Samb’a Assurances Cameroun : Barthélémy Zoua prend les commandes

Samb’a Assurances Cameroun ouvre une nouvelle séquence dans le marché camerounais de l’assurance. Constituée le 21 mai 2026 à Douala, la filiale camerounaise de Samb’a Finances Holding a confié sa direction générale à Barthélémy Zoua, ancien directeur régional Afrique centrale de la Compagnie Commune de Réassurance des États Membres de la CIMA (CICA-Ré). Un choix qui n’a rien d’anodin : pour installer une société de micro-assurance dans un marché encore largement sous-pénétré, le groupe mise sur un profil qui connaît de près les mécanismes de régulation, les réalités du secteur et les équilibres institutionnels de l’assurance en zone CIMA.
Le même jour, 59 actionnaires, répartis entre 75 % de personnes morales et 25 % de personnes physiques, ont tenu l’assemblée générale constitutive de Samba Assurances Cameroun SA. À l’issue des travaux, le conseil d’administration a porté Barthélémy Zoua à la direction générale. Cette nomination intervient quelques mois seulement après son départ de la CICA-Ré, en décembre 2024, après une longue séquence au sein du réassureur communautaire.
Pendant douze ans, Barthélémy Zoua a dirigé le bureau régional Afrique centrale de la CICA-Ré à Douala. À ce poste, il a piloté et développé les activités du réassureur dans la zone CEMAC, mais aussi au Rwanda, en Angola, à Djibouti et aux Seychelles. En 2024, le bureau régional qu’il a conduit a enregistré une production de 20,7 milliards de FCFA, représentant 15,19 % du chiffre d’affaires total de la CICA-Ré. Cinq mois après son départ à la retraite, il revient donc dans un registre différent : non plus celui de la réassurance de gros risques industriels, mais celui de la micro-assurance, avec un objectif plus proche du terrain et des populations à revenus modestes.
Samba Assurances Cameroun veut s’adresser à des catégories encore peu couvertes par le marché traditionnel : travailleurs du secteur informel, petits commerçants, agriculteurs, artistes, associations et autres acteurs économiques souvent exclus des produits classiques d’assurance. Le modèle repose sur des primes accessibles, qui ne dépasseront pas 3 500 FCFA par mois, avec une distribution prévue via les établissements de microfinance, les opérateurs de téléphonie mobile, les courtiers agréés et les réseaux communautaires. Dans un pays où les usages financiers numériques progressent rapidement, cette stratégie de distribution pourrait devenir l’un des leviers majeurs du déploiement.
La société n’est toutefois pas encore en activité. La prochaine étape sera le dépôt d’un dossier de demande d’agrément auprès de la Direction Nationale des Assurances du Cameroun. Si le calendrier annoncé est respecté, un avis favorable de la Commission Régionale de Contrôle des Assurances pourrait intervenir en août 2026, pour un démarrage commercial attendu en 2027. C’est dans cette phase décisive que Barthélémy Zoua devra mobiliser sa connaissance des circuits de régulation de la CIMA, acquise au fil de douze années de relations avec la Direction Nationale des Assurances et le Secrétariat général de la CIMA.
Le choix du Cameroun comme premier marché d’expansion hors Gabon répond à une logique de taille et de potentiel. En 2024, le secteur camerounais des assurances a généré 288,7 milliards de FCFA de primes, contre 274,6 milliards de FCFA en 2023. La branche IARD a représenté 190,3 milliards de FCFA, tandis que l’assurance vie a atteint 98,4 milliards de FCFA. Mais derrière ces volumes, le marché reste marqué par une sous-pénétration persistante. Le taux de pénétration de l’assurance au Cameroun demeure autour de 2 %, un niveau que les acteurs du secteur qualifient eux-mêmes de contreperformance au regard du potentiel réel du pays.
C’est précisément dans cet espace que Samba entend se positionner. La société veut construire une offre simple, abordable et adaptée aux réalités des populations que les assureurs traditionnels touchent peu, faute de primes suffisamment élevées ou de canaux de distribution assez proches du terrain. L’enjeu n’est donc pas seulement commercial. Il est aussi social et économique : transformer l’assurance en outil de protection accessible, dans un pays où une grande partie de l’activité repose encore sur l’informel.
Cette implantation camerounaise s’inscrit dans un mouvement plus large. Samb’a Finances Holding avait approuvé dès juin 2025 le principe d’implantations au Cameroun et en République démocratique du Congo. En parallèle, Samb’a Assurances Gabon a annoncé son intention d’introduire ses actions à la BVMAC, la bourse régionale de la zone CEMAC, avec Horus Investment Capital comme chef de file de l’opération. L’objectif est de renforcer les fonds propres du groupe et d’accélérer son expansion.
Au Gabon, le groupe dispose déjà d’une première référence opérationnelle. En six mois d’activité, Samb’a Assurances Gabon a enregistré plus de 5 000 assurés actifs et un chiffre d’affaires de 187 millions de FCFA. Le Cameroun, avec une population près de vingt fois supérieure à celle du Gabon, représente désormais un test d’une autre ampleur. Pour Samba Assurances Cameroun, le défi sera clair : convertir un marché largement sous-assuré en véritable terrain de croissance inclusive.
Patrick Tchounjo



