MCB en Côte d’Ivoire : la banque mauricienne à l’assaut du marché le plus stratégique de l’UEMOA

L’information pourrait sembler technique : une banque mauricienne envisage de s’implanter en Côte d’Ivoire. En réalité, le projet de la Mauritius Commercial Bank, plus connue sous le nom de MCB, dit beaucoup plus qu’une simple expansion bancaire. Il révèle l’attractivité croissante d’Abidjan comme plateforme financière régionale, mais aussi la montée en puissance de Maurice dans les flux d’investissement africains.
Présenté le 18 juin lors d’une audience entre Frédérique Lam, consul honoraire de la République de Maurice en Côte d’Ivoire, et Nialé Kaba, ministre ivoirienne des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, ce projet intervient dans un contexte de rapprochement économique marqué entre Abidjan et Port-Louis. Les investissements mauriciens en Côte d’Ivoire seraient passés d’environ 593 millions de dollars en 2012 à plus d’un milliard de dollars aujourd’hui. Plus de 120 entreprises mauriciennes seraient désormais présentes dans plusieurs secteurs de l’économie ivoirienne.
Dans cette dynamique, l’arrivée de MCB ne serait pas un geste isolé. Une banque ne suit jamais le hasard : elle suit les flux, les clients, les capitaux, les besoins de financement et les corridors commerciaux. Pour Maurice, dont la place financière s’est construite sur l’ouverture internationale, l’Afrique de l’Ouest représente un espace de projection stratégique. Pour MCB, la Côte d’Ivoire offre un marché domestique robuste, une porte d’entrée vers l’UEMOA et un point d’appui pour accompagner les entreprises déjà présentes sur place.
L’enjeu principal pourrait donc se situer moins dans la banque de détail que dans l’accompagnement des entreprises. Les investisseurs mauriciens installés en Côte d’Ivoire ont besoin de solutions de cash management, de financement du commerce, de garanties, de services de change, de structuration et d’un interlocuteur capable de comprendre à la fois les standards mauriciens et l’environnement réglementaire ouest-africain. C’est précisément sur ce terrain que MCB pourrait chercher à se différencier.
Mais l’implantation éventuelle de la banque mauricienne se ferait dans un marché déjà très concurrentiel. À fin décembre 2025, la Côte d’Ivoire comptait 33 établissements de crédit, dont 29 banques et 4 établissements financiers, selon les données de la BCEAO. Le pays affiche aussi un taux de bancarisation strict de 33,6 % en 2024, ce qui le place parmi les marchés les plus bancarisés de l’UEMOA. Cette densité traduit à la fois la maturité relative du secteur et l’intensité de la compétition.
Pour réussir, MCB devra donc éviter d’être perçue comme une banque de niche réservée aux intérêts mauriciens. Elle devra construire une proposition réellement ivoirienne : recruter localement, comprendre les besoins des PME, accompagner les entreprises exportatrices, soutenir les flux commerciaux et apporter une valeur ajoutée dans le financement productif. La Côte d’Ivoire n’a pas seulement besoin d’un établissement supplémentaire. Elle a besoin de banques capables d’élargir l’accès au financement et de renforcer la profondeur de son économie.
Si ce projet aboutit, il ne marquera pas seulement l’arrivée de la première banque mauricienne sur le marché ivoirien. Il pourrait symboliser une nouvelle étape de l’intégration financière africaine : celle où les capitaux, les banques et les entreprises du continent apprennent à se suivre, à se financer et à se structurer entre eux.
Patrick Tchounjo



