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Finance de développement

Yao Kouassi place Vista au cœur des 151,5 milliards FCFA levés par le Burkina auprès de sa diaspora

Par patrick tchounjo4 min de lecture
Yao Kouassi place Vista au cœur des 151,5 milliards FCFA levés par le Burkina auprès de sa diaspora

Ce n’est pas une nomination récente : Yao Kouassi dirige Vista Group Holding depuis janvier 2024. L’actualité majeure est ailleurs. Le 3 septembre 2026, à Abidjan, le Burkina Faso a fait entrer à la BRVM ses deux premiers Diaspora Bonds, une opération de 151,5 milliards de FCFA structurée avec Vista Bank Burkina comme arrangeur. Pour Yao Kouassi, vétéran de la banque régionale, cette première cotation donne une traduction concrète à une idée devenue centrale dans la stratégie financière africaine : faire passer la diaspora du statut de pourvoyeur de transferts familiaux à celui d’investisseur dans le développement.

L’objectif initial était de 125 milliards de FCFA. Le Burkina Faso en a finalement mobilisé 151,5 milliards, soit 26,5 milliards de plus que prévu et un taux de couverture de 121,2 %. Les deux lignes, rémunérées respectivement à 6,75 % jusqu’en 2031 et 6,85 % jusqu’en 2033, sont désormais négociables à la BRVM sous les symboles TPBF.O26 et TPBF.O27.

Yao Kouassi, du métier bancaire classique à la structuration panafricaine

Le rôle de Yao Kouassi dans cette séquence est cohérent avec son parcours. Diplômé de l’ENSEA d’Abidjan et ingénieur statisticien, il cumule plus de 39 ans d’expérience bancaire. Avant Vista, il a notamment dirigé BICI Burkina Faso puis BICICI en Côte d’Ivoire, dans l’écosystème BNP Paribas, et exercé des responsabilités au sein de plusieurs institutions financières régionales, dont la BRVM. Il est Directeur général de Vista Group Holding depuis janvier 2024.

Sous son mandat opérationnel, Vista poursuit parallèlement son élargissement panafricain. Le groupe a finalisé en 2025 l’acquisition de Société Générale Burkina Faso, puis renforcé en 2026 sa présence en Afrique centrale avec l’acquisition de 90 % de la Banque Agricole et Commerciale au Tchad. Cette expansion repose notamment sur le financement des PME, du commerce, des chaînes de valeur et des projets structurants.

Les Diaspora Bonds ajoutent une nouvelle corde à cet arc : la structuration de financement souverain adossé à l’épargne africaine.

151,5 milliards FCFA, mais surtout une nouvelle architecture du capital

La phrase de Yao Kouassi résume l’enjeu : « La diaspora africaine est désormais prête à aller au-delà des simples transferts de fonds destinés à des aides familiales pour devenir un véritable acteur du développement. »

Le changement est profond. Les transferts de diaspora sont traditionnellement consommés ou investis directement au niveau des ménages. Les obligations créent une passerelle formelle entre cette épargne, un État émetteur et le marché régional des capitaux.

Surtout, l’opération ne reste pas abstraite. 85 milliards de FCFA de conventions de financement, soit environ 56 % du montant levé, avaient déjà été signés début juillet pour des projets industriels et miniers : 15 milliards pour Cim Sahel, 30 milliards pour SNBRAFASO et deux enveloppes de 20 milliards consacrées aux projets miniers de Perkoa et Taparko.

C’est là que l’opération acquiert sa véritable portée économique : la performance ne se mesurera pas seulement au montant souscrit, mais à la capacité de ces ressources à produire des infrastructures, des capacités industrielles et des emplois.

Pourquoi cette opération compte maintenant

Le calendrier est particulièrement favorable. La BRVM traverse une phase d’expansion rapide. En 2025, son indice Composite a progressé de 25,26 % et la capitalisation globale a atteint 24 781,3 milliards de FCFA. Le 20 août 2026, la seule capitalisation du marché actions a franchi pour la première fois 20 000 milliards, en progression de plus de 50 % depuis le début de l’année.

L’arrivée des Diaspora Bonds élargit donc l’offre d’actifs à un moment où le marché régional gagne en profondeur.

Pour la BRVM, l’enjeu est désormais de reproduire le modèle. Digitalisation de l’ouverture des comptes, accès depuis l’étranger, transparence, information financière et éducation des investisseurs deviendront déterminants pour transformer une émission réussie en véritable classe d’actifs destinée aux diasporas africaines.

Le risque : réussir une émission sans créer un marché

Le succès de la souscription ne garantit toutefois pas celui du modèle.

Le premier défi sera la liquidité du marché secondaire : être coté ne suffit pas si les obligations s’échangent peu. Le deuxième tient à la confiance. Les investisseurs devront pouvoir suivre l’utilisation des fonds et mesurer les résultats économiques des projets financés. Le troisième est celui de la répétabilité : pour devenir un outil structurel de financement, les Diaspora Bonds devront survivre à l’effet de nouveauté.

C’est précisément là que le rôle de Vista devient stratégique.

En associant expertise bancaire, structuration obligataire et réseau panafricain, le groupe cherche à se positionner non plus seulement comme distributeur de crédit, mais comme architecte de solutions reliant l’épargne africaine aux besoins de financement du continent.

Pour Yao Kouassi, les 151,5 milliards de FCFA du Burkina constituent donc davantage qu’un succès de placement. Ils offrent à Vista un cas de référence dans une bataille beaucoup plus vaste : démontrer que l’Afrique peut mobiliser une part croissante de son propre capital pour financer son développement.

Patrick Tchounjo

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