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Théodore Ganfle veut faire de Cotonou un nouveau point d’ancrage de la finance de proximité en UEMOA

Par patrick tchounjo6 min de lecture
Théodore Ganfle veut faire de Cotonou un nouveau point d’ancrage de la finance de proximité en UEMOA

L’Afrique de l’Ouest ne souffrirait pas d’abord d’une pénurie d’argent. Elle souffrirait d’une incapacité persistante à transformer son épargne en capital productif pour ses entreprises. C’est la thèse centrale défendue par Théodore Ganfle, directeur général de la SGI-AGI, à quelques semaines du Capital Reach Forum des 26 et 27 octobre à Cotonou. Derrière son diagnostic se dessine une critique beaucoup plus profonde de l’architecture financière régionale : des banques disposent de ressources, des investisseurs institutionnels gèrent des actifs importants, la diaspora transfère des milliards, mais trop de PME restent en dehors des circuits capables de financer leur changement d’échelle.

Pour Ganfle, le problème se situe au milieu de la chaîne. « La question n’est pas seulement de trouver du capital, mais de rendre les entreprises investissables. » Gouvernance insuffisamment structurée, reporting financier fragile, transparence, préparation des opérations : autant de faiblesses qui empêchent certains projets de franchir le seuil exigé par les investisseurs. Son raisonnement déplace ainsi le débat du traditionnel « manque de financement » vers celui, plus inconfortable, de la qualité de l’offre d’investissement.

Des liquidités existent, mais elles circulent mal vers les PME

C’est probablement le message économique le plus important de l’entretien.

Théodore Ganfle ne nie pas les difficultés d’accès au financement des PME. Il renverse leur lecture. Selon lui, la rupture intervient entre les capitaux disponibles et la capacité des entreprises à présenter des projets répondant aux exigences des financeurs.

Sa réponse consiste à construire davantage de passerelles via le capital-développement, la dette privée et la titrisation. Autrement dit, faire évoluer le rôle des intermédiaires : non plus seulement distribuer des produits financiers existants, mais préparer les entreprises, structurer leurs besoins et fabriquer des opérations capables de rencontrer l’épargne disponible.

L’analyse : cette vision transforme potentiellement la SGI en acteur de développement entrepreneurial autant qu’en intermédiaire de marché. Si les PME ne sont pas suffisamment « investissables », celui qui les accompagne vers cette maturité se place au début de la chaîne de création de valeur financière.

La diaspora : un problème de produit autant que de confiance

Deuxième message fort : Ganfle refuse de réduire la faible mobilisation de la diaspora à une simple défiance vis-à-vis de l’Afrique.

Il pointe plutôt l’insuffisance d’instruments simples, sécurisés et lisibles, la faiblesse des canaux numériques et la nécessité de mécanismes crédibles de protection des investissements. Gouvernance et transparence restent centrales, mais elles ne constituent qu’une partie de l’équation.

La conséquence stratégique est considérable : pour attirer l’épargne de la diaspora, il ne suffira pas de promouvoir les opportunités africaines. Il faudra construire une véritable expérience d’investissement, depuis l’ouverture de compte jusqu’au suivi du placement.

C’est précisément pourquoi Ganfle place la digitalisation réglementaire parmi ses priorités.

AMF-UMOA : le prochain chantier est l’ouverture de compte en ligne

Le directeur général de SGI-AGI reconnaît les avancées réalisées, notamment avec l’Instruction 57 sur la bourse en ligne et l’Instruction 65 relative aux normes prudentielles des SGI. Mais il estime que la réglementation doit désormais accompagner davantage la digitalisation et notamment encadrer une ouverture de compte entièrement en ligne, indispensable selon lui pour absorber la demande et toucher efficacement la diaspora.

Son plaidoyer va plus loin : accès facilité aux garanties, développement de l’impact investing, protection des investisseurs de long terme et harmonisation fiscale entre les États membres.

Un autre point mérite attention : Ganfle appelle à inciter les entreprises stratégiques des télécommunications, mines, énergie ou cimenterie à davantage utiliser le marché financier.

Le non-dit est puissant : tant que les champions économiques régionaux restent peu présents sur les marchés de capitaux, la profondeur du marché restera limitée. L’enjeu n’est donc pas seulement d’attirer davantage d’investisseurs ; il faut aussi augmenter la qualité et la diversité des actifs dans lesquels ils peuvent investir.

Une autocritique rare des SGI

L’entretien devient particulièrement intéressant lorsque Théodore Ganfle reconnaît la responsabilité du secteur lui-même.

Il estime que les SGI ont trop souvent adopté une posture passive alors qu’elles devraient contribuer à l’éducation financière, expliquer les mécanismes de marché, accompagner les investisseurs et construire une culture boursière durable.

Cette reconnaissance permet de comprendre ce qu’il appelle la finance de proximité.

Pour lui, l’entrepreneur ne cherche pas spontanément « une titrisation » ou « une émission obligataire ». Il veut financer son usine, acheter des équipements, renforcer son fonds de roulement ou conquérir un marché. Le travail de l’intermédiaire consiste donc à partir du besoin économique avant de proposer l’instrument financier.

Cette approche pourrait être déterminante pour sortir les marchés de capitaux de leur image de club réservé aux États, aux grandes entreprises et aux investisseurs avertis.

Capital Reach Forum : le véritable test sera le closing

C’est ici que le discours de Ganfle devra rencontrer l’exécution.

Le Capital Reach Forum ne veut pas être évalué au nombre de participants. La SGI-AGI annonce vouloir mesurer, six mois après l’événement, les comptes activés, mandats signés, opérations en structuration, levées de fonds initiées et montants effectivement mobilisés. Aux banques, fonds, institutionnels et grandes fortunes, Ganfle réclame des co-investissements et des financements de long terme susceptibles de déboucher sur de véritables opérations.

Cette grille d’évaluation change la nature de l’événement : le forum promet de devenir non pas seulement un lieu de networking, mais une infrastructure de génération de transactions.

Cotonou veut exister sur la carte régionale du capital

Enfin, l’entretien porte un message géographique.

Ganfle refuse de penser la finance ouest-africaine uniquement à travers Abidjan, Dakar ou Lagos. Il présente Cotonou comme un point d’ancrage complémentaire, s’appuyant notamment sur l’ambition industrielle béninoise et sur les 550 millions d’euros investis dans la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ).

L’ambition est claire : rapprocher finance et économie productive, et positionner le Bénin comme une plateforme où investisseurs, entrepreneurs et capitaux régionaux peuvent effectivement se rencontrer.

Le véritable enjeu du discours de Théodore Ganfle tient finalement en une idée : l’UEMOA n’a pas seulement besoin de davantage d’argent. Elle a besoin d’une meilleure mécanique pour transformer son épargne en entreprises financées, structurées et capables de grandir.

Si le Capital Reach Forum parvient réellement à convertir les rencontres de Cotonou en mandats, levées de fonds et investissements mesurables, SGI-AGI aura démontré que la « finance de proximité » peut être autre chose qu’un concept. Dans le cas contraire, le paradoxe dénoncé par Ganfle restera entier : beaucoup de capitaux disponibles, et toujours trop peu d’entreprises capables de les absorber.

Patrick Tchounjo

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