Ecobank – CIPS : Jeremy Awori veut faire du yuan un nouveau levier des échanges financiers entre l’Afrique et la Chine
Le groupe bancaire panafricain Ecobank a signé, le 10 octobre 2026 à Pékin, un protocole d’accord avec le Cross-Border Interbank Payment System (CIPS), l’infrastructure chinoise dédiée aux paiements interbancaires transfrontaliers en renminbi. Derrière cette coopération, officialisée dans un communiqué du 12 octobre, se dessine une ambition stratégique : renforcer la place d’Ecobank dans les circuits financiers du commerce entre l’Afrique et la Chine, un marché dont les échanges ont atteint environ 348 milliards de dollars en 2025. Sous la direction de Jeremy Awori, le groupe entend transformer son implantation continentale en avantage concurrentiel dans la banque transactionnelle internationale.
Dans le commerce international, la compétitivité ne dépend pas uniquement des prix, des volumes ou des délais de livraison. Elle repose également sur la capacité des entreprises à transférer des fonds, régler leurs fournisseurs et mobiliser des devises dans des conditions financières prévisibles.
Pour les entreprises africaines qui importent des équipements, des matières premières ou des produits manufacturés depuis la Chine, les mécanismes de paiement constituent un maillon essentiel de la chaîne commerciale.
C’est précisément sur ce terrain qu’Ecobank entend renforcer son positionnement.
Le protocole d’accord signé avec CIPS vise à développer la connectivité des paiements et de la compensation en renminbi entre les deux régions. L’opération a été conclue en marge de la visite officielle en Chine de Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil de la République du Togo, en présence du ministre togolais des Finances et du Budget.
Pour Ecobank, dont le réseau couvre 34 marchés africains, l’enjeu consiste à mieux relier les besoins des entreprises du continent à l’infrastructure financière chinoise.
Le renminbi, un nouveau paramètre de compétitivité commerciale
La progression des échanges commerciaux sino-africains fait évoluer les besoins des banques.
Selon les données reprises dans le communiqué d’Ecobank, le commerce bilatéral entre la Chine et l’Afrique a représenté environ 348 milliards de dollars en 2025. Cette intensité commerciale nécessite des services financiers capables de traiter des opérations transfrontalières de plus en plus nombreuses et diversifiées.
Historiquement, une grande partie des règlements internationaux s’effectue en dollars, même lorsque les deux contreparties ne sont pas américaines.
Le développement de circuits de règlement en renminbi peut offrir une alternative aux entreprises disposant de recettes, de dépenses ou d’engagements contractuels dans la monnaie chinoise.
L’intérêt économique potentiel réside dans la réduction de certaines opérations de conversion, la simplification des circuits de règlement et une meilleure coordination entre banques correspondantes.
Toutefois, l’utilisation du renminbi ne supprime pas automatiquement les risques de change. Elle les modifie. Une entreprise africaine dont les revenus sont libellés en franc CFA, mais dont les fournisseurs facturent en monnaie chinoise, reste exposée aux fluctuations entre ces devises.
La compétitivité du dispositif dépendra donc des conditions de conversion, de la liquidité disponible et des tarifs effectivement proposés aux clients.
Jeremy Awori positionne Ecobank sur les infrastructures de paiement
Cette coopération dépasse le cadre d’une relation bancaire bilatérale.
Jeremy Awori, directeur général du groupe, cherche à exploiter l’un des principaux atouts structurels d’Ecobank : sa présence dans de nombreux marchés africains et sa capacité à proposer aux entreprises des services bancaires transfrontaliers.
Le groupe dispose déjà d’une présence en Chine, engagée depuis 2012, qu’il vient de renforcer avec l’inauguration de nouveaux bureaux à Pékin.
Il développe également des dispositifs spécialisés à destination des entreprises engagées dans les échanges avec la Chine, notamment à travers ses bureaux dédiés au corridor Chine-Afrique.
Le partenariat avec CIPS s’ajoute à des coopérations annoncées avec Bank of China (Mauritius) et des plateformes de paiements internationaux telles que XTransfer, YeePay et WorldFirst.
L’ensemble traduit une même orientation : faire de la gestion des flux commerciaux internationaux un axe de développement de l’activité bancaire.
Pour un groupe présent dans des économies aux réglementations monétaires différentes, cette ambition implique néanmoins une importante coordination opérationnelle.
Une concurrence qui se joue désormais sur les flux
Le marché africain des paiements internationaux évolue progressivement vers des solutions spécialisées, dans lesquelles les acteurs bancaires historiques côtoient les fintech, les plateformes de règlement et les infrastructures interbancaires.
Pour Ecobank, le risque stratégique serait de voir une partie de la relation transactionnelle avec les entreprises captée par des intermédiaires plus rapides ou mieux intégrés technologiquement.
En se rapprochant directement de CIPS, le groupe cherche au contraire à renforcer sa position dans la chaîne de valeur.
Les bénéfices potentiels ne se limitent pas aux commissions de transfert. Une relation renforcée avec les importateurs et exportateurs peut également soutenir les activités de financement du commerce, de gestion de trésorerie, de change et de services aux entreprises.
Cette logique correspond à la stratégie de croissance, transformation et rendement mise en avant par Ecobank.
Elle ne garantit cependant pas des résultats immédiats. Le texte signé constitue un protocole d’accord, et non la preuve que l’ensemble du réseau africain est déjà connecté à CIPS ou que les entreprises bénéficient désormais de nouvelles conditions tarifaires.
Le véritable test : les entreprises africaines
Pour Jeremy Awori, le succès de cette coopération se mesurera à sa traduction commerciale.
La réduction des délais de règlement, l’accessibilité du renminbi, la transparence des frais et la qualité des services proposés aux importateurs seront les premiers indicateurs à observer.
L’enjeu est particulièrement important pour les PME, dont la capacité à supporter des frais de transaction élevés reste limitée.
Au-delà d’Ecobank, cette initiative illustre une évolution de la banque africaine : la valeur ne réside plus seulement dans la collecte des dépôts et l’octroi de crédits, mais également dans la maîtrise des infrastructures qui rendent possibles les échanges économiques.
Avec CIPS, Ecobank cherche à se positionner au cœur de cette transformation. Reste à démontrer que l’accord donnera naissance à des services réellement plus compétitifs pour les entreprises africaines.
Oswald N
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