Au Cameroun, les PME ont supporté au premier trimestre 2026 un coût moyen du crédit bancaire nettement supérieur à celui des grandes entreprises dans plusieurs catégories. Le tableau du CNEF fait apparaître jusqu’à 6,63 points d’écart pour le long terme. Ces différences éclairent les conditions de financement, sans constituer les tarifs d’une offre actuelle ni la mesure d’un traitement à risque identique.
Par Nora Kémi
Photo de contexte : Douala, 14 novembre 2017. Minette Lontsie / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Photographie d’archives non retouchée par la rédaction ; redimensionnement automatique WordPress.
Le besoin de trésorerie rapproche les entreprises ; le prix auquel elles le financent peut les séparer. Pour les crédits de trésorerie autres que les découverts, escomptes et affacturages, le taux effectif global moyen atteint 14,03 % pour les PME, contre 8,58 % pour les grandes entreprises. L’écart de 5,45 points porte sur le coût global observé, pas seulement sur un taux d’intérêt nominal affiché.
Ces données proviennent du tableau des TEG moyens du CNEF, mis en ligne le 17 septembre 2026. Il présente les troisième et quatrième trimestres 2025 ainsi que le premier trimestre 2026. Notre comparaison retient exclusivement la section consacrée aux banques, au Cameroun, et les catégories PME et grandes entreprises. Elle ne mélange ni établissements financiers ni microfinance.
Quatre catégories, des écarts de près de cinq à plus de six points
| Catégorie de crédit | PME | Grandes entreprises | Écart PME–grandes entreprises |
|---|---|---|---|
| Trésorerie, hors découverts, escomptes et affacturages | 14,03 % | 8,58 % | 5,45 points |
| Découverts | 12,45 % | 7,47 % | 4,98 points |
| Moyen terme | 14,49 % | 9,36 % | 5,13 points |
| Long terme | 14,00 % | 7,37 % | 6,63 points |
Le TEG exprime le coût annuel du financement en intégrant des charges au-delà des seuls intérêts. Les écarts du tableau sont des différences de taux, calculées par ONLY BENKI à partir des moyennes publiées ; ils s’expriment en points de pourcentage. Ils ne correspondent ni à une hausse de même montant en pourcentage ni à un supplément forfaitaire en FCFA applicable à chaque emprunteur.
La sélection met en regard financement de l’exploitation et financement dans la durée. Elle ne constitue pas un classement exhaustif de tous les instruments. Pour un dirigeant, son intérêt est de montrer que le prix du fonds de roulement mérite autant d’attention que celui de l’investissement : renouveler un découvert coûteux peut peser durablement sur les marges.
L’affacturage empêche de conclure à une règle universelle
Dans l’affacturage, la moyenne s’établit à 20,39 % pour les PME et à 20,54 % pour les grandes entreprises : l’écart s’inverse légèrement. Le trimestre précédent apporte une autre nuance. Au quatrième trimestre 2025, le moyen terme ressortait à 11,15 % pour les PME, contre 11,79 % pour les grandes entreprises.
Le profil des opérations peut donc modifier la comparaison. Le passage du moyen terme PME de 11,15 % à 14,49 % entre ces deux trimestres représente une progression de 3,34 points de la moyenne observée. Il ne prouve pas que chaque banque a relevé de 3,34 points le tarif d’un même prêt ou qu’un même client a subi cette hausse.
Ce que les moyennes ne permettent pas d’attribuer
Les chiffres ne décrivent pas deux dossiers identiques différant uniquement par la taille de l’entreprise. Montants, durées précises, garanties, secteurs et qualité des signatures peuvent différer à l’intérieur d’une catégorie. Le tableau ne fournit pas, pour les lignes retenues, les volumes ni une décomposition permettant d’isoler ces effets. Il ne permet donc pas d’établir leur contribution respective, de classer les banques ou de conclure à une discrimination tarifaire.
Pour l’emprunteur, la moyenne fournit un point de comparaison à discuter avec son financeur. Elle ne remplace pas une proposition datée, accompagnée de son échéancier et de ses frais. Notre guide pour comparer deux offres avec le TEG et BankCompar précise comment rapprocher les flux réellement disponibles et les remboursements.
Cette lecture par le prix complète celle des volumes de crédit et des contraintes de financement en CEMAC. L’enjeu, pour une PME, est de disposer d’un financement dont le coût et le calendrier restent compatibles avec les recettes attendues. Les données du premier trimestre éclairent cet arbitrage ; elles ne décrivent pas les conditions automatiquement accessibles en novembre 2026.




