Ismaël Libizangomo prend la tête du FGIS : le Gabon rapproche banque d’affaires et stratégie d’investissement public
Au Gabon, le passage d’Ismaël Libizangomo de la banque d’affaires à la gestion des actifs stratégiques de l’État intervient à un moment où la question du financement devient centrale. Nommé Directeur général du Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS) lors du Conseil des ministres du 18 septembre 2026, il remplace Serge Brice Ngodjou, lui-même nommé en janvier 2025.
Derrière ce changement de direction se dessine une équation plus large : comment transformer les actifs et participations de l’État en véritables leviers de financement, alors que les besoins d’investissement du Gabon imposent de rechercher des alternatives au seul endettement public ?
De la banque d’affaires à l’investissement stratégique
Le choix de Libizangomo prend un relief particulier au regard de son parcours. Avant le FGIS, il dirigeait BGFI Capital, après en avoir été Directeur général adjoint. Le rapport annuel 2022 de BGFIBank confirme son accession cette année-là à la direction générale de la banque d’affaires. Cette même année, BGFI Capital indiquait avoir syndiqué plus de 300 milliards FCFA de financements pour ses clients corporate.
Son expérience dépasse toutefois le financement d’entreprises.
En décembre 2023, Libizangomo était notamment présent comme Directeur général de BGFI Capital lors de la finalisation du rachat de Société Générale Congo par l’État congolais, opération au terme de laquelle BGFIBank Congo avait été retenue comme partenaire de référence pour reprendre les activités de l’établissement.
Cette pratique des opérations financières complexes change désormais de cadre. Au FGIS, il ne s’agit plus de conseiller un État ou une entreprise sur une transaction, mais de piloter directement un instrument d’investissement public.
Le FGIS doit transformer son portefeuille en capacité d’investissement
C’est probablement ici que se situe le cœur de son mandat.
Fin 2025, le FGIS évaluait son portefeuille à environ 360 milliards FCFA, avec un rendement annuel moyen annoncé de 3 à 4 %. L’institution affichait alors l’objectif d’atteindre, à l’horizon 2030, plus de 600 milliards FCFA de valorisation et de reconstituer 200 milliards FCFA de liquidités.
Le défi dépasse donc la simple conservation d’actifs.
Pour jouer pleinement son rôle de fonds souverain, le FGIS doit pouvoir arbitrer ses participations, améliorer leur rendement, mobiliser des co-investisseurs et orienter davantage de capitaux vers les infrastructures et les secteurs considérés comme stratégiques. Ses interventions couvrent déjà des domaines comme l’énergie, l’immobilier, la finance et les infrastructures, notamment à travers plusieurs filiales et participations.
L’expérience de Libizangomo dans la structuration de financements peut devenir pertinente précisément à cet endroit : faire passer le FGIS d’une logique principalement patrimoniale à une logique plus active de mobilisation du capital.
La stabilité de la gouvernance devient elle aussi un enjeu
Sa nomination pose cependant une autre question : celle de la continuité managériale.
Serge Brice Ngodjou avait pris officiellement ses fonctions en février 2025, après avoir remplacé Persis Lionel Essono Ondo, nommé quelques semaines auparavant. Le nouveau changement décidé en septembre 2026 prolonge donc une période de rotations rapprochées à la tête du Fonds.
Pour une institution appelée à gérer des investissements de long terme, cette instabilité constitue un paramètre important. Les infrastructures, l’énergie ou les participations stratégiques se pilotent sur plusieurs années ; leur financement exige également une continuité dans les relations avec investisseurs, banques et partenaires institutionnels.
L’arrivée d’Ismaël Libizangomo sera ainsi observée moins à travers son CV qu’à travers sa capacité à convertir une culture de banque d’affaires en résultats mesurables pour le portefeuille public gabonais : rendement des actifs, capitaux privés mobilisés, financements structurés et capacité du FGIS à soutenir l’investissement sans alourdir mécaniquement le bilan de l’État.
Le passage de BGFI Capital au FGIS marque ainsi un changement de responsabilité majeur : après avoir structuré le capital pour ses clients, Ismaël Libizangomo devra désormais contribuer à structurer le capital stratégique du Gabon.
Patrick Tchounjo
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