BOAD : avec « Djoliba, la suite », l’UEMOA entre dans une nouvelle ère du financement avec 11,5 milliards $ d’ici 2030

La BOAD entre dans une nouvelle phase de sa trajectoire régionale. Le 27 mars 2026, le Conseil des ministres de l’UMOA, réuni à Dakar, a approuvé le nouveau plan stratégique 2026-2030 de la Banque ouest-africaine de développement, baptisé « Djoliba, la suite ». Son ambition est claire : porter les financements à 6 500 milliards de FCFA, soit environ 11,5 milliards de dollars, un niveau sans précédent pour l’institution.
Ce cap n’a rien d’un simple effet d’annonce. Il repose sur une banque qui sort d’un cycle solide. Sur la période 2021-2025, la BOAD a mobilisé 3 765 milliards de FCFA, avec un taux de réalisation de 107,4 % de son précédent plan. En 2025, son total bilan a progressé de 38 % à 5 363 milliards de FCFA, son résultat net a atteint 42,5 milliards de FCFA, et ses fonds propres effectifs se sont établis à 1 780,5 milliards de FCFA.
Cette solidité est d’autant plus stratégique que la BOAD a conservé ses notations Investment Grade, avec Baa1 chez Moody’s et BBB chez Fitch. Pour une banque de développement, cette stabilité de signature n’est pas un détail technique : elle conditionne l’accès aux marchés internationaux et la capacité à lever des ressources à grande échelle pour financer les économies de l’Union.
Un plan de financement qui change de dimension
Pour atteindre les 6 500 milliards de FCFA visés d’ici 2030, la BOAD compte s’appuyer sur trois leviers majeurs. Le premier est le recours aux marchés, avec 2 650 milliards de FCFA d’emprunts prévus. Le second est un programme de titrisation de 1 100 milliards de FCFA. Le troisième repose sur le renforcement de ses fonds propres.
Ce choix de la titrisation n’est pas théorique. La BOAD s’appuie sur une expérience déjà éprouvée. En 2023, l’opération DOLI-P avait permis de mobiliser 150 milliards de FCFA sur des créances de la banque. En 2024, une seconde opération portée par BOAD Titrisation a levé 160 milliards de FCFA à partir d’un portefeuille de créances non souveraines, clôturé en une seule journée de souscription.
De banque régionale à groupe intégré
Mais l’ambition de « Djoliba, la suite » dépasse le seul volume financier. La BOAD veut aussi transformer son modèle. Le plan prévoit une évolution vers un groupe bancaire intégré, avec des entités spécialisées autour de la maison-mère de Lomé. Cette logique est déjà visible avec BOAD Titrisation et le lancement de BOAD Market Solutions. Selon la banque, il s’agit de passer d’une logique centrée sur l’approbation des projets à une logique d’exécution et d’impact.
Le plan a été élaboré avec l’appui du Boston Consulting Group et structuré autour de quatre priorités : infrastructures, transition énergétique, résilience climatique et appui au secteur privé. En clair, la BOAD ne veut plus seulement financer plus. Elle veut financer mieux, plus vite, et de façon plus ciblée sur les grands verrous de transformation de l’UEMOA.
Les premiers signaux sont déjà visibles
L’année 2026 donne déjà un aperçu de cette montée en puissance. Plus de 1 300 milliards de FCFA ont été annoncés pour soutenir le Plan national de développement de la Côte d’Ivoire, une enveloppe de 750 milliards de FCFA est prévue pour la relance multisectorielle au Burkina Faso, et des financements verts ont commencé à être déployés au Bénin, au Burkina Faso et au Mali.
Dans le même temps, la BOAD a franchi un seuil hautement symbolique. Lors de la session de Dakar, l’approbation de nouvelles opérations a porté ses financements cumulés depuis 1976 au-delà de 10 000 milliards de FCFA, après un palier de 9 916,6 milliards déjà atteint fin 2025. Cela confirme qu’elle n’est plus seulement un acteur institutionnel du développement régional. Elle devient l’un de ses principaux accélérateurs financiers.
Une nouvelle ère pour la finance régionale
Au fond, « Djoliba, la suite » raconte quelque chose de plus grand qu’un nouveau plan quinquennal. Il dit qu’en Afrique de l’Ouest, les besoins de financement ont changé d’échelle, et que les institutions régionales doivent changer avec eux. En visant 11,5 milliards de dollars de financements d’ici 2030, la BOAD fait plus que doubler son ambition : elle redéfinit sa place dans la transformation de l’UEMOA.
Dans une région où les défis de souveraineté énergétique, de financement des infrastructures, de résilience climatique et de soutien au secteur privé deviennent de plus en plus pressants, cette montée en puissance n’est pas un luxe. C’est une nécessité. Et c’est peut-être cela, au fond, la vraie signification de ce nouveau cycle : la BOAD ne veut plus seulement accompagner l’histoire économique ouest-africaine. Elle veut la pousser plus vite.
Patrick Tchounjo



