Marchés & Financements

BGFI Bank et Coris mobilisent 128 milliards FCFA pour financer 3 100 logements au Gabon

Le financement du logement social au Gabon entre dans une nouvelle phase. BGFI Bank et Coris Bank vont mobiliser conjointement 128 milliards de FCFA pour soutenir la construction de 3 100 logements sociaux à Bikélé-Nzong, dans la commune de Ntoum, province de l’Estuaire. L’opération s’inscrit dans un programme national plus large visant la réalisation de 8 100 logements, alors que le déficit résidentiel du pays est estimé à plus de 260 000 unités.

Au-delà du montant, cette opération marque un tournant dans la manière dont le Gabon entend financer ses priorités sociales. L’État ne s’appuie plus seulement sur des ressources budgétaires ou des partenaires publics. Il mobilise désormais des banques commerciales de premier plan pour accompagner un chantier à forte portée sociale, urbaine et économique.

La ventilation du financement a été détaillée par le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, lors de la cérémonie de lancement des travaux, le 2 juin 2026. BGFI Bank apportera 100 milliards de FCFA, tandis que Coris Bank complétera l’enveloppe avec 28 milliards de FCFA. La pose de la première pierre s’est tenue en présence du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, donnant à l’opération une dimension politique forte.

Un chantier social, mais aussi financier

Le projet porte sur deux sites distincts. À Bikélé, 1 600 logements doivent être édifiés sur 80 hectares. À Essassa, 1 500 unités sont prévues sur un espace de 100 hectares, actuellement en cours de viabilisation. Cette répartition montre que l’enjeu ne se limite pas à la construction d’unités d’habitation. Il concerne aussi l’aménagement foncier, l’accès aux réseaux, la structuration de nouveaux quartiers et l’organisation d’une croissance urbaine plus maîtrisée autour de Libreville.

Dans un pays où la pression foncière, la hausse des loyers et l’extension des zones périurbaines pèsent lourdement sur les ménages, la construction de logements sociaux devient un sujet de stabilité économique. Un logement accessible réduit la vulnérabilité des familles, améliore la mobilité sociale et crée un effet d’entraînement sur l’emploi, les matériaux, les services, les infrastructures et les petites entreprises locales.

BGFI et Coris, deux banques au cœur du dispositif

La participation de BGFI Bank est stratégique. Leader bancaire en Afrique centrale, le groupe gabonais dispose d’une capacité de mobilisation importante et d’un ancrage institutionnel fort. En apportant 100 milliards de FCFA, il confirme son rôle dans le financement des grands projets structurants du pays.

L’intervention de Coris Bank est également significative. Le groupe burkinabè, déjà très actif en Afrique de l’Ouest, confirme par cette opération son intérêt croissant pour le marché gabonais et, plus largement, pour l’Afrique centrale. Sa contribution de 28 milliards de FCFA ne relève pas seulement d’un cofinancement. Elle traduit l’entrée progressive d’un acteur bancaire ouest-africain dans un écosystème où les besoins en financement d’infrastructures et d’habitat restent considérables.

Cette alliance entre BGFI et Coris illustre une évolution importante : les banques africaines deviennent des partenaires directs des politiques publiques lorsque les projets sont clairement structurés, sécurisés et suivis.

Un mécanisme de décaissement sous contrôle

Selon les informations disponibles, les fonds sont mobilisés, mais les décaissements devraient intervenir par tranches, en fonction de l’avancement réel des travaux. Ce mécanisme est essentiel. Il permet d’éviter les financements mal exécutés, de lier les paiements aux réalisations physiques et d’installer une discipline dans la conduite du chantier.

Dans le logement social, la question du financement ne suffit pas. Les projets échouent souvent sur l’exécution : retards, surcoûts, absence de viabilisation, défaut de contrôle, attribution opaque ou mauvaise qualité des ouvrages. En conditionnant les décaissements à un suivi strict des réalisations, le dispositif cherche à répondre à l’une des faiblesses récurrentes des grands programmes d’habitat en Afrique.

Une première phase d’un programme plus large

Les 3 100 logements de Bikélé-Nzong et Essassa constituent la première phase d’une ambition nationale plus étendue. Selon la présidence de la République, 5 000 logements supplémentaires doivent être réalisés au cours des sept prochaines années, notamment avec le groupe immobilier marocain Addoha. À terme, le programme devrait atteindre 8 100 unités.

En parallèle, une phase pilote est déjà engagée dans l’intérieur du pays, avec 50 logements à Lambaréné, 50 à Makokou et 50 à Franceville. Cette territorialisation est importante. Elle montre que la question du logement ne concerne pas uniquement le Grand Libreville. Elle touche aussi les villes secondaires, où l’accès à un habitat planifié peut accompagner la décentralisation, l’emploi local et l’aménagement du territoire.

Un signal pour le financement des infrastructures sociales

L’opération BGFI-Coris envoie un message clair : le logement social peut devenir un actif finançable lorsque l’État, les banques et les opérateurs structurent correctement les risques. Dans un contexte où les besoins sociaux dépassent souvent les capacités budgétaires publiques, le recours au financement bancaire peut accélérer les projets prioritaires, à condition d’assurer transparence, suivi technique et viabilité économique.

Pour le Gabon, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de réduire un déficit massif en logements. Il s’agit ensuite de démontrer que les banques africaines peuvent accompagner des politiques publiques à fort impact, sans renoncer à la rigueur financière.

Avec 128 milliards de FCFA mobilisés, 3 100 logements prévus dans cette première phase et une ambition nationale de 8 100 unités, le projet de Bikélé-Nzong dépasse le simple chantier immobilier. Il devient un test de gouvernance, de financement et d’exécution. S’il est mené avec discipline, il pourrait ouvrir une nouvelle séquence pour l’habitat social au Gabon : celle d’un partenariat plus structuré entre l’État, les banques et les acteurs immobiliers capables de transformer la demande sociale en infrastructures concrètes.

Patrick Tchounjo

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page