Gabon : Charles Mba prend les commandes du FGIS

Le Gabon remet en mouvement l’un de ses instruments financiers les plus sensibles. Après son départ du gouvernement, Charles Mba a été nommé président du conseil d’administration du Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS), selon les informations rapportées par EcoMatin. Cette nomination replace l’ancien ministre au cœur d’un dispositif déterminant pour le financement de la transformation économique du pays, à un moment où Libreville cherche à renforcer ses capacités d’investissement, mieux structurer ses participations publiques et donner plus de cohérence à sa stratégie de développement.
Le choix de Charles Mba n’est pas anodin. Ancien ministre des Comptes publics et de la Dette, il a occupé une position centrale dans la gestion financière de l’État, dans une période marquée par de fortes tensions sur les finances publiques, les besoins de financement et la nécessité de restaurer la crédibilité du Gabon auprès des investisseurs. Son passage au gouvernement l’a placé au contact direct des grands arbitrages budgétaires, des opérations de dette et des discussions avec les partenaires économiques et financiers. En mars 2025, il défendait notamment devant l’Assemblée nationale des textes liés à des emprunts internationaux destinés au financement de projets d’infrastructures et de diversification économique.
Sa nomination à la tête du conseil d’administration du FGIS apparaît donc comme une continuité institutionnelle, mais aussi comme un changement de registre. Charles Mba quitte l’exécution gouvernementale pour rejoindre un organe de gouvernance appelé à orienter l’allocation du capital public. Le FGIS n’est pas une structure secondaire. Créé pour accompagner le Gabon dans la construction de nouvelles sources de revenus et soutenir des projets stratégiques, il est présenté comme l’un des bras financiers de l’État pour accélérer la diversification de l’économie.
Le Fonds gabonais d’investissements stratégiques a vocation à intervenir sur des actifs, des participations et des projets structurants. Sa logique est celle du long terme : mobiliser les ressources publiques, les organiser autour d’objectifs économiques précis et orienter l’investissement vers des secteurs capables de réduire la dépendance du pays aux revenus pétroliers. Pour un État confronté à des besoins de financement élevés, à des attentes sociales fortes et à une exigence accrue de discipline budgétaire, la gouvernance d’un tel outil devient décisive.
Cette nomination intervient aussi dans un contexte où le Gabon veut faire des fonds stratégiques un véritable instrument de transformation économique. Le pays a annoncé la création de plusieurs fonds destinés à soutenir des secteurs jugés prioritaires, notamment l’énergie, l’eau, l’habitat, l’agriculture, la pêche, l’aquaculture et les infrastructures. L’objectif est de structurer le financement de projets à fort impact économique et social, en cohérence avec les priorités nationales.
Dans cette architecture, le FGIS apparaît comme une pièce centrale. Le gouvernement lui a confié un rôle important dans la gestion de fonds stratégiques sectoriels, destinés à accompagner les domaines clés de la transformation économique. Cette orientation renforce l’importance de sa gouvernance. Elle impose au conseil d’administration une exigence élevée : arbitrer, suivre, contrôler et orienter les investissements dans un environnement où chaque décision peut produire un impact budgétaire, économique et politique.
Pour Charles Mba, le défi sera donc double. Il devra d’abord contribuer à renforcer la crédibilité du FGIS comme instrument d’investissement public, dans un contexte où les marchés, les bailleurs et les citoyens attendent davantage de lisibilité sur l’utilisation des ressources publiques. Il devra ensuite accompagner le fonds dans une phase où l’État gabonais veut passer d’une logique de financement ponctuel à une logique d’investissement structuré, avec des résultats mesurables sur l’économie réelle.
Son profil financier peut peser dans cette nouvelle mission. Charles Mba connaît les contraintes de la dette, les attentes des investisseurs et les exigences de transparence. Lorsqu’il était ministre, il insistait sur la nécessité de maintenir la confiance des créanciers, de respecter les engagements de l’État et d’inscrire les financements dans une logique de développement. Cette approche pourrait désormais se prolonger dans la gouvernance du FGIS, où la discipline financière devra se conjuguer avec l’ambition d’investissement.
La nomination de Charles Mba intervient également dans une séquence où les finances publiques gabonaises restent observées de près. Les agences de notation et les investisseurs scrutent la capacité du pays à réduire les tensions de trésorerie, maîtriser les dépenses, honorer ses engagements et mobiliser des ressources à des conditions soutenables. Dans ce contexte, les institutions financières publiques comme le FGIS sont appelées à devenir plus lisibles, plus performantes et plus responsables.
Au-delà du parcours personnel de Charles Mba, cette nomination envoie un signal politique et économique. Le Gabon veut renforcer la gouvernance de ses instruments financiers et placer des profils expérimentés à la tête de structures stratégiques. Le FGIS doit désormais s’affirmer comme un levier de transformation, capable de soutenir les priorités nationales, d’attirer des partenaires, de valoriser les actifs publics et de contribuer à la diversification de l’économie.
La tâche ne sera pas simple. Le fonds devra démontrer sa capacité à produire de l’impact, à éviter la dispersion, à sécuriser ses investissements et à accompagner des projets crédibles. Dans un pays où les attentes sociales sont fortes et où les marges budgétaires restent limitées, le capital public ne peut plus être mobilisé sans exigence de rendement économique, social et institutionnel.
Avec Charles Mba à la présidence de son conseil d’administration, le FGIS ouvre une nouvelle séquence. L’ancien membre du gouvernement quitte le front budgétaire pour rejoindre celui de l’investissement stratégique. Pour Libreville, l’enjeu est clair : transformer un outil financier public en véritable moteur de diversification, de souveraineté économique et de confiance.
Patrick Tchounjo



