Marchés & Financements

BOAD et PROPARCO misent sur le secteur privé ouest-africain

C’est une opération financière qui pourrait marquer un tournant dans le financement du secteur privé en Afrique de l’Ouest. En marge du Africa Forward Summit, la Banque Ouest Africaine de Développement et PROPARCO ont annoncé le lancement d’un financement croisé inédit de 200 millions d’euros, soit environ 131 milliards de FCFA, destiné aux entreprises de l’espace UEMOA.

L’opération, structurée par Galite, repose sur une transaction croisée entre l’euro et le franc CFA. Elle est présentée comme une première mondiale par son architecture financière. Derrière sa technicité, l’objectif est très concret : permettre aux entreprises locales d’accéder plus facilement à des financements en monnaie locale, tout en contribuant à renforcer la résilience macroéconomique de la zone UEMOA à travers le soutien aux réserves de change.

L’enjeu est majeur. Dans beaucoup d’économies africaines, les entreprises ont besoin de capitaux pour investir, se développer, créer des emplois et porter des projets structurants. Mais l’accès au financement reste souvent limité, coûteux ou mal adapté. Le recours à des financements en devises peut aussi exposer les acteurs économiques aux risques de change. En mobilisant des ressources en franc CFA, cette opération cherche donc à rapprocher le financement des réalités des entreprises de la région.

Ce mécanisme arrive aussi dans un contexte plus large : celui des débats sur la réforme de l’architecture financière internationale. Depuis plusieurs années, les pays africains plaident pour des solutions plus adaptées à leurs besoins de développement, moins dépendantes des circuits classiques et plus capables de soutenir l’investissement productif.

Avec cette opération, la BOAD et PROPARCO apportent une réponse concrète : utiliser l’ingénierie financière pour canaliser davantage de ressources vers le secteur privé, considéré comme un levier essentiel de croissance, d’industrialisation et d’emploi dans l’UEMOA.

Pour Françoise Lombard, directrice générale de PROPARCO, cette initiative marque « une étape majeure » dans l’engagement de l’institution à stimuler le financement de l’économie africaine, notamment par la mobilisation de ressources en monnaie locale.

Même lecture du côté de Serge Ekué, président de la BOAD, qui voit dans cette transaction une étape importante pour drainer davantage de financements vers des projets à fort impact économique et social en Afrique.

Au fond, cette opération dépasse le simple montant annoncé. Elle montre que le financement de l’Afrique ne dépend pas seulement de la disponibilité des capitaux, mais aussi de la manière de les structurer. Pour l’UEMOA, ces 131 milliards FCFA ouvrent une piste importante : financer davantage le secteur privé, en monnaie locale, avec des outils plus innovants et mieux adaptés aux besoins économiques de la région.

Patrick Tchounjo

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