S&P Global Ratings a relevé, le 6 novembre 2026, la note souveraine à long terme du Burkina Faso de CCC+ à B−, avec perspective stable. L’agence juge les tensions de liquidité moins fortes. Pour le Trésor et ses créanciers, ce signal améliore l’appréciation du risque sans garantir une baisse immédiate du coût des emprunts.
Par Malik Séna
Le Burkina Faso gagne un cran dans l’échelle de S&P. La décision concerne ses engagements en monnaie locale et en devises : la note à long terme passe à B− et celle à court terme à B, contre C auparavant. L’avis du 6 novembre de S&P Global Ratings marque une évolution de l’analyse de la capacité de paiement de l’État.
La continuité des paiements au cœur du relèvement
L’agence retient le maintien de la continuité administrative et le paiement intégral, dans les délais, des créanciers commerciaux. Elle souligne aussi le rôle de l’appartenance à l’UEMOA dans l’accès au financement régional, ainsi que l’appui des partenaires multilatéraux.
Le redressement des activités minières et agricoles et les cours élevés de l’or soutiennent également son appréciation. S&P maintient toutefois des réserves sur les risques institutionnels, politiques et sécuritaires. Une baisse marquée de l’or ou de nouvelles pressions financières pourraient fragiliser cette trajectoire.
B− reste dans la catégorie spéculative
Le relèvement ne fait pas entrer le Burkina Faso dans la catégorie « investissement ». Dans l’échelle expliquée par S&P, celle-ci commence à BBB− ; les notes BB+ et inférieures appartiennent à la catégorie spéculative. Une notation constitue une opinion prospective sur le risque de crédit, et non une assurance de remboursement.
Pour un créancier, le changement peut conduire à réexaminer les limites d’exposition et la rémunération exigée. Il ne remplace pas l’analyse de chaque titre : prix d’achat, maturité, échéancier et possibilités de revente restent déterminants. La note de l’État ne devient pas davantage celle de toutes les entreprises ou banques du pays.
Le marché régional avait déjà donné un signal avant la décision
Le compte rendu d’UMOA-Titres du 4 novembre montre que le Trésor avait retenu 30 milliards FCFA sur 50,294 milliards de propositions. Les rendements moyens pondérés atteignaient 6,93 % sur trois ans et 7,37 % sur cinq ans. Cette adjudication, détaillée dans notre article sur la légère détente des rendements burkinabè, précède de deux jours le relèvement de S&P.
Elle ne peut donc pas être présentée comme une réaction à cette décision. Les prochaines émissions permettront d’observer les conditions réellement obtenues, tout en tenant compte des montants recherchés, des échéances proposées et de la liquidité disponible chez les investisseurs.
La distinction entre risque souverain et prix de marché reste essentielle. Notre lecture de la notation du Sénégal par Moody’s selon la devise rappelle également l’importance du périmètre évalué. Pour le Burkina Faso, le test financier sera la capacité à maintenir l’accès aux ressources et à organiser les remboursements dans la durée, au-delà du seul changement de lettre.
Photo d’archives : Ouagadougou, 26 octobre 2011. Wendkouni / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Vue de contexte, redimensionnée automatiquement par WordPress ; elle ne documente pas la décision de notation.




