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Côte d’Ivoire : Cessé Komé engage 26 milliards FCFA dans la bataille d’un marché de 806 000 tonnes de blé

Par patrick tchounjo4 min de lecture
Côte d’Ivoire : Cessé Komé engage 26 milliards FCFA dans la bataille d’un marché de 806 000 tonnes de blé

L’homme d’affaires malien Cessé Komé prépare, via Moulin Koira de Côte d’Ivoire, un investissement de 26 milliards FCFA dans une nouvelle minoterie. Derrière ce projet industriel se dessine une bataille plus large : capter une demande ivoirienne de blé attendue à 806 000 tonnes et prendre position sur un marché historiquement structuré autour de quelques grands meuniers.

À Abidjan, Cessé Komé ne prépare pas simplement une usine supplémentaire. Le projet porté par Moulin Koira de Côte d’Ivoire (MKCI) vise à installer une nouvelle capacité de transformation au cœur d’un marché où la croissance de la consommation rencontre une contrainte structurelle : la Côte d’Ivoire dépend presque entièrement des importations pour son approvisionnement en blé.

Le 14 septembre 2026, le PDG de MKCI a conduit une délégation auprès de Solange Amichia, directrice générale du CEPICI, pour examiner les conditions de réalisation de cette minoterie évaluée à 26 milliards FCFA, soit près de 40 millions d’euros. Le projet figure parmi les investissements programmés par l’entreprise pour 2026. À ce stade, le site définitif, le calendrier de construction et la capacité de production n’ont pas encore été officiellement précisés.

806 000 tonnes : la demande qui aiguise les appétits

L’équation industrielle repose d’abord sur la taille du marché. Les estimations disponibles situent la demande ivoirienne de blé à environ 806 000 tonnes pour la campagne 2026/2027, contre environ 777 000 tonnes en 2025/2026 et 580 000 tonnes trois campagnes auparavant. Cette progression accompagne l’urbanisation et l’expansion de la consommation de pain et de produits dérivés.

Pour les industriels, cette croissance crée un marché considérable. Mais elle révèle également une vulnérabilité : faute de production locale significative de blé, les minoteries ivoiriennes restent dépendantes des importations.

La localisation de la future usine sera donc stratégique. Les discussions entre MKCI et le CEPICI portent déjà sur le foncier industriel, l’accès à l’eau ainsi que l’installation des équipements et machines.

Cessé Komé entre sur un marché construit autour des GMA

L’arrivée de Moulin Koira intervient surtout dans un secteur marqué par le poids historique des Grands Moulins d’Abidjan (GMA). Créés en 1963, les GMA sont implantés dans la zone portuaire d’Abidjan et produisent notamment farine de blé, son et aliments pour bétail.

Le changement de propriétaire intervenu en 2018 a donné une nouvelle dimension internationale à cet acteur historique. Seaboard a finalisé l’acquisition des actifs concernés du groupe Mimran, dont les Grands Moulins d’Abidjan et de Dakar, pour 375 millions de dollars, auxquels pouvait s’ajouter un complément conditionné aux performances.

Moulin Koira devra donc entrer sur un marché où l’expérience industrielle, la maîtrise de l’approvisionnement international, les capacités de stockage, la proximité portuaire et les réseaux de distribution constituent autant de barrières à l’entrée.

Les 26 milliards FCFA ne suffiront pas à gagner la bataille

L’investissement de Cessé Komé peut renforcer les capacités locales de transformation, mais construire une minoterie ne garantit pas mécaniquement des parts de marché.

Le véritable arbitrage se jouera sur le coût de la tonne transformée, la sécurisation des importations de blé, l’énergie, la logistique et surtout la capacité de MKCI à construire un réseau commercial auprès des boulangers et industriels.

Le projet conserve par ailleurs une dimension régionale potentielle. Les acteurs ivoiriens bénéficient de la position logistique d’Abidjan et d’un accès aux marchés enclavés de l’hinterland ouest-africain. Les GMA elles-mêmes indiquent servir la Côte d’Ivoire et les marchés environnants.

Pour Cessé Komé, l’enjeu est donc moins de devenir simplement un producteur supplémentaire que de construire une chaîne compétitive allant de l’importation du blé à la distribution de farine.

Avec 26 milliards FCFA annoncés, Moulin Koira dispose d’un ticket suffisamment important pour entrer dans l’industrie. Reste la question décisive : sera-t-il suffisant pour déplacer les positions sur un marché meunier où les avantages se construisent autant dans les silos, les ports et la logistique que dans les moulins ?

Patrick Tchounjo

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