Inclusion Financière

Sous l’impulsion d’Amadou Tidiane Diallo, le FONAMIF et CDMP SA ouvrent une ligne de 2 milliards FCFA pour les IMF

Deux milliards de FCFA. Rapportée aux 683,3 milliards de FCFA que le Sénégal ambitionne de mobiliser d’ici 2029 pour accélérer l’inclusion financière, l’enveloppe peut paraître modeste. Mais l’opération conclue entre le Fonds National de la Microfinance (FONAMIF) et la Caisse des Marchés Publics (CDMP SA) est surtout intéressante par sa mécanique : injecter des ressources au niveau des institutions de microfinance pour leur permettre, à leur tour, de financer davantage l’économie productive.

Pour Amadou Tidiane Diallo, Directeur général du FONAMIF depuis 2025, cette convention constitue aussi un premier marqueur de son mandat. Ingénieur agronome diplômé de l’ENSA de Thiès, il connaît déjà intimement l’institution : avant sa nomination à la Direction générale par le Conseil des ministres du 23 juillet 2025, il y occupait les fonctions de Directeur des investissements, du financement et du suivi des portefeuilles.

Sa passation de service avec Nicole Olga Edith Mansis est intervenue le 21 août 2025. Un an plus tard, la question qui se pose à lui est désormais celle de l’exécution : comment transformer un fonds public dédié à la microfinance en véritable levier de mobilisation du capital pour les territoires, les petites entreprises et les populations insuffisamment servies par la banque traditionnelle ?

2 milliards FCFA pour donner davantage de carburant aux IMF

Selon les éléments communiqués, le FONAMIF et la CDMP SA ont signé le 7 août 2026 une convention-cadre mettant en place une ligne de refinancement de 2 milliards de FCFA au bénéfice des institutions de microfinance sénégalaises.

Le mécanisme est stratégique.

Une institution de microfinance peut disposer d’un réseau, connaître ses clients et identifier des besoins de financement rentables sans pour autant disposer de suffisamment de liquidités pour répondre à toute la demande. Le refinancement consiste précisément à lui fournir des ressources supplémentaires afin qu’elle puisse maintenir ou augmenter ses opérations de crédit.

C’est d’ailleurs l’un des métiers centraux du FONAMIF. L’institution définit elle-même son produit de refinancement comme une ligne de crédit destinée aux IMF afin de leur permettre de maintenir ou d’étendre leurs opérations de prêt auprès de populations souvent exclues du système bancaire traditionnel.

Les 2 milliards de FCFA ne sont donc pas destinés à rester dans les comptes des intermédiaires. Leur pertinence économique dépendra de leur capacité à circuler jusqu’aux entrepreneurs, TPE et PME, coopératives, femmes et jeunes, avec un accent annoncé sur des activités productives comme l’agriculture, l’artisanat, le numérique ou l’industrie.

C’est là que commence le véritable test.

Amadou Tidiane Diallo, du financement agricole à la finance inclusive

Le profil d’Amadou Tidiane Diallo donne une dimension particulière à cette orientation.

Sa formation d’ingénieur agronome le distingue dans un secteur souvent dirigé par des banquiers, économistes ou financiers de formation classique. Avant de prendre la tête du FONAMIF, il avait déjà la responsabilité des investissements, du financement et du suivi des portefeuilles de l’institution. La Présidence sénégalaise a précisément rappelé ce parcours lors de sa nomination.

Cette double culture peut devenir un avantage.

Dans les territoires ruraux, financer une activité ne consiste pas seulement à calculer une échéance de remboursement. Il faut comprendre les cycles agricoles, la saisonnalité des revenus, les risques climatiques, la structuration des chaînes de valeur et les contraintes de commercialisation.

Pour un FONAMIF qui cible notamment les jeunes, les femmes, les systèmes financiers décentralisés, les coopératives, les GIE et les associations, cette compréhension de l’économie productive peut influencer la manière dont les instruments financiers sont conçus et distribués.

Depuis son arrivée à la Direction générale, Amadou Tidiane Diallo commence justement à inscrire le Fonds dans une logique plus large de financement territorial. En février 2026, il présidait par exemple le lancement du projet Bania Tokk, destiné notamment aux femmes, aux jeunes et aux acteurs de l’économie sociale et solidaire, avec un dispositif combinant financement et accompagnement technique.

La convention avec la CDMP prolonge cette logique mais à une autre échelle : agir sur les intermédiaires financiers eux-mêmes pour augmenter leur capacité à prêter.

Derrière les 2 milliards, un programme de 683,3 milliards FCFA

L’opération doit surtout être replacée dans le chantier beaucoup plus large du Pacte pour l’Inclusion Financière Universelle (PACTIFU).

Le programme prévoit de mobiliser exactement 683 342 887 138 FCFA sur la période 2025-2029, en mutualisant notamment les ressources d’instruments publics tels que la CDC, la DER/FJ et le FONGIP, avec l’écosystème de la microfinance. En contrepartie des ressources mises à leur disposition, les IMF doivent financer TPE, PME et acteurs de l’économie sociale et solidaire dans des conditions plus accessibles.

Le chiffre donne la mesure de l’ambition.

Les 2 milliards représentent à peine 0,3 % de l’objectif global du PACTIFU. Mais la pertinence du dispositif ne doit pas seulement être mesurée par son poids dans l’enveloppe totale. Elle repose sur sa capacité à établir une mécanique reproductible : mobiliser des ressources institutionnelles, les faire transiter par des IMF solvables et transformer ces liquidités en crédits productifs sur le terrain.

Le Sénégal a d’ailleurs déjà commencé à expérimenter cette logique. En octobre 2025, 6,826 milliards de FCFA avaient été mobilisés lors d’une première séquence opérationnelle du PACTIFU, à travers 18 conventions et plusieurs instruments publics.

Amadou Tidiane Diallo ne construit donc pas un mécanisme isolé. Il contribue à l’installation progressive d’une architecture publique de refinancement de la microfinance.

Un secteur puissant, mais encore sous pression

L’enjeu dépasse largement les bénéficiaires d’une convention.

Le Sénégal dispose d’un écosystème de microfinance conséquent. Le ministère compétent évoquait récemment 297 institutions, près de 4 millions d’usagers, 565,6 milliards FCFA de dépôts et 765,6 milliards FCFA de crédits.

Ces volumes font de la microfinance un segment significatif du système financier national.

Mais la taille ne supprime pas les fragilités.

Les autorités identifient encore plusieurs contraintes : accès insuffisant au crédit productif, rentabilité fragile de certaines institutions, faible culture financière et manque de coordination dans l’écosystème.

C’est précisément pourquoi l’apport de nouvelles liquidités doit être accompagné d’une exigence de qualité.

Refinancer davantage une IMF mal gouvernée ou disposant d’un portefeuille de crédit dégradé ne crée pas mécaniquement de l’inclusion financière. Cela peut également transférer et amplifier le risque.

Pour Amadou Tidiane Diallo, la ligne de crête sera donc étroite : augmenter les ressources disponibles sans dégrader la discipline financière.

Le vrai enjeu : le coût du crédit

Un autre indicateur sera déterminant : le prix auquel ces ressources parviendront finalement aux emprunteurs.

Le PACTIFU prévoit explicitement que les ressources publiques mises à disposition des institutions de microfinance permettent de proposer des financements à des conditions préférentielles aux TPE, PME et acteurs de l’économie sociale et solidaire.

C’est ici que l’opération peut produire son impact le plus profond.

Dans la microfinance, une ressource de refinancement moins coûteuse ne devient socialement utile que si une partie de cet avantage est effectivement transférée au client final sous la forme de taux plus abordables, de durées mieux adaptées ou de conditions de crédit moins contraignantes.

La réussite devra donc être évaluée au-delà des annonces : nombre d’IMF refinancées, coût moyen des ressources, volume de crédits effectivement décaissés, taux de remboursement, répartition géographique, proportion de femmes et de jeunes bénéficiaires, financement des chaînes de valeur productives et emplois créés.

Autrement dit, après les 2 milliards FCFA mobilisés, viendra le temps de mesurer les milliards réellement transformés en activité économique.

Le FONAMIF au cœur de la rationalisation du financement public

Cette exigence prend une importance supplémentaire dans le contexte politique actuel.

En juillet 2025, le président Bassirou Diomaye Faye avait demandé au gouvernement de travailler à une rationalisation opérationnelle des instruments publics de financement, citant explicitement la CDC, le FONSIS, le FONGIP, la BNDE, la BHS, La Banque Agricole, le FONAMIF et la DER/FJ. L’objectif : améliorer la cohérence des dispositifs et mieux mobiliser les ressources nationales au service d’une économie endogène.

Le partenariat entre la CDMP et le FONAMIF prend ici une autre dimension.

La CDMP, filiale de la CDC, a historiquement pour mission de faciliter l’accès au financement des PME, notamment dans la commande publique. En mettant des ressources à disposition d’un instrument spécialisé dans la microfinance, les deux structures tentent précisément de créer davantage de complémentarité entre outils publics plutôt que de fonctionner en silos.

C’est probablement l’une des évolutions les plus intéressantes du modèle.

Pour Amadou Tidiane Diallo, le mandat entre dans sa phase d’exécution

Un an après sa nomination, Amadou Tidiane Diallo entre ainsi dans une période plus décisive de son mandat.

Le FONAMIF dispose d’une mission claire. Le Sénégal a défini un objectif massif de 683,3 milliards FCFA pour l’inclusion financière. Les institutions de microfinance disposent déjà d’un maillage important. Et les besoins des entrepreneurs, des femmes, des jeunes et des coopératives restent considérables.

Le défi n’est donc plus uniquement de concevoir des mécanismes.

Il faut désormais faire circuler efficacement le capital.

La convention de 2 milliards FCFA avec la CDMP constitue à ce titre un signal intéressant : le FONAMIF veut devenir moins un simple fonds public distribuant des ressources qu’un nœud de refinancement capable de connecter les institutions publiques, les IMF et l’économie réelle.

Pour Amadou Tidiane Diallo, la réussite ne sera pas mesurée au nombre de conventions signées, mais à leur effet multiplicateur.

Si les 2 milliards de FCFA permettent aux institutions de microfinance de financer davantage d’activités viables, de recycler les remboursements dans de nouveaux crédits et d’élargir progressivement leur base d’emprunteurs, l’opération pourra produire une valeur bien supérieure à son montant nominal.

C’est tout l’enjeu de la finance inclusive : faire d’un franc mobilisé non pas une dépense ponctuelle, mais un capital capable de circuler, de financer, d’être remboursé puis de financer à nouveau.

Et c’est sur cette capacité que se jouera une partie de la crédibilité du mandat d’Amadou Tidiane Diallo à la tête du FONAMIF.

Patrick Tchounjo

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