acteurs majeurs de la microfinance sénégalaise. Mais la séquence actuelle révèle surtout une évolution stratégique : une institution de microfinance peut désormais chercher une partie de sa capacité de financement directement sur le marché des capitaux et développer des instruments plus sophistiqués.
Baobab Sénégal avait déjà mobilisé 20 milliards FCFA en 2024.
Le retour annoncé en 2026, même sur un montant inférieur de 10 milliards FCFA, donne donc une dimension particulière à l’opération. Il ne s’agit plus d’une incursion isolée : l’accès au marché financier commence à devenir un outil de financement récurrent.
Pour Mamadou Cissé, le défi consiste désormais à transformer cette capacité de mobilisation en crédits utiles à l’économie réelle.
Le financement durable comme nouvelle frontière de la microfinance
La singularité de l’émission tient aussi à son caractère Sustainability-Linked.
Baobab Sénégal prévoit d’associer son financement à des Objectifs de Performance de Durabilité (OPD), eux-mêmes adossés à des Indicateurs Clés de Performance (KPI) définis par l’institution.
Cette architecture change la lecture de l’opération.
L’enjeu n’est plus seulement : combien Baobab peut-il lever ?
Il devient également : quel impact mesurable cette ressource peut-elle contribuer à produire ?
À travers l’APE, Baobab Sénégal entend notamment améliorer les conditions de financement accordées aux MPME et renforcer l’inclusion financière. Le capital levé devient ainsi un instrument potentiel de croissance, mais aussi de responsabilisation : les investisseurs ne financent plus uniquement une institution, ils observent également les objectifs de durabilité auxquels elle associe son développement.
Dix milliards FCFA pour rapprocher le marché financier des entrepreneurs
C’est probablement là que réside la portée économique la plus intéressante de l’opération.
Le marché financier est souvent perçu comme le territoire des États, des banques, des grands groupes et des investisseurs institutionnels. La microfinance construit un pont différent : mobiliser de grandes poches de capitaux pour les redistribuer, par milliers de financements, vers des entreprises beaucoup plus petites.
Un emprunt obligataire de 10 milliards FCFA peut ainsi se transformer en fonds de roulement, équipements ou capacité d’investissement pour des entrepreneurs situés très loin des salles de marché.
La logique est puissante.
Plus une institution comme Baobab diversifie ses ressources, plus elle peut potentiellement disposer de marges de manœuvre pour financer davantage de MPME et réduire sa dépendance à un nombre limité de sources de financement.
La réussite de l’opération ne se mesurera cependant pas uniquement au niveau des souscriptions. Elle se jouera également dans la qualité du déploiement des ressources, la performance des financements accordés et l’atteinte des KPI annoncés.
De la microfinance au marché de capitaux
En choisissant de revenir sur le marché deux ans après une levée de 20 milliards FCFA, Mamadou Cissé installe progressivement Baobab Sénégal dans une logique de financement plus institutionnelle.
C’est une évolution importante.
La microfinance africaine a longtemps été racontée sous l’angle de la proximité : agences, petits entrepreneurs, crédit de terrain, inclusion des populations insuffisamment bancarisées.
Elle peut désormais être également racontée à travers la finance structurée, les investisseurs et les obligations liées à la durabilité.
Baobab Sénégal veut précisément réunir ces deux mondes.
D’un côté, 10 milliards FCFA recherchés auprès du marché.
De l’autre, des milliers de MPME qui ont besoin de capitaux pour grandir.
Entre les deux se trouve la responsabilité de Mamadou Cissé et de ses équipes : transformer l’argent levé en capacité économique réelle.
Car au-delà du taux de 6,80 % et de la maturité de cinq ans, c’est là que se jouera la véritable performance de cette émission : démontrer que le marché financier peut aussi devenir un puissant moteur d’inclusion.
Patrick Tchounjo
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