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Inclusion Financière

Jean-Claude Kassi Brou pilote une UMOA à 20 844 milliards FCFA de crédits : croissance forte, risque plus concentré

Par patrick tchounjo4 min de lecture
Jean-Claude Kassi Brou pilote une UMOA à 20 844 milliards FCFA de crédits : croissance forte, risque plus concentré

Le crédit bancaire continue de prendre de l’ampleur en Afrique de l’Ouest. À fin décembre 2025, les utilisations de crédits recensées par la Centrale des risques de l’UMOA atteignaient 20 844,5 milliards de FCFA, contre 19 878,3 milliards un an plus tôt. En douze mois, près de 966,2 milliards de FCFA d’engagements supplémentaires sont ainsi entrés dans le radar prudentiel de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), soit une progression de 4,9 %.

Sous la conduite de son gouverneur, Jean-Claude Kassi Brou, la BCEAO se trouve au centre d’un arbitrage devenu stratégique : accompagner une économie régionale qui continue de croître tout en veillant à ce que l’expansion du crédit ne fragilise pas la qualité des bilans bancaires.

Le chiffre de 20 844,5 milliards de FCFA ne mesure donc pas seulement la profondeur croissante de l’intermédiation bancaire. Il renseigne aussi sur l’ampleur des expositions qu’il faut désormais suivre, analyser et maîtriser.

Près de 1 000 milliards FCFA de crédits supplémentaires en un an

La progression intervient dans un environnement macroéconomique plutôt porteur. En 2025, la croissance de l’Union est estimée à 6,7 %, tandis que l’inflation aurait été ramenée à 0,0 %.

Cette combinaison (croissance robuste et stabilité des prix) offre théoriquement un environnement favorable à l’activité bancaire. Entreprises, ménages et administrations ont davantage besoin de financements pour soutenir investissement, consommation et fonds de roulement.

Mais pour Jean-Claude Kassi Brou et la BCEAO, l’enjeu ne consiste pas seulement à observer la hausse des volumes. Il s’agit surtout d’en apprécier la qualité, la maturité et la concentration.

À cet égard, deux données méritent une attention particulière.

D’abord, les crédits à court terme représentent 62 % des encours recensés. Cette prépondérance révèle une forte orientation du système bancaire vers des besoins immédiats de trésorerie et d’exploitation, davantage que vers des financements longs capables d’accompagner durablement les investissements productifs.

Ensuite, six secteurs économiques concentreraient plus de 90 % des engagements bancaires de l’Union. Cette forte concentration constitue un véritable enjeu de gestion du risque : lorsqu’une part aussi importante du crédit repose sur un nombre limité d’activités, tout choc sectoriel peut se transmettre plus rapidement aux portefeuilles des banques.

Un système bancaire encore solidement capitalisé

Cette montée des engagements intervient cependant dans un environnement prudentiel qui conserve des marges de sécurité.

Le ratio moyen de solvabilité du secteur bancaire de l’UMOA atteint 14,7 %, soit sensiblement plus que le minimum réglementaire de 11,5 %. Autrement dit, l’augmentation des crédits ne s’accompagne pas, à ce stade, d’un affaiblissement apparent des coussins de fonds propres du système.

C’est un élément important.

Car la véritable question n’est pas de savoir si les banques prennent davantage de risque, toute activité de crédit en comporte, mais si elles disposent du capital, des outils d’évaluation et des mécanismes de surveillance nécessaires pour l’absorber.

C’est précisément là que le rôle de la BCEAO et de Jean-Claude Kassi Brou prend toute sa dimension.

Le prochain défi : transformer le crédit en croissance durable

Avec plus de 20 844 milliards de FCFA d’engagements recensés, l’UMOA dispose désormais d’un système bancaire dont la profondeur devient significative. Mais le prochain saut qualitatif ne se jouera pas uniquement sur la quantité de crédits distribués.

Il dépendra de la capacité à allonger les maturités, diversifier les secteurs financés et orienter davantage de ressources vers l’investissement productif, tout en préservant la solvabilité des établissements.

Sous Jean-Claude Kassi Brou, la BCEAO doit donc gérer une équation de plus en plus sophistiquée : permettre au crédit d’accompagner la croissance sans laisser sa concentration devenir une vulnérabilité systémique.

Le seuil des 20 844 milliards de FCFA est ainsi moins un aboutissement qu’un indicateur de maturité. Plus le système bancaire de l’Union grandit, plus la qualité de sa surveillance devient déterminante.

Patrick Tchounjo

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