Idrissa Nassa mobilise 52,5 milliards de FCFA pour financer les PME ouest-africaines

Coris Holding et la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO ont signé, le 30 juillet 2026 à Lomé, un accord de financement de 80 millions d’euros, soit près de 52,5 milliards de FCFA. Pour le groupe fondé par Idrissa Nassa, l’enjeu dépasse le renforcement de ses ressources : il s’agit de mobiliser des financements suffisamment longs pour accompagner les PME, l’agriculture, l’agro-industrie et l’énergie en Afrique de l’Ouest.
Le financement bancaire ouest-africain souffre moins d’une absence totale de liquidités que d’un déficit de ressources adaptées aux investissements de long terme. Les dépôts collectés par les banques restent majoritairement disponibles à vue ou sur de courtes périodes, tandis que les entreprises industrielles, agricoles ou énergétiques ont besoin de crédits remboursables sur plusieurs années.
L’accord entre Coris Holding et la BIDC répond directement à cette difficulté. La ligne de crédit sera mise à la disposition des filiales bancaires du groupe afin d’accroître leurs capacités de financement des entreprises, notamment dans les chaînes de valeur alimentaires, agricoles et énergétiques.
Une stratégie fondée sur l’intermédiation
La BIDC ne financera pas directement chaque projet. Elle s’appuiera sur le réseau, les équipes et les mécanismes d’analyse du risque de Coris pour distribuer les ressources aux entreprises éligibles.
Cette architecture permet à la banque régionale de développement d’élargir son impact sans devoir instruire elle-même des centaines de dossiers. Coris apporte de son côté sa connaissance des marchés locaux et son implantation dans plusieurs économies ouest-africaines.
Le choix du groupe n’est pas fortuit. Les PME représenteraient plus de 70 % de son portefeuille de crédits. Idrissa Nassa a construit une partie de son modèle autour des entrepreneurs, des entreprises intermédiaires et des activités souvent moins bien servies par les banques traditionnelles.
Ces clients présentent pourtant des risques plus complexes : garanties limitées, revenus parfois irréguliers, dépendance au dirigeant et exposition accrue aux chocs économiques. Leur financement exige donc une connaissance fine du terrain et des mécanismes de suivi rigoureux.
Une opération soutenue par la performance de Coris
L’accord intervient dans une phase de croissance pour le groupe bancaire.
Coris Bank International a réalisé un bénéfice net de 65,5 milliards de FCFA en 2025, en progression de 36 %. Au premier trimestre 2026, le résultat net a encore augmenté de 22 %. Le groupe poursuit parallèlement son expansion régionale, notamment à travers la reprise des activités de banque de détail de Standard Chartered en Côte d’Ivoire.
Cette trajectoire renforce la crédibilité de Coris auprès des institutions de développement. La ligne de la BIDC complète d’autres ressources mobilisées ces dernières années auprès d’acteurs internationaux afin de financer les PME et soutenir l’expansion du groupe.
Pour Idrissa Nassa, la stratégie consiste à diversifier les sources de financement : dépôts de clientèle, lignes institutionnelles, marché financier et apports en capital. Cette combinaison réduit la dépendance à une seule catégorie de ressources et permet de proposer des crédits mieux alignés sur les cycles des entreprises.
Le véritable test sera celui des conditions de crédit
Le montant de 80 millions d’euros est significatif, mais il ne suffit pas à garantir l’impact économique de l’opération.
Trois éléments seront déterminants. Le premier concerne le taux appliqué aux bénéficiaires finaux. Une ligne avantageuse peut perdre une partie de son utilité si le coût du crédit reste trop élevé pour les PME.
Le deuxième porte sur la maturité. Les ressources devront réellement financer des investissements productifs, et non uniquement des besoins de trésorerie à court terme.
Le troisième concerne la traçabilité. Les critères d’éligibilité, la répartition géographique des fonds et les indicateurs d’impact devront permettre de vérifier que les ressources atteignent effectivement les secteurs annoncés.
Cette exigence est d’autant plus importante que plusieurs filiales de Coris évoluent dans des pays sahéliens confrontés à des tensions sécuritaires, budgétaires et commerciales. Les besoins y sont considérables, mais le risque de crédit y est également plus élevé.
Transformer le financement en capacités productives
L’accord entre Coris Holding et la BIDC renforce le positionnement d’Idrissa Nassa comme intermédiaire entre les institutions de développement et les entreprises africaines.
La réussite ne se mesurera toutefois pas au montant annoncé. Elle dépendra du nombre de PME financées, de la durée des crédits, des capacités de production créées et de la qualité du portefeuille constitué.
Si les 52,5 milliards de FCFA permettent de financer des unités de transformation, des infrastructures énergétiques et des entreprises capables de créer durablement des emplois, l’opération démontrera la valeur d’un capital long distribué par une banque africaine.
Patrick Tchounjo



