Sophia Zaidi, Viviane Ondoua Biwolé, Jean-Claude Ebe Evina, Mandaw Kandji : le quatuor qui doit crédibiliser les premières notes de GIC Rating
L’agrément était une étape. La crédibilité sera la véritable bataille.
Un mois après avoir obtenu, le 7 août 2026, l’autorisation de la COSUMAF pour exercer comme agence de notation financière dans l’espace CEMAC, Geneva Investment Corporation (GIC Rating SA) entre dans la phase où son projet devra être jugé non plus sur son statut réglementaire, mais sur la qualité de ses analyses. Décidée dès le 8 août par son Conseil d’administration et rendue publique début septembre, la mise en place de ses comités techniques donne désormais un visage à cette ambition.
Pour le marché financier d’Afrique centrale, l’enjeu est considérable. Pour la première fois, une agence agréée localement doit pouvoir produire des opinions de crédit sur des États, des banques, des institutions de microfinance, des compagnies d’assurances ou encore des gestionnaires d’infrastructures aéroportuaires.
Autrement dit, la CEMAC commence à se doter d’un outil supplémentaire pour mettre un prix plus précis sur le risque.
De l’agrément à l’infrastructure de notation
Le calendrier dit beaucoup de la volonté d’accélération.
Le 7 août 2026, GIC Rating obtient l’agrément COSUMAF-AGN-01/2026, devenant, selon l’agence, la première structure de notation financière agréée dans l’espace CEMAC. Dès le lendemain, le Conseil d’administration adopte la décision n°001/2026/GIC/PCA/ADG portant création et composition de six comités techniques spécialisés.
Le passage est important. Une agence de notation n’existe réellement que lorsqu’elle dispose d’une méthodologie, d’équipes capables d’analyser le risque et d’instances suffisamment indépendantes pour assumer des décisions parfois inconfortables.
Chez GIC Rating, quatre grands univers apparaissent déjà clairement : risque souverain, infrastructures aéroportuaires, établissements de crédit et microfinance, assurances Vie et Non-Vie. Les comités auront notamment à statuer sur l’attribution, le maintien ou la dégradation des notes, conformément aux méthodologies validées par la COSUMAF.
C’est là que commence véritablement le métier.
Sophia Zaidi, Viviane Ondoua Biwolé, Jean-Claude Ebe Evina, Mandaw Kandji : le choix des compétences
La composition des instances montre que GIC Rating cherche à construire son dispositif autour d’expériences complémentaires plutôt qu’autour d’une seule culture financière.
Sophia Zaidi préside le comité consacré au risque souverain. Viviane Madeleine Ondoua Biwolé prend la tête de celui dédié aux sociétés de gestion des infrastructures aéroportuaires et à leurs instruments de dette. Cette dernière a elle-même précisé que sa mission, prévue pour trois ans, portera sur la coordination des décisions relatives à l’attribution, au maintien ou à la dégradation des notes de crédit, avec une exigence revendiquée d’indépendance vis-à-vis de toute interférence politique ou commerciale.
Jean-Claude Ebe Evina préside le comité consacré aux établissements de crédit et à la microfinance, tandis que Mandaw Kandji prend la responsabilité du segment assurances.
Autour d’eux apparaissent également des profils comme Josiane Tchoungui, forte de plusieurs décennies d’expérience bancaire et agro-industrielle, Pascal Binanga Lompo, issu notamment des secteurs minier, télécoms et financiers, ou Mouaha II Charlot, dont l’expertise porte sur la gouvernance, l’économie et les finances publiques.
Cette diversité est pertinente car le risque de crédit ne se lit pas de la même manière selon qu’il concerne un État, une banque, une compagnie d’assurances ou une infrastructure.
La véritable rupture : mieux distinguer les risques dans la CEMAC
La portée de GIC Rating dépasse donc l’arrivée d’un nouvel acteur financier.
L’Afrique centrale souffre encore d’un marché de capitaux relativement peu profond, où la perception du risque reste parfois globale. Or, dans un marché mature, tous les émetteurs ne devraient ni emprunter au même prix ni être perçus de la même manière.
Une notation crédible peut changer cette logique.
Elle permet aux investisseurs de comparer davantage les signatures, aux émetteurs solides de mieux démontrer leur qualité de crédit et, potentiellement, de négocier des conditions de financement plus adaptées à leur profil.
C’est ce qui pourrait devenir l’apport stratégique de GIC Rating à la CEMAC : contribuer à passer d’un marché où l’on regarde principalement le nom de l’émetteur à un marché où l’on analyse plus finement sa capacité réelle à rembourser.
Mais la première note sera plus importante que le premier agrément
Le défi est cependant immense.
Pour une agence de notation, la réputation se construit lentement et peut se perdre rapidement. La qualité des profils réunis ne suffira pas. Le marché observera la rigueur des méthodologies, la transparence des décisions, la gestion des conflits d’intérêts, la cohérence entre les différentes notations et surtout la capacité de l’agence à rester indépendante lorsque l’émetteur évalué dispose d’un poids économique ou institutionnel important.
Les membres sont nommés pour trois ans renouvelables et leurs travaux sont soumis à des obligations de confidentialité, d’éthique et d’indépendance. GIC Rating insiste elle-même sur l’absence d’interférence politique ou commerciale dans les délibérations.
Cette promesse devra désormais être démontrée dans la pratique.
Le marché retiendra moins le nombre de comités créés que la qualité des premières notes produites.
Une nouvelle infrastructure de confiance pour le marché régional
L’agrément de GIC Rating marque une rupture réglementaire. La constitution de ses comités ouvre la phase opérationnelle. Mais la prochaine étape sera la plus déterminante : transformer cette architecture institutionnelle en information financière suffisamment crédible pour influencer les décisions d’investissement.
Si cette mécanique fonctionne, l’impact pourrait dépasser GIC Rating elle-même. Une meilleure lecture du risque peut contribuer à approfondir le marché obligataire régional, encourager davantage d’émetteurs à solliciter les investisseurs et favoriser progressivement une meilleure allocation du capital.
Pour la CEMAC, le sujet n’est donc pas seulement d’avoir sa première agence de notation agréée.
Le véritable enjeu est de disposer enfin d’une infrastructure locale capable de produire de la confiance.
Et en finance, c’est souvent cette confiance qui décide quels projets seront financés, à quel prix et avec quels investisseurs.
Patrick Tchounjo
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