BCEAO–PAPSS : plus de 80 banques mobilisées pour réduire la dépendance de l’UEMOA aux circuits de paiement extérieurs

La souveraineté financière africaine ne se joue plus seulement sur les monnaies ou les réserves de change. Elle se joue désormais dans les infrastructures qui transportent l’argent. En préparant un pilote de six mois du PAPSS avec plus de 80 banques de l’UEMOA, la BCEAO teste un système capable de réduire le recours au dollar, à l’euro et aux correspondants bancaires installés hors du continent. L’enjeu est stratégique : conserver en Afrique une part plus importante de la valeur générée par son propre commerce.
À Dakar, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest finalise les accords nécessaires à une expérimentation du Système panafricain de paiement et de règlement avec plus de 80 banques commerciales de l’Union. L’annonce a été faite le 21 juillet 2026 par Massi Lawson, adjoint au directeur des systèmes et moyens de paiement, pendant le séminaire des journalistes économiques de l’UMOA organisé au siège de l’institution.
La BCEAO ne participera toutefois pas directement aux opérations. Elle observera le pilote afin d’évaluer sa conformité avec la réglementation régionale avant tout engagement plus formel. Cette position révèle une banque centrale intéressée par le potentiel du PAPSS, mais soucieuse de conserver la maîtrise du calendrier, des risques et des conditions d’intégration.
Une prudence réglementaire, pas un recul stratégique
Cette approche distingue la BCEAO de la Banque des États de l’Afrique centrale, qui a officiellement rejoint le PAPSS en juillet 2026. L’intégration des banques et établissements financiers de la CEMAC doit être progressivement opérationnalisée d’ici à la fin de l’année.
Avec cette adhésion, le réseau panafricain couvre désormais 28 pays, relie plus de 190 banques commerciales et fintechs, s’appuie sur 16 commutateurs de paiement et donne accès à plus de 250 institutions financières supplémentaires à travers son réseau étendu.
La prudence de la BCEAO répond à une réalité opérationnelle. Une plateforme transfrontalière touche à la liquidité, au change, à la conformité, à la lutte contre le blanchiment et à la responsabilité en cas d’incident. Avant une adhésion complète, l’institut d’émission doit vérifier que les flux restent traçables et compatibles avec les règles prudentielles de l’Union.
Le véritable gain : supprimer les détours coûteux
Aujourd’hui, de nombreuses transactions entre entreprises africaines transitent encore par une devise forte et par des banques correspondantes situées hors du continent. Ce circuit multiplie les intermédiaires, allonge les délais et augmente les frais.
Le PAPSS permet au payeur d’utiliser sa monnaie locale et au bénéficiaire de recevoir la sienne. Selon la plateforme, le traitement d’un paiement transfrontalier peut intervenir en moins de 120 secondes, tandis que le règlement net entre banques centrales est organisé quotidiennement.
Pour les PME, le gain potentiel est important : réduction des coûts de conversion, meilleure visibilité sur la trésorerie et accès plus simple aux fournisseurs africains. Pour les banques, la plateforme ouvre un marché de services transfrontaliers sans exiger la constitution d’un réseau de correspondants dans chaque économie.
Mais l’efficacité dépendra des volumes. Une infrastructure de paiement n’acquiert de valeur que lorsqu’elle est utilisée régulièrement. Le pilote devra donc mesurer la robustesse technique, le prix réel des transactions, le taux d’échec et l’adoption par les entreprises.
PI-SPI, le socle régional encore en construction
La BCEAO engage cette expérimentation alors que son propre système de paiement instantané poursuit son déploiement. Lancée le 30 septembre 2025, la plateforme PI-SPI comptait 80 participants connectés au 24 juin 2026, tandis que 74 institutions restaient en phase de tests réels.
Face aux retards d’intégration, la Banque centrale a repoussé l’ouverture effective des services au 30 septembre 2026 pour les banques, établissements de monnaie électronique et établissements de paiement. Les institutions de microfinance disposent jusqu’au 30 juin 2027.
Le défi sera donc d’articuler PI-SPI et PAPSS sans fragiliser les infrastructures domestiques. Le premier doit fluidifier les paiements au sein de l’UEMOA ; le second doit connecter cet espace au reste du continent.
Un test de souveraineté financière
Le succès ne se mesurera pas au nombre d’accords signés, mais au coût moyen d’une transaction, à sa rapidité, à sa sécurité et au volume de commerce réellement traité en monnaies africaines.
En restant observatrice, la BCEAO conserve le contrôle du processus. Mais après l’adhésion de la BEAC, l’entrée progressive de l’UEMOA donnerait au PAPSS une masse critique décisive en Afrique francophone. La plateforme deviendrait alors plus qu’une innovation technologique : une infrastructure stratégique capable de replacer les banques africaines au cœur de leurs propres flux commerciaux.
Patrick Tchounjo



