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Finance de développement

Manuel Moses renforce l’empreinte d’ATIDI avec l’adhésion du Congo pour mieux sécuriser les projets d’investissement

Par patrick tchounjo5 min de lecture
Manuel Moses renforce l’empreinte d’ATIDI avec l’adhésion du Congo pour mieux sécuriser les projets d’investissement

L’adhésion de la République du Congo à African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI) dépasse le simple élargissement géographique d’un assureur multilatéral. Elle touche à l’un des problèmes les plus déterminants du financement africain : comment réduire suffisamment le risque pour convaincre davantage de banques, de bailleurs et d’investisseurs privés d’engager leur capital dans les économies du continent ?

À la tête d’ATIDI depuis novembre 2020, Manuel Moses construit précisément sa stratégie autour de cette équation. Le dirigeant, fort de plus de trente années d’expérience dans l’ingénierie, la finance du développement et le leadership international, pilote une institution devenue progressivement l’un des instruments africains de référence en matière d’assurance du risque politique, du risque de crédit et de sécurisation du commerce.

L’arrivée du Congo dans son orbite donne désormais à cette stratégie une nouvelle profondeur en Afrique centrale.

Manuel Moses pousse ATIDI vers les marchés où le risque freine encore le capital

Pour Brazzaville, l’enjeu est clair : améliorer son attractivité financière en offrant aux investisseurs et aux prêteurs des mécanismes permettant de mieux couvrir les risques associés aux projets publics et privés.

ATIDI intervient justement là où les financements peuvent achopper : risque souverain, non-respect de certaines obligations contractuelles, difficultés de paiement ou incertitudes politiques. En transférant une partie de ces risques vers un assureur multilatéral bénéficiant d’une notation de qualité investissement, un projet peut devenir plus acceptable pour un prêteur ou un investisseur.

C’est cette mécanique qui donne à l’adhésion congolaise sa véritable portée économique.

La Banque européenne d’investissement (BEI) étudie actuellement un financement d’environ 25 millions d’euros destiné à accompagner la contribution du Congo au capital d’ATIDI. La fiche officielle de la BEI précise que l’opération doit permettre au pays d’accéder aux garanties et produits d’assurance commerciale d’ATIDI, au bénéfice du secteur privé local, des PME et des investisseurs étrangers. Le dossier demeure toutefois indiqué comme « à l’examen » par la BEI.

Le Congo rejoint une architecture africaine de dérisquage en pleine accélération

Cette extension intervient au moment où ATIDI change elle-même d’échelle.

En mai 2026, la Banque africaine de développement a approuvé une prise de participation supplémentaire de 125 millions de dollars dans l’institution. L’objectif est explicite : renforcer son capital afin d’élargir ses capacités d’assurance contre les risques de crédit et les risques politiques, et ainsi soutenir davantage l’investissement direct étranger et le commerce intra-africain.

Depuis sa création, ATIDI a déjà soutenu, selon la BAD, 93 milliards de dollars d’investissements et de commerce transfrontalier en Afrique. En mai 2026, l’institution comptait 38 actionnaires, États et investisseurs institutionnels confondus.

Sous Manuel Moses, ATIDI n’est donc plus seulement un assureur spécialisé. Elle devient progressivement une pièce de l’architecture financière africaine destinée à faire levier sur le capital privé.

Pour Brazzaville, l’enjeu est d’abord le coût du capital

Le Congo dispose de besoins importants en infrastructures, énergie, industrie, transport et diversification économique. Mais attirer des capitaux de long terme dépend autant de la qualité des projets que de la perception du risque attachée au pays.

C’est ici qu’ATIDI peut modifier l’équation.

Une garantie multilatérale crédible peut permettre de rassurer les prêteurs, d’allonger certaines maturités et, dans certains cas, d’améliorer les conditions financières obtenues. ATIDI souligne elle-même que ses mécanismes de rehaussement de crédit peuvent aider ses États membres à réduire leur coût d’emprunt et à accéder à des financements de plus longue durée.

L’adhésion ne constitue donc pas une fin en soi. Sa valeur dépendra des projets que Brazzaville parviendra à faire assurer, du volume de capitaux effectivement mobilisé et de la capacité du secteur privé à profiter de cette nouvelle infrastructure de garantie.

Manuel Moses étend le terrain de jeu d’ATIDI

Le mouvement congolais révèle finalement l’un des fils directeurs du mandat de Manuel Moses : élargir l’empreinte géographique d’ATIDI tout en augmentant sa capacité à servir de catalyseur entre les États africains et les capitaux internationaux.

L’Afrique centrale représente à cet égard un territoire stratégique. Le Cameroun et le Tchad figurent déjà parmi les États membres d’ATIDI ; le rapprochement avec le Congo élargit donc progressivement le rayon d’action régional de l’institution. La liste publique d’ATIDI, consultée actuellement, n’a toutefois pas encore intégré la République du Congo parmi ses 24 États membres, ce qui suggère que les formalités d’entrée en vigueur du processus restent à achever après la ratification annoncée.

Pour Manuel Moses, le véritable succès ne se mesurera donc pas au nombre de nouveaux drapeaux ajoutés à la carte d’ATIDI.

Il se mesurera en milliards de dollars d’investissements rendus possibles, en projets devenus bancables et en capitaux privés que l’Afrique aura réussi à attirer en assumant elle-même une partie de son risque.

Patrick Tchounjo

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