InTouch et Yabx préparent des services de crédit numérique au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Le partenariat annoncé à l’AFIS 2026 vise à intégrer le financement aux canaux de paiement déjà utilisés par les clients. Son enjeu : transformer l’activité transactionnelle en accès au crédit, avec des conditions commerciales et des partenaires prêteurs encore à préciser.
Par Ariane Noma
Encaisser une vente et financer la prochaine commande pourraient se rejoindre dans un même parcours. C’est la logique du rapprochement entre InTouch et Yabx, présenté lors de l’Africa Financial Summit organisé les 3 et 4 novembre 2026 à Luanda, puis confirmé par Yabx dans une annonce publiée le 6 novembre. Le projet concerne d’abord deux marchés francophones : le Sénégal et la Côte d’Ivoire.
Quatre usages de financement en préparation
Les partenaires travaillent sur des découverts numériques et microcrédits, notamment via le portefeuille Ting!, du carburant payable ultérieurement, des financements de fonds de roulement pour commerçants et agents de paiement, ainsi que des avances sur salaire. Cette gamme décrit les usages envisagés ; elle ne constitue pas encore un catalogue d’offres dont les conditions seraient publiées.
InTouch apporte son infrastructure de paiement et sa distribution. Yabx prévoit les outils d’évaluation du risque à partir de données alternatives, d’octroi et de gestion des prêts. Les deux fonctions sont complémentaires : disposer d’un canal utilisé au quotidien ne suffit pas à décider quel montant un client peut rembourser.
Le fonds de roulement, au-delà du nombre de transactions
Pour un commerçant, le besoin de financement se situe souvent entre une dépense immédiate et une recette future. Dans ce modèle, intégrer la demande de crédit au canal d’encaissement pourrait réduire les démarches et aider à documenter l’activité. C’est une possibilité économique, pas un résultat déjà mesuré pour ce partenariat.
La qualité de l’analyse restera décisive. Le volume encaissé n’est pas le bénéfice disponible : achats de marchandises, charges d’exploitation et autres dettes réduisent la trésorerie consacrable au remboursement. Une saison de ventes soutenues ne garantit pas davantage des recettes régulières durant toute la durée d’un prêt.
Pour un agent de paiement, les sommes transitant pour des clients doivent également être distinguées de son revenu propre. L’intérêt du crédit intégré dépendra donc de la capacité à lire correctement les flux, et pas seulement à multiplier les propositions de financement.
Identifier le prêteur et le coût avant le déploiement
Le cadre régional distingue paiement et crédit. L’article 8 de l’instruction BCEAO n°001-01-2024 sur les services de paiement interdit aux établissements de paiement d’accorder du crédit. Cette règle vise cette catégorie d’établissements ; elle ne permet pas d’assimiler tous les acteurs d’un écosystème de paiement à un même statut. Pour apprécier les futures offres, l’identité de l’entité prêteuse et son habilitation seront essentielles.
L’annonce de Yabx ne précise ni les taux, ni les plafonds, ni les échéances de remboursement ou les dates de disponibilité. Elle ne nomme pas non plus les institutions qui porteront les prêts. Un accord technologique ne permet donc pas de conclure qu’un crédit est déjà accessible à tous les utilisateurs.
Ce rapprochement prolonge l’évolution des infrastructures financières décrite dans notre analyse de la levée de fonds d’Enza pour les paiements bancaires. Il ouvre un débouché différent du projet de suivi des paiements confié à InTouch en Gambie. Dans le crédit, la valeur du service se jugera à l’adaptation des montants, à la lisibilité du coût complet et à la capacité des clients à rembourser sans désorganiser leur activité.
Photo de contexte : panorama de Dakar, 9 mai 2008. Arensond / Wikimedia Commons, domaine public. Photographie d’archives, redimensionnée automatiquement par WordPress ; elle ne représente ni la signature du partenariat ni une utilisation des futurs crédits.




