Sénégal : la BOAD injecte 162 milliards FCFA dans 5 projets majeurs

Il y a des financements qui ne servent pas seulement à boucler des lignes budgétaires. Ils dessinent une direction. Avec 162,4 milliards FCFA mobilisés par la BOAD pour cinq projets au Sénégal, c’est précisément cette impression qui domine : celle d’un pays qui veut investir à la fois dans son énergie, son numérique, sa formation et le financement de son tissu productif. L’annonce s’inscrit dans le cadre de la session ordinaire du conseil d’administration de la Banque ouest-africaine de développement, qui a approuvé 17 nouvelles opérations pour un montant global de 501,568 milliards FCFA.
Ce qui frappe, dans le cas sénégalais, c’est la nature même des projets retenus. Ils ne relèvent pas d’une logique dispersée. Ils forment un ensemble cohérent, presque une petite cartographie des priorités structurelles du pays. D’abord, il y a le projet de transformation digitale des services publics, doté de 30,9 milliards FCFA, avec un accent mis sur la modernisation des datacenters et du câble sous-marin Share. À travers ce financement, c’est l’idée d’un État plus connecté, plus moderne et mieux équipé pour sa transition numérique qui se renforce.
Ensuite vient l’un des dossiers les plus stratégiques du moment : le gazoduc segment Nord – Sénégal, financé à hauteur de 50 milliards FCFA pour la construction de 85 kilomètres de pipeline. Derrière ce chantier, il y a un mot-clé qui revient avec insistance dans les politiques publiques africaines : la souveraineté énergétique. Pour le Sénégal, ce type d’investissement ne relève pas seulement de l’infrastructure ; il participe à la construction d’une autonomie énergétique plus robuste, à un moment où les équilibres énergétiques deviennent décisifs pour la compétitivité des économies.
Le troisième projet prolonge cette dynamique, mais sur le terrain des énergies renouvelables. La BOAD a validé 41,5 milliards FCFA pour la construction d’une centrale solaire photovoltaïque de 50 Mwc et d’un système de stockage de 30 Mw / 90 Mwh à Linguère, porté par la Senelec. L’objectif est clair : mieux couvrir la demande en électricité et accroître la part des renouvelables dans le mix énergétique sénégalais. À lui seul, ce projet raconte un basculement : celui d’un pays qui ne veut plus seulement produire plus d’énergie, mais produire différemment.
L’investissement ne s’arrête pas à l’énergie et au numérique. Il touche aussi la question essentielle du capital humain. La BOAD a ainsi approuvé 30 milliards FCFA pour la construction et l’équipement de six lycées professionnels en agriculture et agroalimentaire dans les régions de Louga, Tambacounda, Kolda et Matam. Ici, l’enjeu est de renforcer l’offre nationale de formation professionnelle en développant des compétences adaptées aux besoins du marché. En filigrane, il y a une conviction simple mais puissante : la transformation économique ne tient pas seulement aux infrastructures, elle tient aussi à la capacité d’un pays à former les profils dont son économie a besoin.
Enfin, la cinquième opération concerne directement le financement du secteur privé. La BOAD alloue 10 milliards FCFA à Coris Bank International Sénégal afin de renforcer son activité de financement à moyen terme en faveur des PME/PMI et d’accompagner son développement. Ce point est loin d’être secondaire. Car derrière les grands projets publics, la croissance se joue aussi dans la capacité des petites et moyennes entreprises à accéder à des ressources adaptées pour investir, se structurer et créer de l’emploi.
Au fond, ces 162 milliards FCFA racontent quelque chose de plus large que la somme elle-même. Ils montrent que le Sénégal cherche à consolider plusieurs piliers en même temps : un État plus digital, une énergie plus souveraine, une électricité plus verte, une jeunesse mieux formée et des PME mieux financées. Dans une sous-région où la compétition économique se joue désormais sur la vitesse d’exécution et la qualité des choix structurels, cette séquence envoie un signal net : Dakar veut continuer à investir là où se fabrique la croissance de demain
Patrick Tchounjo



