UEMOA : 157,5 milliards FCFA de la BOAD pour sécuriser énergie, alimentation et production
La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) vient d’approuver 157,5 milliards FCFA de nouveaux financements au profit de six économies de l’UEMOA. Agriculture, hydrocarbures, routes, ciment, PME : derrière la diversité des projets validés le 24 septembre à Lomé apparaît une même priorité, celle de renforcer les capacités productives et la résilience d’économies encore fortement exposées aux importations et aux chocs extérieurs.
Avec cette nouvelle enveloppe, le montant cumulé des financements approuvés par la BOAD depuis sa création en 1973 atteint 10 991,6 milliards FCFA. Mais la répartition des 157,5 milliards est plus instructive que le seul volume engagé.
Le Togo concentre plus de la moitié des financements
Avec 82 milliards FCFA, le Togo absorbe à lui seul environ 52 % de l’enveloppe. Sur ce montant, 45 milliards financeront la troisième phase du programme de mécanisation agricole et d’irrigation.
L’objectif annoncé est significatif : aménager 530 hectares et augmenter la production rizicole d’au moins 100 000 tonnes par an. L’enjeu touche directement à la sécurité alimentaire et à la réduction de la dépendance aux importations.
Les 37 milliards FCFA supplémentaires financeront l’extension du Complexe Pétrolier de Lomé, avec 170 000 m³ de nouvelles capacités de stockage. Agriculture et énergie apparaissent ainsi comme deux infrastructures de souveraineté économique.
Routes, énergie, ciment : financer les goulets d’étranglement
En Guinée-Bissau, 30 milliards FCFA iront à la route Safim-Jugudul. Au-delà du bitume, l’enjeu est économique : réduire les coûts logistiques, désenclaver des bassins d’activité et fluidifier les échanges.
Au Bénin, 17,5 milliards FCFA accompagneront Yattassaye & Company Energy Invest dans l’acquisition d’actifs pétroliers et gaziers. L’opération traduit une autre orientation : favoriser la détention régionale d’infrastructures stratégiques et maintenir davantage de valeur ajoutée sur le continent.
Le Burkina Faso recevra 10 milliards FCFA pour l’implantation d’une cimenterie d’AFRIC CEMENTS à Kossodo, d’une capacité prévue de 285 000 tonnes par an. Ici encore, le financement vise directement l’appareil productif.
Au Mali, 8 milliards FCFA permettront à SOTRAKA d’importer environ 20 000 m³ d’hydrocarbures. Cette intervention répond à une contrainte immédiate : sécuriser l’approvisionnement énergétique.
En Côte d’Ivoire, la BOAD passe par le système financier
La logique est différente à Abidjan. Les 10 milliards FCFA accordés à COFINA CI prennent la forme d’une ligne de refinancement destinée notamment aux PME-PMI, aux projets verts et à l’entrepreneuriat féminin.
La BOAD utilise ici un intermédiaire financier pour atteindre des entreprises qu’une banque de développement régionale ne peut financer individuellement à grande échelle. L’impact dépendra donc de la capacité de COFINA CI à transformer cette liquidité en crédits effectivement accessibles aux entreprises ciblées.
DJIGUIYA : 200 milliards FCFA contre les prochains chocs
Au-delà des 157,5 milliards FCFA affectés aux opérations nationales, le Conseil a également approuvé 200 milliards FCFA pour le programme d’urgence DJIGUIYA 2026-2028, destiné à soutenir les États de l’UEMOA face aux chocs alimentaires et énergétiques.
Cette enveloppe éclaire la doctrine qui se dessine : la BOAD ne finance plus seulement des infrastructures de long terme. Elle doit simultanément soutenir l’investissement, le secteur privé et la capacité des États à absorber les crises.
C’est précisément pourquoi ces décisions comptent. Dans l’UEMOA, la question n’est plus uniquement de mobiliser davantage de capitaux, mais de les orienter vers les infrastructures et entreprises capables de réduire les vulnérabilités structurelles de la région. Les 157,5 milliards FCFA approuvés constituent un financement ; leur véritable mesure sera la capacité des projets concernés à produire, transporter, stocker et financer davantage localement.
Patrick Tchounjo
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