Dangote propose 30 % du capital de sa future raffinerie de 20 milliards USD aux pays d’Afrique de l’Est, le pari d’une souveraineté énergétique régionale
liko Dangote veut donner à sa future raffinerie kényane une dimension qui dépasse largement les frontières du Kenya. Les pays d’Afrique de l’Est pourraient collectivement prendre jusqu’à 30 % du capital du complexe projeté à Lamu, une infrastructure estimée entre 15,5 et 16 milliards de dollars et appelée à traiter jusqu’à 700 000 barils de pétrole brut par jour.
La proposition, révélée le 21 août 2026, ouvre la perspective d’un montage dans lequel plusieurs gouvernements de la région deviendraient directement actionnaires d’une infrastructure appelée à sécuriser une partie de leur approvisionnement énergétique.
L’enveloppe proposée aux États représenterait environ 1,5 milliard de dollars de fonds propres. Le Kenya envisagerait à lui seul une participation de 10 %, valorisée autour de 500 millions de dollars. L’Éthiopie et le Rwanda auraient également manifesté leur intérêt, selon David Ndii, conseiller économique du président kényan William Ruto.
Mais à ce stade, aucune répartition définitive n’est arrêtée. Les 30 % constituent une proposition d’ouverture du capital, et non un partage déjà conclu entre les différents États.
De la raffinerie nationale à l’infrastructure régionale
C’est précisément cette dimension qui donne au projet de Lamu sa portée stratégique.
En associant plusieurs gouvernements à son capital, Dangote pourrait transformer la raffinerie en infrastructure énergétique régionale plutôt qu’en simple actif industriel kényan. Le projet doit servir le Kenya, mais également plusieurs marchés voisins aujourd’hui fortement dépendants des importations de produits pétroliers raffinés provenant de l’extérieur de la région.
Son emplacement renforce cette logique. Confirmé en juillet, Lamu dispose d’un positionnement directement lié au corridor LAPSSET, conçu pour connecter le Kenya à l’Éthiopie et au Soudan du Sud. Une raffinerie de cette taille pourrait parallèlement renforcer l’activité du port et son rôle dans les échanges énergétiques régionaux.
Le coût du complexe, initialement évalué à 17 milliards de dollars, a été révisé entre 15,5 et 16 milliards. Le démarrage du chantier est annoncé pour octobre 2026, sous réserve du respect du calendrier prévu.
Après Lagos, Dangote voit encore plus grand
Lamu constituerait le deuxième grand pari de raffinage d’Aliko Dangote après son complexe de Lagos, au Nigeria, dont la capacité nominale atteint 650 000 barils par jour et qui a commencé ses opérations en 2024.
Avec 700 000 barils par jour, l’installation kényane serait même annoncée à une capacité légèrement supérieure.
Mais la taille industrielle ne constitue qu’une partie de l’équation. Le financement du projet, la structure définitive du capital et l’engagement effectif des États intéressés restent déterminants. Le coût de l’usine elle-même devrait s’élever à environ 16 milliards de dollars, les infrastructures pétrochimiques et portuaires pouvant porter l’investissement total à près de 20 milliards de dollars.
Dangote prévoit de financer environ 70 % du coût de la raffinerie par l’emprunt et 30 % par des fonds propres. La construction devrait débuter dans le courant de l’année 2026 et pourrait durer environ 4 ans. Les travaux d’étude, d’ingénierie et de conception ont déjà commencé. Le site de Lamu a été retenu après que Dangote eut examiné plusieurs emplacements au Kenya et en Tanzanie.
Si cette participation régionale se matérialise, Dangote ne construirait pas simplement une deuxième raffinerie géante. Il placerait plusieurs économies d’Afrique de l’Est autour du même actif stratégique, avec l’ambition de transformer leur dépendance énergétique en intérêt économique commun.
Patrick Tchounjo
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