UBA et BII unissent leurs forces pour débloquer le commerce africain

En Afrique, le commerce ne manque ni d’énergie, ni de marchés, ni même d’ambition. Ce qui lui manque encore trop souvent, c’est le financement capable de transformer une opportunité en transaction réelle. C’est sur ce verrou que United Bank for Africa, à travers UBA UK, et British International Investment (BII) veulent agir. Les deux institutions ont annoncé la signature d’une lettre d’intention pour explorer des opportunités de collaboration dans le financement du commerce en Afrique, avec une priorité affichée pour le commerce intra-africain et les marchés les moins bien servis par la finance traditionnelle.
L’annonce n’a rien d’anodin. Elle intervient dans un moment où le continent cherche à transformer ses promesses d’intégration en flux commerciaux concrets. Si ce partenariat se matérialise, UBA UK s’appuiera sur le réseau du groupe, présent dans 20 pays africains, pour identifier et structurer des opérations adaptées aux besoins locaux, tandis que BII, bras britannique du financement du développement, pourra intervenir là où le risque perçu continue de freiner les acteurs financiers classiques.
Un déficit de financement qui étouffe encore la dynamique commerciale
Le fond du problème est connu, mais il reste massif. UBA UK parle d’un déficit de financement du commerce en Afrique d’environ 100 milliards de dollars, tandis que d’autres estimations largement citées situent ce manque à plus de 80 milliards de dollars par an. Quelle que soit l’estimation retenue, le diagnostic reste le même : le continent souffre d’un déficit structurel de trade finance qui empêche des entreprises pourtant solvables ou prometteuses de commercer à leur plein potentiel.
Ce déficit se ressent particulièrement dans les chaînes d’approvisionnement africaines. Un rapport de la CNUCED publié en 2025 estime que le marché du supply chain finance en Afrique dépasse 60 milliards de dollars, mais que seulement 7 % à 25 % de la demande est actuellement satisfaite. En clair, une immense partie des besoins de financement du commerce et du fonds de roulement reste sans réponse.



Pourquoi cette alliance peut compter
Le partenariat envisagé entre UBA et BII repose sur une logique simple mais puissante : combiner un réseau bancaire panafricain profondément implanté avec un mandat de développement capable d’absorber davantage de risque. C’est précisément ce type d’architecture qui peut faire bouger les lignes sur des marchés dits frontières, là où les banques locales ont des besoins de capacité et où les contreparties internationales restent prudentes.
Loknath Mishra, CEO de UBA UK, l’a résumé en expliquant que la filiale londonienne occupe une position unique pour relier les entreprises africaines au système financier international. Il affirme qu’en collaborant avec BII, UBA peut mobiliser des capitaux là où ils sont le plus nécessaires et contribuer à combler un déficit de financement qui freine le potentiel africain. Cette formulation dit tout : l’enjeu n’est pas seulement bancaire, il est stratégique pour la croissance du continent.
UBA UK, le pont entre l’Afrique et la finance internationale
Dans cette équation, UBA UK joue un rôle clé. La banque se positionne comme le hub des opérations commerciales du groupe, avec pour mission de connecter les entreprises africaines aux circuits internationaux de financement. Son intérêt dans un tel partenariat est évident : transformer la profondeur du réseau UBA en avantage opérationnel pour structurer davantage de transactions transfrontalières et mieux servir les besoins des clients africains.
Cette capacité d’intermédiation est d’autant plus importante que la plupart des PME et des entreprises intermédiaires africaines ne manquent pas forcément de débouchés, mais de solutions bancaires adaptées à la complexité du commerce international. Lorsqu’une lettre de crédit, une garantie ou une ligne de financement devient trop coûteuse ou inaccessible, le commerce ralentit. UBA veut précisément agir sur cette zone grise entre opportunité commerciale et blocage financier.
BII, l’outil de risque que le marché classique n’offre pas toujours
De son côté, British International Investment apporte autre chose qu’un simple cofinancement. BII est conçue pour intervenir là où les marchés financiers traditionnels ne vont pas assez, ou pas dans des conditions suffisantes. Son rôle dans cette future collaboration serait de soutenir des transactions jugées trop risquées pour les acteurs privés classiques, tout en poursuivant son mandat de développement.
Le directeur Afrique de BII, Chris Chijiutomi, a d’ailleurs souligné que le financement du commerce est un catalyseur essentiel de la croissance du secteur privé. Il estime que le réseau panafricain de UBA et ses relations institutionnelles peuvent aider à concrétiser l’ambition de BII d’élargir l’accès au trade finance et au fonds de roulement, notamment dans les marchés frontières. Là encore, l’idée est claire : débloquer le commerce là où il reste financièrement empêché.
Une réponse directe aux ambitions de la ZLECAf
Cette initiative s’inscrit naturellement dans la logique de la Zone de libre-échange continentale africaine. L’Afrique peut bien bâtir le plus grand marché intégré du monde en nombre de pays, avec 1,4 milliard de personnes et un PIB combiné de plusieurs milliers de milliards de dollars, encore faut-il que les entreprises aient les moyens de financer leurs échanges. Sans trade finance, l’intégration reste théorique. Avec lui, elle devient transactionnelle.
Le problème, c’est que l’ouverture commerciale n’entraîne pas automatiquement la fluidité financière. Une entreprise peut vouloir importer une machine, sécuriser une cargaison, financer un cycle d’approvisionnement ou exporter vers un pays voisin ; sans mécanisme de financement adapté, cette ambition reste souvent bloquée au stade du projet. C’est pourquoi des partenariats comme celui entre UBA et BII peuvent peser bien au-delà de leur architecture initiale.
Le vrai sujet : faire circuler les biens en faisant circuler le crédit
Au fond, ce partenariat potentiel repose sur une vérité économique simple : en Afrique, on ne fluidifiera pas durablement les échanges sans fluidifier le crédit commercial. Les biens, les matières premières, les équipements et les intrants industriels ne circulent pas seulement grâce aux routes, aux ports ou aux accords régionaux. Ils circulent aussi grâce à des instruments financiers sûrs, rapides et crédibles.
C’est ce qui rend cette alliance si intéressante. Elle ne promet pas seulement de l’argent. Elle promet une meilleure capacité à structurer le risque, à connecter les entreprises africaines à des capitaux adaptés et à faire entrer davantage de transactions dans le champ du finançable. Et sur un continent où le financement du commerce reste l’un des obstacles les plus persistants à la transformation économique, ce n’est pas un détail.
Une alliance encore à finaliser, mais déjà très significative
Certes, l’accord n’est pas encore finalisé. Il s’agit pour l’instant d’une lettre d’intention, donc d’un cadre exploratoire et non d’un programme déjà pleinement opérationnel. Mais même à ce stade, le signal est fort. Il montre qu’un grand groupe bancaire africain et une institution publique de développement veulent tester ensemble une méthode pour répondre à l’un des angles morts les plus coûteux du commerce africain.
Et c’est peut-être cela, la vraie information. UBA et BII ne règlent pas encore le problème. Mais elles reconnaissent ensemble que l’un des grands défis du continent ne se situe pas seulement dans la production ou dans la demande. Il se situe dans le financement du passage à l’acte commercial. En Afrique, trop d’échanges meurent encore faute de crédit. Si cette alliance tient ses promesses, elle pourrait contribuer à en sauver une partie
Patrick Tchounjo



