Abdou Cissé : faire de l’assurance le bouclier financier des économies africaines

Dans les économies africaines, les crises arrivent souvent avant les solutions. Une flambée du pétrole, une catastrophe climatique, une tension géopolitique ou un choc social suffisent parfois à déséquilibrer les finances publiques, fragiliser les entreprises et réduire brutalement le pouvoir d’achat. Abdou Cissé, Directeur général de CISCO²NSULTING, regarde cette vulnérabilité avec l’œil du conseil, de la finance et du management des risques. Sa conviction tient en une formule : « Rien ne sert de subventionner un risque, il faut le couvrir. »
Derrière cette phrase se dessine une vision économique structurée. Pour Abdou Cissé, le développement ne peut pas reposer uniquement sur le financement, l’investissement ou la dépense publique. Il suppose aussi une capacité à anticiper les chocs, organiser la mutualisation des risques et protéger la valeur créée.
À la tête de CISCO²NSULTING, structure spécialisée dans le conseil, l’audit, les services et la banque d’affaires, il défend ainsi une lecture élargie de l’assurance. Non plus comme un simple produit destiné à indemniser après un sinistre, mais comme un véritable outil de stabilité économique.
Son raisonnement part d’un constat : lorsqu’un État intervient pour subventionner un choc déjà survenu, il traite l’urgence. Lorsqu’il construit à l’avance des mécanismes de couverture, de provisionnement ou de stabilisation, il prépare l’économie à absorber l’imprévisible. Cette logique peut s’appliquer aux carburants, aux entreprises, à l’agriculture, au climat ou encore à la protection sociale.
Pour Abdou Cissé, l’assurance trouve d’ailleurs un écho naturel dans les sociétés africaines. La solidarité, historiquement ancrée dans les communautés, partage avec elle un principe fondamental : mettre en commun pour protéger chacun. La mutualisation devient alors une passerelle entre culture sociale et ingénierie financière moderne.
C’est précisément cette transformation qu’il appelle de ses vœux : faire évoluer les économies africaines d’une culture de réaction vers une culture d’anticipation.
Son plaidoyer dépasse donc le secteur assurantiel. Il pose une question plus large : comment construire des économies capables de résister aux chocs sans compromettre leur développement ?
Pour Abdou Cissé, la réponse passe par une meilleure intégration du risque dans la décision économique. Car une économie qui finance sans protéger peut croître vite, mais rester fragile. Une économie qui anticipe, mutualise et couvre ses risques se donne, elle, les moyens de durer.
Patrick Tchounjo



