Aller au contenu
Régulation & Conformité

CEMAC : la COSUMAF exclut Axiome Capital et Premium Capital Securities, le régulateur durcit le contrôle des intermédiaires financiers

Par patrick tchounjo4 min de lecture
CEMAC : la COSUMAF exclut Axiome Capital et Premium Capital Securities, le régulateur durcit le contrôle des intermédiaires financiers

Deux agréments retirés le même jour, deux modèles d’activité sanctionnés et un message qui dépasse largement les sociétés concernées. En excluant Axiome Capital et Premium Capital Securities du marché financier régional, la COSUMAF rappelle aux intermédiaires de la CEMAC qu’un agrément n’est pas un simple droit d’entrée : il impose une activité réelle, une gouvernance conforme et une discipline réglementaire permanente.

Le 3 août 2026 à Libreville, le Collège de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF), réuni en session disciplinaire, a retiré les agréments d’Axiome Capital, conseiller en investissements financiers basé à Brazzaville, et de Premium Capital Securities (PCS), société de bourse également implantée dans la capitale congolaise. Les agréments de leurs dirigeants respectifs ont également été retirés et des procédures de liquidation doivent être engagées.

Axiome Capital : l’inactivité devenue risque réglementaire

Agréée en mars 2023, Axiome Capital s’est retrouvée sans dirigeant agréé après le départ de son gérant Attendu Bogalys Mboussa Galibayi, qui avait informé le régulateur en avril 2025 de sa nomination à la présidence congolaise. La COSUMAF avait alors demandé à l’entreprise de désigner un remplaçant.

Selon la décision rapportée par EcoMatin, cinq relances effectuées entre juillet et octobre 2025 sont restées sans réponse. À cela se sont ajoutés le non-paiement de la redevance annuelle d’un million de FCFA pour 2025 et 2026 et l’absence de plusieurs documents réglementaires portant notamment sur les risques, le contrôle interne et la lutte contre le blanchiment.

Le dossier pose une question essentielle pour un marché encore en construction : à quoi sert de multiplier les intermédiaires agréés si une partie d’entre eux n’exerce pas effectivement son métier ?

Premium Capital Securities : une opération boursière en 2024

Le cas de Premium Capital Securities est différent, mais plus révélateur encore de l’enjeu de profondeur du marché.

Agréée depuis décembre 2021 avec un capital de 300 millions FCFA, PCS a fait l’objet d’un contrôle en juillet 2025. Gouvernance, actionnariat, contrôle interne, reporting réglementaire et dispositif de lutte contre le blanchiment figurent parmi les domaines dans lesquels la COSUMAF dit avoir constaté des irrégularités.

Mais un chiffre concentre l’attention : en 2024, PCS n’aurait exécuté qu’une seule opération sur le marché financier, portant sur l’achat de 70 actions SCG-Ré pour 1,47 million FCFA. La réglementation impose pourtant aux intermédiaires de consacrer au moins 70 % de leur activité aux services d’investissement correspondant à leur agrément.

La COSUMAF a également relevé des modifications statutaires, de siège et d’actionnariat effectuées sans autorisation préalable, ainsi qu’une concentration des fonctions de président du conseil d’administration et de directeur général. PCS et son dirigeant disposent toutefois d’une voie de recours prévue par la réglementation.

La crédibilité du marché CEMAC se joue aussi dans le contrôle

Ces retraits dépassent donc deux dossiers individuels. En décembre 2024, la COSUMAF avait déjà retiré les agréments de quatre conseillers en investissements financiers.

Pour la BVMAC et l’ensemble du marché financier d’Afrique centrale, l’enjeu est stratégique. Attirer davantage d’émetteurs, d’investisseurs et d’épargne suppose certes davantage d’intermédiaires. Mais la profondeur d’un marché ne se mesure pas au nombre d’agréments distribués.

Elle se mesure à l’activité réelle, à la qualité de l’intermédiation et, surtout, à la confiance.

En retirant deux nouveaux agréments, la COSUMAF choisit donc l’assainissement plutôt que la croissance statistique du nombre d’acteurs. Dans une CEMAC qui cherche encore à installer durablement la culture boursière, cette discipline réglementaire pourrait devenir l’un des préalables à l’élargissement du marché.

Patrick Tchounjo

A lire aussi dans Régulation & Conformité

Tout voir

Reagir a cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiee.

La lettre Only Benki

Chaque lundi, l'essentiel de la banque, de la finance et de l'assurance en zones CEMAC et UEMOA. Lu par les dirigeants du secteur.