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Nomination

Bogni Ngueya nommé Directeur Général de NOFIA : la continuité du redressement à l’épreuve du marché

Par patrick tchounjo4 min de lecture
Bogni Ngueya nommé Directeur Général de NOFIA : la continuité du redressement à l’épreuve du marché

Après douze mois d’administration provisoire, NOFIA S.A. retrouve une gouvernance normale. Celui qui avait été mandaté pour stabiliser l’institution, Bogni Ngueya, en devient désormais le Directeur Général. Une nomination qui traduit un choix de continuité, mais ouvre surtout une séquence plus exigeante : transformer un redressement financier et prudentiel en croissance durable.

Dans l’univers financier, sortir une institution de la zone de risque est une chose. La remettre durablement sur une trajectoire de croissance en est une autre. Pour Bogni Ngueya, c’est précisément à cette frontière que commence sa nouvelle mission.

Le 11 septembre 2026, NOFIA S.A. a annoncé la levée de son administration provisoire et l’installation d’une nouvelle gouvernance. L’ancien administrateur provisoire prend la Direction Générale, tandis que Clément Kemayou accède à la présidence du Conseil d’administration.

Le choix de Bogni Ngueya présente une particularité : NOFIA confie son avenir à celui qui vient de conduire son assainissement.

De 1,2 à 8,2 milliards FCFA de capital

Lorsqu’il arrive comme administrateur provisoire en septembre 2025, les fragilités de NOFIA touchent plusieurs dimensions sensibles : situation financière, qualité du portefeuille de crédits, gouvernance, contrôle interne, risques et conformité.

Douze mois plus tard, plusieurs indicateurs ont nettement évolué.

Le capital social est passé de 1,2 milliard à 8,2 milliards FCFA, soit 7 milliards FCFA supplémentaires. Le portefeuille à risque à 30 jours (PAR30), qui atteignait 32,39 %, a été ramené à moins de 4 %. NOFIA indique également avoir ouvert plus de 6 800 nouveaux comptes durant la période.

Le chantier n’a pas été uniquement financier. L’institution affirme avoir finalisé 136 procédures, renforcé les fonctions de conformité, de contrôle permanent, de gestion des risques et de sécurité des systèmes d’information, tout en révisant ses dispositifs KYC et de reporting réglementaire. Au 30 juin 2026, 43 des 56 recommandations de la COBAC avaient été exécutées, soit 77 %.

Ces chiffres permettent de comprendre la logique de la nomination : plutôt qu’une rupture managériale après la période d’exception, les actionnaires font le pari de la continuité.

Un spécialiste du risque désormais aux commandes du business

Le profil de Bogni Ngueya est particulièrement intéressant dans ce contexte. Son parcours s’est construit moins dans la banque commerciale traditionnelle que dans les métiers qui constituent aujourd’hui le socle de la solidité d’une institution financière : gouvernance, risque, conformité et contrôle.

Il est notamment passé par Afriland First Bank, où il a évolué dans l’audit interne puis la conformité, avant d’occuper des responsabilités dans le risque et la conformité des services financiers mobiles chez MTN Cameroon. Son parcours l’a également conduit à travailler sur des problématiques financières et réglementaires à l’international.

Sa nomination à la tête de NOFIA illustre ainsi une évolution intéressante du leadership financier en Afrique centrale : les fonctions de risque et de conformité ne sont plus seulement des fonctions défensives chargées d’empêcher les dérapages. Elles deviennent progressivement des viviers de dirigeants capables d’articuler réglementation, technologie, gouvernance et stratégie.

Mais le changement de fonction modifie aussi la nature de son équation.

L’administrateur provisoire devait réparer. Le Directeur Général doit désormais développer.

Le véritable test commence maintenant

La levée de l’administration provisoire ne signifie pas que tous les chantiers sont achevés. NOFIA elle-même indique qu’au 30 juin 2026, seulement 27 des 89 activités de son Plan de restructuration 2026-2030 étaient entièrement réalisées, soit 30,34 %.

L’institution dispose actuellement de 13 agences et trois guichets au Cameroun et envisage de porter son réseau à plus de 20 points de présence. La transformation digitale figure également parmi les priorités annoncées.

C’est ici que la nomination de Bogni Ngueya prend sa véritable dimension économique.

Après la recapitalisation et l’assainissement du portefeuille, il faudra désormais convertir ces fondamentaux en activité rentable : mobiliser davantage de dépôts, financer les PME, améliorer l’expérience client, maîtriser le coût du risque, accélérer la digitalisation et préserver la discipline prudentielle acquise pendant la restructuration.

Autrement dit, passer d’une culture du redressement à une culture de performance sans perdre la maîtrise du risque.

Pour NOFIA, la nomination de Bogni Ngueya n’est donc pas l’aboutissement du redressement. Elle ouvre plutôt son deuxième acte. Le premier se mesurait à la capacité de restaurer les fondamentaux. Le second sera jugé sur la capacité à créer une institution plus solide, plus rentable et capable de gagner durablement sa place dans un marché camerounais de la microfinance en pleine transformation.

Patrick Tchounjo

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