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Gabon : Fitch maintient la note « CCC » et met Libreville sous pression

Le Gabon reste sous pression sur le front financier. L’agence Fitch Ratings a confirmé la note souveraine du pays à « CCC », un niveau qui traduit un risque de crédit élevé et une vulnérabilité persistante face aux besoins de financement de l’État. Derrière cette décision, l’agence pointe des fragilités structurelles toujours présentes : forte dépendance aux revenus pétroliers, tensions de trésorerie, accumulation d’arriérés, accès limité aux financements extérieurs et marges de manœuvre budgétaires réduites.

Cette notation intervient dans un moment délicat pour Libreville. Le pays sort d’une séquence politique majeure, marquée par l’élection présidentielle d’avril 2025 et l’installation d’un nouveau gouvernement. Pour Fitch, cette normalisation politique peut ouvrir la voie à un retour progressif des financements concessionnels, notamment auprès de certains bailleurs multilatéraux. Mais l’agence reste prudente : la stabilité institutionnelle ne suffira pas sans programme économique détaillé, discipline budgétaire et amélioration de la gestion des finances publiques.

Au cœur de l’alerte se trouve la situation budgétaire. Fitch estime que les dépenses publiques ont augmenté de 15 % en 2024, portées notamment par la masse salariale et les investissements publics. Le déficit budgétaire sur base d’engagement est évalué à 2,5 % du PIB en 2024. Dans le même temps, l’État a continué d’accumuler des arriérés, estimés à 2,8 % du PIB, dont une partie envers les créanciers extérieurs et une autre envers les fournisseurs domestiques.

Pour les années à venir, Fitch ne prévoit pas de correction rapide. L’agence anticipe encore des déficits budgétaires de 2,4 % du PIB en 2025 et 2,1 % en 2026, dans un contexte de baisse attendue des recettes pétrolières et de croissance plus modérée. La dette publique devrait rester élevée, autour de 75 % du PIB, un niveau qui limite la capacité du pays à absorber de nouveaux chocs sans soutien extérieur ou amélioration sensible de ses recettes.

La dépendance au pétrole demeure l’un des grands points faibles du modèle gabonais. Même si le pays affiche un revenu par habitant supérieur à celui de plusieurs économies comparables, cette performance reste fragilisée par la volatilité des hydrocarbures. Lorsque les cours baissent, les recettes publiques se contractent, les tensions de trésorerie s’accentuent et les besoins de financement deviennent plus difficiles à couvrir. C’est cette exposition structurelle qui continue de peser sur la perception du risque gabonais.

Fitch souligne également les contraintes d’accès au marché régional de la dette et aux financements extérieurs. Pour desserrer une partie de cette pression, les autorités gabonaises ont réalisé en avril 2025 une opération d’échange de titres sur le marché régional. Cette opération a permis de réduire les remboursements attendus en 2025 et 2026, tout en allongeant le profil de maturité de la dette. L’agence précise toutefois que cette amélioration technique ne règle pas les fragilités de fond : la liquidité reste tendue et l’accès à des financements concessionnels demeure déterminant.

Sur le front extérieur, le Gabon a également refinancé une échéance obligataire de 2025 avec une nouvelle émission de 570 millions de dollars, arrivant à maturité en 2028 et 2029, avec un rendement élevé. Pour Fitch, cette opération réduit le risque d’un défaut à court terme, mais ne supprime pas les tensions de financement. Les prochaines échéances importantes sur les eurobonds interviendront à partir de 2028, avec une montée plus forte en 2029.

Face à cette évaluation, les autorités gabonaises ont exprimé des réserves. Le gouvernement estime que la notation ne prend pas suffisamment en compte les avancées politiques récentes, la volonté de restaurer la discipline budgétaire, les efforts de gouvernance et les réformes engagées pour améliorer la transparence des finances publiques. Libreville met notamment en avant l’objectif d’un retour à l’équilibre budgétaire hors investissements dès 2026.

Mais le message de Fitch reste clair : le Gabon devra convaincre par des résultats. Pour espérer une amélioration de sa notation, le pays devra réduire les tensions de liquidité, maîtriser ses dépenses, limiter l’accumulation d’arriérés, renforcer ses recettes non pétrolières et obtenir un appui crédible de partenaires financiers. Un futur programme avec le Fonds monétaire international pourrait jouer un rôle important, à condition que les autorités présentent un plan économique cohérent et suffisamment robuste.

Le maintien de la note « CCC » agit donc comme un avertissement. Le Gabon n’est pas en rupture immédiate, mais il reste dans une zone de forte vulnérabilité. Le pays dispose d’atouts : ressources naturelles, revenu par habitant relativement élevé, capacité de restructuration partielle de sa dette et nouvelle séquence politique. Mais ces éléments ne suffisent plus à rassurer les marchés si la trajectoire budgétaire ne s’améliore pas rapidement.

Pour Libreville, l’enjeu dépasse la notation. Il s’agit de restaurer la crédibilité financière de l’État, de reconstruire la confiance avec les investisseurs et les bailleurs, et de sortir progressivement d’un modèle trop dépendant du pétrole et du financement sous contrainte. La décision de Fitch rappelle une réalité simple : le changement politique ouvre une fenêtre, mais seule la discipline économique permettra de transformer cette fenêtre en trajectoire durable.

Patrick Tchounjo

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