RDC : Ecobank obtient 30 millions $ de la BII pour ouvrir davantage le crédit aux PME

En République démocratique du Congo, beaucoup d’entreprises veulent investir, produire, recruter et grandir. Mais une réalité continue de freiner leur développement : l’accès au crédit reste limité. Dans ce contexte, l’accord conclu entre Ecobank RDC et la British International Investment (BII) apparaît comme un levier important pour renforcer le financement des petites et moyennes entreprises.
La filiale congolaise du groupe Ecobank a annoncé, le 12 mai 2026, la mise en place d’un mécanisme de partage des risques de 30 millions de dollars avec la BII, institution britannique de financement du développement. L’objectif est clair : permettre à Ecobank RDC d’accorder davantage de crédits aux PME, en réduisant une partie du risque lié aux nouveaux prêts et à l’extension de financements existants.
Un mécanisme pour débloquer le crédit
Le principe est simple : la BII partage avec Ecobank RDC une partie des risques associés aux financements accordés aux entreprises. Ce type de dispositif permet à une banque commerciale de prêter plus facilement à des PME qui, autrement, auraient du mal à accéder au crédit en raison du manque de garanties, du coût du financement ou de la prudence des établissements bancaires.
En RDC, cette question est centrale. Les entreprises, surtout les plus petites, sont souvent contraintes de financer leur croissance avec leurs propres ressources. Selon une enquête de la Banque mondiale menée en 2024, 84 % des investissements des entreprises congolaises sont financés sur fonds propres, tandis que le secteur bancaire ne couvre que 8 % de leurs besoins.
Cette dépendance à l’autofinancement limite la capacité des entreprises à changer d’échelle. Une PME peut avoir un carnet de commandes, un marché porteur ou un projet solide, mais sans financement bancaire, elle avance lentement.
Des secteurs clés ciblés
Les financements soutenus par ce mécanisme viseront plusieurs secteurs considérés comme stratégiques pour l’économie congolaise : agriculture, agroalimentaire, industrie, infrastructures, énergies renouvelables et initiatives portées par des entrepreneurs locaux.
Ce choix est important. Ces secteurs sont ceux qui peuvent créer des emplois, renforcer la production locale, soutenir la transformation économique et réduire certaines dépendances structurelles. En facilitant leur accès au crédit, Ecobank RDC et la BII cherchent à orienter les financements vers des activités capables d’avoir un impact réel sur l’économie.
Jusqu’à 60 millions $ de financements mobilisables
Pour la BII, ce partenariat s’inscrit dans une stratégie de soutien au secteur privé congolais. Viviane Infante, responsable pays de l’institution, a indiqué que cette enveloppe de 30 millions de dollars pourrait permettre à Ecobank RDC de mobiliser jusqu’à 60 millions de dollars de financements au profit des entreprises opérant dans des secteurs clés.
L’effet de levier est donc au cœur de l’opération. Il ne s’agit pas seulement de mettre 30 millions de dollars sur la table, mais d’utiliser cette garantie pour déclencher un volume de crédit plus important.
Le vrai défi : financer les petites entreprises
Les chiffres montrent l’ampleur du problème. En RDC, les crédits bancaires représentent seulement 11 % du PIB, contre une moyenne supérieure à 45 % en Afrique subsaharienne. L’écart est considérable.
Les disparités entre entreprises sont également fortes. Selon les données disponibles, seulement 6 % des petites structures disposent d’un prêt bancaire, contre 18 % pour les entreprises de taille moyenne et 51 % pour les grandes entreprises.
Autrement dit, plus une entreprise est petite, plus elle est éloignée du crédit bancaire. C’est précisément ce verrou que le mécanisme Ecobank-RDC–BII tente de desserrer.
Une coopération appelée à s’élargir
Cette opération est le deuxième mécanisme de partage des risques conclu entre la British International Investment et le groupe Ecobank, après un premier accord signé en 2024 avec la filiale du groupe en Sierra Leone. Elle pourrait ouvrir la voie à une extension progressive de cette coopération au sein du réseau panafricain d’Ecobank.
Pour la RDC, l’enjeu dépasse l’annonce financière. Si ce dispositif permet effectivement d’élargir le crédit aux PME, il peut contribuer à renforcer l’investissement privé, soutenir la croissance locale et donner plus de profondeur au tissu entrepreneurial congolais.
Au fond, ce partenariat rappelle une idée simple : les PME congolaises ne manquent pas seulement d’ambition. Elles manquent souvent de financement adapté. Avec ce mécanisme de partage des risques, Ecobank RDC et la BII tentent de transformer une contrainte bancaire en opportunité économique.
Patrick Tchounjo


