Ecobank engage 2,6 milliards USD : les femmes entrepreneures et l’agrobusiness au cœur de sa stratégie d’ici 2030
Ecobank veut porter à 2,6 milliards de dollars, soit environ 1 450 milliards de FCFA, ses encours de crédits consacrés aux entreprises dirigées par des femmes et aux PME de l’agrobusiness d’ici 2030. Derrière l’enveloppe annoncée à Lomé se dessine une stratégie plus large : financer deux segments encore insuffisamment servis tout en utilisant le réseau panafricain de la banque pour transformer davantage de production locale en activité formelle, bancarisée et échangeable à l’échelle continentale.
2 milliards de dollars pour transformer le financement des entrepreneures
La répartition des moyens révèle les priorités. Sur les 2,6 milliards de dollars annoncés, 2 milliards seront consacrés aux entreprises dirigées par des femmes, via le programme Ellevate, contre 600 millions de dollars destinés aux PME des chaînes de valeur agricoles. Ecobank vise 400 000 entreprises féminines formelles et jusqu’à un million de micro-entrepreneures touchées par ses dispositifs d’inclusion financière d’ici 2030.
L’enjeu dépasse l’affichage. Le déficit de financement auquel sont confrontées les femmes entrepreneures en Afrique est estimé à 42 milliards de dollars. En 2025, Ecobank indique avoir accordé 780 millions de dollars de crédits aux entreprises formelles dirigées par des femmes, contre 265 millions en 2024.
Pour changer d’échelle sans concentrer excessivement le risque dans son bilan, la banque prévoit notamment des crédits non garantis ou partiellement garantis, adossés à des mécanismes apportés par des institutions de financement du développement.
L’agriculture : déplacer le financement de la récolte vers la chaîne de valeur
Les 600 millions de dollars dédiés à l’agrobusiness répondent à une autre faiblesse structurelle : le financement agricole africain reste souvent concentré sur la production primaire.
Ecobank veut élargir son intervention aux agrégateurs, transformateurs, logisticiens, commerçants et exportateurs. Cette approche « Farm-to-Fork » place la transformation agro-industrielle, le commerce régional et les paiements numériques au centre du dispositif.
La stratégie s’inscrit dans une architecture déjà engagée. En mai 2026, Ecobank et AGRA ont conclu un partenariat intégrant financement mixte et mécanismes de partage des risques. Avec Proparco, le groupe prévoit également de mobiliser jusqu’à 300 millions d’euros sur trois ans pour les chaînes de valeur agricoles.
Le véritable test sera la qualité du crédit
L’ambition comporte néanmoins une contrainte majeure. Selon les données rapportées par EcoMatin, le ratio de créances douteuses d’Ecobank est passé de 6,7 % en 2024 à 9,4 % en 2025, avec un objectif de retour entre 6 % et 8 % en 2026.
C’est là que se situe le véritable enjeu des 2,6 milliards de dollars. Accroître le crédit ne suffira pas : Ecobank devra simultanément sélectionner les emprunteurs, maîtriser le risque et convertir son implantation dans 34 marchés africains en flux commerciaux durables. Son Single Market Trade Hub, qui connecte déjà plus de 60 000 entreprises, doit notamment servir cette logique dans le cadre de la ZLECAf.
À l’horizon 2030, la performance de cette stratégie se mesurera donc moins au montant annoncé qu’à sa capacité à faire émerger des entreprises finançables, des chaînes agricoles mieux intégrées et davantage de commerce intra-africain.
Patrick Tchounjo
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