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Paiements numériques : l’IFC engage 700 millions USD de garanties pour viser 280 milliards USD de flux supplémentaires

Par patrick tchounjo12 min de lecture
Paiements numériques : l’IFC engage 700 millions USD de garanties pour viser 280 milliards USD de flux supplémentaires

Annoncé par l’IFC, bras du Groupe Banque mondiale consacré au secteur privé, le dispositif vise les banques, fintechs et autres institutions financières dont la capacité à participer aux grands écosystèmes internationaux de paiement demeure limitée par les exigences financières liées au règlement des transactions. L’IFC propose de prendre en charge une partie de ce risque de crédit, afin de libérer davantage de capacité pour les acteurs locaux.

Ce mécanisme mérite d’être lu moins comme un nouveau programme de financement que comme une tentative de réduire l’un des coûts invisibles de l’infrastructure mondiale des paiements.

700 millions USD de garanties pour un marché potentiel 400 fois supérieur

La disproportion apparente entre les deux chiffres est spectaculaire : jusqu’à 700 millions USD de garanties pour environ 280 milliards USD de paiements numériques supplémentaires attendus. Cela correspond à un volume de transactions environ 400 fois supérieur au plafond initial de garanties.

Il ne s’agit toutefois pas d’un effet de levier financier classique. Une garantie de règlement peut soutenir des flux qui se renouvellent continuellement au fil des transactions. La comparaison illustre surtout la nature du pari de l’IFC : un montant relativement limité de prise de risque institutionnelle peut débloquer une masse beaucoup plus importante de paiements lorsque le problème initial est moins l’absence de demande que la capacité des intermédiaires à supporter certaines contraintes de règlement.

Selon les projections de l’IFC, les institutions participantes pourraient également émettre 360 millions de cartes supplémentaires et accroître de 90 millions le nombre de leurs utilisateurs actifs, dont 39 millions de femmes.

Ce dernier chiffre est stratégique. Dans les économies à revenu faible ou intermédiaire, 73 % des femmes disposaient d’un compte financier en 2024, mais les écarts dans l’usage effectif des services demeurent. Les paiements constituent précisément l’un des principaux points d’entrée vers une utilisation plus régulière du système financier.

En Afrique, le sujet n’est déjà plus seulement l’accès au compte

Pour l’Afrique, l’initiative intervient dans un marché où la transformation numérique des paiements est déjà avancée, mais loin d’être achevée.

En Afrique subsaharienne, la proportion d’adultes possédant un compte financier est passée de 49 % en 2021 à 58 % en 2024. Surtout, 40 % des adultes détenaient un compte de mobile money en 2024, contre 27 % trois ans auparavant, ce qui place la région au premier rang mondial pour ce type d’usage.

Le mobile money a lui-même changé d’échelle. Plus de 2 000 milliards USD ont transité par ces portefeuilles dans le monde en 2025, tandis que l’essentiel de la croissance des nouveaux comptes enregistrés et actifs provenait d’Afrique subsaharienne.

Dans ce contexte, le problème évolue.

La question n’est plus uniquement : combien de personnes possèdent un compte ? Elle devient : combien utilisent réellement ce compte pour payer, encaisser, vendre, emprunter et construire un historique financier exploitable ?

La Banque mondiale observe justement que, dans de nombreux marchés émergents, les infrastructures existent déjà mais que l’acceptation numérique par les petits commerçants reste un maillon faible. Beaucoup de comptes servent encore principalement à retirer des espèces.

C’est là que l’initiative de l’IFC peut devenir économiquement intéressante.

Le paiement devient une infrastructure de crédit

Pour une petite entreprise, accepter des paiements numériques ne représente pas uniquement un gain de commodité.

Cela produit aussi de la donnée.

Les montants encaissés, la fréquence des transactions, la saisonnalité des ventes ou la régularité des flux peuvent progressivement constituer une trace financière exploitable par les prêteurs. Des travaux récents de la Banque mondiale menés sur des entreprises de 101 économies montrent que celles qui reçoivent des paiements électroniques sont significativement moins susceptibles d’être contraintes dans leur accès au crédit.

Cette évolution est déterminante pour les PME africaines, dont beaucoup restent insuffisamment documentées pour satisfaire les modèles traditionnels d’analyse du risque.

Le paiement numérique peut ainsi devenir la première couche d’une chaîne beaucoup plus large :

transaction, donnée, historique financier, notation du risque, crédit.

C’est aussi pourquoi l’IFC travaille parallèlement sur l’utilisation des données alternatives et de l’intelligence artificielle pour améliorer le scoring des emprunteurs disposant de peu d’antécédents bancaires.

Le risque : confondre distribution des cartes et usage réel

Les objectifs annoncés sont cependant ambitieux, et plusieurs obstacles restent hors du champ direct des garanties.

Émettre 360 millions de cartes supplémentaires n’aura qu’un impact limité si les commerçants ne les acceptent pas, si les frais sont trop élevés ou si les clients continuent de convertir immédiatement les paiements numériques en espèces.

L’expérience du mobile money le montre déjà. Malgré la croissance du secteur, seuls 25,7 % des comptes enregistrés étaient actifs sur une base mensuelle en 2025 à l’échelle mondiale. La GSMA souligne également que la fraude et certaines taxes sur les transactions numériques peuvent encourager les utilisateurs à retourner vers le cash.

À cela s’ajoutent les questions d’interopérabilité, de cybersécurité, de protection des consommateurs et d’accès au téléphone. La Banque mondiale estime encore à 1,3 milliard le nombre d’adultes sans accès aux services financiers ; environ 900 millions d’entre eux possèdent pourtant un téléphone mobile.

La technologie n’est donc qu’une partie de l’équation.

Makhtar Diop et la stratégie du “de-risking” à grande échelle

Sous la direction de Makhtar Diop, Directeur général de l’IFC depuis 2021, l’institution multiplie précisément les dispositifs reposant sur le partage du risque plutôt que sur le financement direct classique.

En février 2026, l’IFC et 19 assureurs mondiaux ont mis en place une couverture de 6 milliards USD destinée à soutenir jusqu’à 10 milliards USD de nouveaux prêts. En juin, le Groupe Banque mondiale a également annoncé 500 millions USD de garanties supplémentaires pour élargir l’accès au financement du commerce.

La nouvelle initiative sur les paiements numériques s’inscrit dans cette même logique : utiliser le bilan et la capacité de garantie d’une institution multilatérale pour permettre à d’autres acteurs de prendre davantage de risques.

Pour Makhtar Diop, l’objectif affiché est de connecter davantage de petites entreprises et de femmes entrepreneures à l’économie formelle en élargissant l’accès aux paiements numériques.

Le vrai indicateur ne sera pas le nombre de cartes

Le succès du programme ne pourra donc pas être mesuré uniquement par les 700 millions USD mobilisés ni par les 360 millions de cartes annoncées.

Les indicateurs les plus importants seront ailleurs : nombre de commerçants réellement actifs, fréquence des transactions, coût moyen du paiement, progression de l’usage féminin, réduction du cash et capacité des PME digitalisées à accéder ensuite au crédit.

Car dans les marchés émergents, la prochaine révolution financière ne consiste plus simplement à ouvrir davantage de comptes.

Elle consiste à transformer chaque paiement en porte d’entrée vers une économie plus formelle, plus traçable et potentiellement plus finançable.

Et c’est précisément ce qui donne aux 700 millions USD de garanties de l’IFC une portée économique bien supérieure à leur montant nominal.

Le chiffre de 700 millions de dollars attire immédiatement l’attention. Pourtant, l’enjeu réel de la nouvelle initiative de l’International Finance Corporation ne réside pas dans le montant de la garantie elle-même. Il se trouve dans ce qu’elle cherche à débloquer : 280 milliards de dollars de paiements numériques supplémentaires, 360 millions de cartes additionnelles et 90 millions de nouveaux utilisateurs actifs dans les marchés émergents.

Annoncé par l’IFC, bras du Groupe Banque mondiale consacré au secteur privé, le dispositif vise les banques, fintechs et autres institutions financières dont la capacité à participer aux grands écosystèmes internationaux de paiement demeure limitée par les exigences financières liées au règlement des transactions. L’IFC propose de prendre en charge une partie de ce risque de crédit, afin de libérer davantage de capacité pour les acteurs locaux.

Ce mécanisme mérite d’être lu moins comme un nouveau programme de financement que comme une tentative de réduire l’un des coûts invisibles de l’infrastructure mondiale des paiements.

700 millions USD de garanties pour un marché potentiel 400 fois supérieur

La disproportion apparente entre les deux chiffres est spectaculaire : jusqu’à 700 millions USD de garanties pour environ 280 milliards USD de paiements numériques supplémentaires attendus. Cela correspond à un volume de transactions environ 400 fois supérieur au plafond initial de garanties.

Il ne s’agit toutefois pas d’un effet de levier financier classique. Une garantie de règlement peut soutenir des flux qui se renouvellent continuellement au fil des transactions. La comparaison illustre surtout la nature du pari de l’IFC : un montant relativement limité de prise de risque institutionnelle peut débloquer une masse beaucoup plus importante de paiements lorsque le problème initial est moins l’absence de demande que la capacité des intermédiaires à supporter certaines contraintes de règlement.

Selon les projections de l’IFC, les institutions participantes pourraient également émettre 360 millions de cartes supplémentaires et accroître de 90 millions le nombre de leurs utilisateurs actifs, dont 39 millions de femmes.

Ce dernier chiffre est stratégique. Dans les économies à revenu faible ou intermédiaire, 73 % des femmes disposaient d’un compte financier en 2024, mais les écarts dans l’usage effectif des services demeurent. Les paiements constituent précisément l’un des principaux points d’entrée vers une utilisation plus régulière du système financier.

En Afrique, le sujet n’est déjà plus seulement l’accès au compte

Pour l’Afrique, l’initiative intervient dans un marché où la transformation numérique des paiements est déjà avancée, mais loin d’être achevée.

En Afrique subsaharienne, la proportion d’adultes possédant un compte financier est passée de 49 % en 2021 à 58 % en 2024. Surtout, 40 % des adultes détenaient un compte de mobile money en 2024, contre 27 % trois ans auparavant, ce qui place la région au premier rang mondial pour ce type d’usage.

Le mobile money a lui-même changé d’échelle. Plus de 2 000 milliards USD ont transité par ces portefeuilles dans le monde en 2025, tandis que l’essentiel de la croissance des nouveaux comptes enregistrés et actifs provenait d’Afrique subsaharienne.

Dans ce contexte, le problème évolue.

La question n’est plus uniquement : combien de personnes possèdent un compte ? Elle devient : combien utilisent réellement ce compte pour payer, encaisser, vendre, emprunter et construire un historique financier exploitable ?

La Banque mondiale observe justement que, dans de nombreux marchés émergents, les infrastructures existent déjà mais que l’acceptation numérique par les petits commerçants reste un maillon faible. Beaucoup de comptes servent encore principalement à retirer des espèces.

C’est là que l’initiative de l’IFC peut devenir économiquement intéressante.

Le paiement devient une infrastructure de crédit

Pour une petite entreprise, accepter des paiements numériques ne représente pas uniquement un gain de commodité.

Cela produit aussi de la donnée.

Les montants encaissés, la fréquence des transactions, la saisonnalité des ventes ou la régularité des flux peuvent progressivement constituer une trace financière exploitable par les prêteurs. Des travaux récents de la Banque mondiale menés sur des entreprises de 101 économies montrent que celles qui reçoivent des paiements électroniques sont significativement moins susceptibles d’être contraintes dans leur accès au crédit.

Cette évolution est déterminante pour les PME africaines, dont beaucoup restent insuffisamment documentées pour satisfaire les modèles traditionnels d’analyse du risque.

Le paiement numérique peut ainsi devenir la première couche d’une chaîne beaucoup plus large :

transaction, donnée, historique financier, notation du risque, crédit.

C’est aussi pourquoi l’IFC travaille parallèlement sur l’utilisation des données alternatives et de l’intelligence artificielle pour améliorer le scoring des emprunteurs disposant de peu d’antécédents bancaires.

Le risque : confondre distribution des cartes et usage réel

Les objectifs annoncés sont cependant ambitieux, et plusieurs obstacles restent hors du champ direct des garanties.

Émettre 360 millions de cartes supplémentaires n’aura qu’un impact limité si les commerçants ne les acceptent pas, si les frais sont trop élevés ou si les clients continuent de convertir immédiatement les paiements numériques en espèces.

L’expérience du mobile money le montre déjà. Malgré la croissance du secteur, seuls 25,7 % des comptes enregistrés étaient actifs sur une base mensuelle en 2025 à l’échelle mondiale. La GSMA souligne également que la fraude et certaines taxes sur les transactions numériques peuvent encourager les utilisateurs à retourner vers le cash.

À cela s’ajoutent les questions d’interopérabilité, de cybersécurité, de protection des consommateurs et d’accès au téléphone. La Banque mondiale estime encore à 1,3 milliard le nombre d’adultes sans accès aux services financiers ; environ 900 millions d’entre eux possèdent pourtant un téléphone mobile.

La technologie n’est donc qu’une partie de l’équation.

Makhtar Diop et la stratégie du “de-risking” à grande échelle

Sous la direction de Makhtar Diop, Directeur général de l’IFC depuis 2021, l’institution multiplie précisément les dispositifs reposant sur le partage du risque plutôt que sur le financement direct classique.

En février 2026, l’IFC et 19 assureurs mondiaux ont mis en place une couverture de 6 milliards USD destinée à soutenir jusqu’à 10 milliards USD de nouveaux prêts. En juin, le Groupe Banque mondiale a également annoncé 500 millions USD de garanties supplémentaires pour élargir l’accès au financement du commerce.

La nouvelle initiative sur les paiements numériques s’inscrit dans cette même logique : utiliser le bilan et la capacité de garantie d’une institution multilatérale pour permettre à d’autres acteurs de prendre davantage de risques.

Pour Makhtar Diop, l’objectif affiché est de connecter davantage de petites entreprises et de femmes entrepreneures à l’économie formelle en élargissant l’accès aux paiements numériques.

Le vrai indicateur ne sera pas le nombre de cartes

Le succès du programme ne pourra donc pas être mesuré uniquement par les 700 millions USD mobilisés ni par les 360 millions de cartes annoncées.

Les indicateurs les plus importants seront ailleurs : nombre de commerçants réellement actifs, fréquence des transactions, coût moyen du paiement, progression de l’usage féminin, réduction du cash et capacité des PME digitalisées à accéder ensuite au crédit.

Car dans les marchés émergents, la prochaine révolution financière ne consiste plus simplement à ouvrir davantage de comptes.

Elle consiste à transformer chaque paiement en porte d’entrée vers une économie plus formelle, plus traçable et potentiellement plus finançable.

Et c’est précisément ce qui donne aux 700 millions USD de garanties de l’IFC une portée économique bien supérieure à leur montant nominal.

Patrick Tchounjo

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