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Louis Banga Ntolo accélère la BVMAC : 103 milliards FCFA versés aux investisseurs en 2025, mais la liquidité reste le grand chantier

Par patrick tchounjo5 min de lecture
Louis Banga Ntolo accélère la BVMAC : 103 milliards FCFA versés aux investisseurs en 2025, mais la liquidité reste le grand chantier

La BVMAC vient de franchir un seuil symbolique : 102,82 milliards FCFA d’intérêts et de dividendes distribués aux investisseurs en 2025, un record en hausse de 28,5 %. À la tête de la place financière régionale depuis janvier 2022, Louis Banga Ntolo se retrouve ainsi au centre d’une transformation décisive : faire de la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale non plus seulement une infrastructure commune aux six pays de la CEMAC, mais un véritable outil de mobilisation du capital régional.

Le financier camerounais, nommé Directeur Général en octobre 2021 puis installé fin décembre de la même année, a vu son mandat renouvelé en août 2025 pour quatre années supplémentaires. La BVMAC expliquait alors cette reconduction par les résultats obtenus au cours de son premier mandat.

Quatre ans après sa prise de fonction, le marché qu’il dirige rémunère davantage ses investisseurs. Mais les chiffres de 2025 montrent aussi que le véritable chantier de Louis Banga Ntolo sera désormais de transformer le rendement en profondeur de marché.

102,82 milliards FCFA : le capital placé à la BVMAC paie davantage

En 2025, les détenteurs de titres cotés à la BVMAC ont perçu 102,82 milliards FCFA d’intérêts et de dividendes, contre environ 80 milliards un an auparavant.

La progression de 28,5 % constitue le niveau le plus élevé enregistré depuis au moins 2020.

Mais la ventilation du chiffre est révélatrice.

Les obligations ont généré à elles seules 99,4 milliards FCFA d’intérêts, soit près de 97 % de l’ensemble des revenus distribués. Les dividendes versés par les sociétés cotées n’ont représenté que 3,415 milliards FCFA, même s’ils progressent de 20,6 % sur un an.

La BVMAC reste donc, pour l’essentiel, un marché de dette.

Pour Louis Banga Ntolo, ce n’est pas nécessairement une faiblesse. Dans des économies où États, banques et entreprises recherchent des ressources longues, une place obligataire solide peut devenir un levier majeur de financement.

Mais cette domination révèle aussi le déséquilibre qu’il faudra corriger.

La BVMAC rémunère, mais échange encore trop peu

Le paradoxe apparaît sur le marché secondaire.

En 2025, les échanges sur le compartiment actions n’ont représenté que 739,8 millions FCFA, malgré une hausse de 19 %. Les transactions obligataires secondaires ont atteint seulement 12,8 milliards FCFA sur l’ensemble de l’exercice.

C’est ici que se trouve probablement le dossier le plus stratégique pour Louis Banga Ntolo.

Une Bourse mature ne doit pas seulement permettre aux investisseurs d’encaisser coupons et dividendes. Elle doit leur permettre d’entrer et de sortir facilement des positions, avec suffisamment de contreparties et de volumes.

Autrement dit, le rendement attire ; la liquidité fidélise.

Et la capacité de la BVMAC à créer cette liquidité déterminera en grande partie son attractivité future auprès des investisseurs institutionnels.

BGFI Holding et les nouveaux intermédiaires changent progressivement l’équation

La séquence 2026 apporte néanmoins des signaux de changement.

L’introduction de BGFI Holding en mai 2026 a porté le nombre de sociétés cotées de six à sept et fait progresser la capitalisation boursière au-delà de 1 700 milliards FCFA.

Dans le même temps, la BVMAC vient d’ouvrir davantage son propre capital aux professionnels du marché. Huit nouvelles sociétés de Bourse dont SG Capital, CCA Bourse et BEM Securities entrent dans son actionnariat. Une augmentation de capital de 509,9 millions FCFA fait passer le capital social de la Bourse de 9,073 à 9,583 milliards FCFA. Depuis 2022, il aura progressé d’environ 40 %.

Cette évolution est loin d’être anodine.

En rapprochant davantage les intermédiaires de marché de l’infrastructure boursière elle-même, la BVMAC peut chercher à créer un écosystème dans lequel sociétés de Bourse, investisseurs et émetteurs ont davantage intérêt à développer les transactions.

Louis Banga Ntolo face au prochain changement d’échelle

Le bilan doit cependant être lu sans complaisance.

Alors que les investisseurs ont perçu des revenus records, la BVMAC elle-même reste déficitaire. Sa perte nette a atteint 454,5 millions FCFA en 2025, en hausse de 41 %, malgré une progression de 5,8 % de son chiffre d’affaires. La place régionale reste également confrontée à plus de 3 milliards FCFA d’arriérés dus par les États.

C’est tout le paradoxe de la mission désormais confiée à Louis Banga Ntolo.

Il doit simultanément renforcer la santé économique de l’entreprise BVMAC et accélérer la maturité du marché qu’elle administre.

Lorsqu’il prend les commandes en 2022, la Bourse compte cinq sociétés cotées et affiche une capitalisation globale d’environ 404,8 milliards FCFA à fin 2021. Aujourd’hui, avec l’arrivée de BGFI Holding, la capitalisation dépasse 1 700 milliards FCFA.

Le changement de taille est visible.

Mais la prochaine étape sera plus difficile : attirer davantage d’entreprises, accélérer les privatisations boursières annoncées par les États, stimuler les transactions quotidiennes et faire de la BVMAC un lieu où le capital circule réellement, plutôt qu’un marché où les titres sont principalement conservés jusqu’à échéance.

Les 102,82 milliards FCFA distribués en 2025 constituent donc moins une ligne d’arrivée qu’un signal.

Sous Louis Banga Ntolo, la BVMAC montre qu’elle peut rémunérer l’épargne régionale. Elle doit maintenant prouver qu’elle peut devenir le véritable marché de capitaux dont la CEMAC a besoin pour financer sa croissance.

Patrick Tchounjo

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