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Togo : les 10 dirigeants qui pilotent les plus grands bilans d’un marché à 5 440 milliards FCFA

Par patrick tchounjo6 min de lecture
Togo : les 10 dirigeants qui pilotent les plus grands bilans d’un marché à 5 440 milliards FCFA

Le classement bancaire togolais de 2025 ne raconte pas seulement une bataille de bilans. Il met surtout en lumière dix dirigeants qui pilotent les établissements les plus puissants d’un marché devenu plus vaste, plus concurrentiel et surtout beaucoup plus risqué. Guy-Martial Awona chez Orabank, Estelle Fafa Akue-Koman chez Ecobank, Alassane Kaboré chez Coris ou encore Simplice Toyi Assih à l’UTB évoluent désormais dans un secteur où la croissance des actifs ne suffit plus : le coût du risque a explosé et la rentabilité globale est tombée dans le rouge.

Selon les données provisoires arrêtées au 31 décembre 2025 par la Commission bancaire de l’UMOA, Orabank Togo demeure la première banque du pays avec 771,9 milliards FCFA de bilan, devant Ecobank Togo à 724,2 milliards et Coris Bank International Togo à 615,5 milliards.

Guy-Martial Awona : 771,9 milliards FCFA et la pression du numéro un

À 771,9 milliards FCFA, Orabank Togo conserve la plus importante puissance bilancielle du pays. Pour Guy-Martial Awona, Directeur général de la banque, cette première place représente néanmoins davantage qu’un acquis : moins de 48 milliards FCFA séparent désormais son établissement d’Ecobank.

Le banquier doit donc défendre une position dominante dans un environnement où la qualité du portefeuille prend progressivement autant d’importance que sa taille. Orabank confirme officiellement Guy-Martial Awona à la tête de sa direction générale.

Estelle Fafa Akue-Koman : Ecobank reste à portée du leader

Avec 724,2 milliards FCFA de bilan, Ecobank Togo occupe la deuxième place et reste suffisamment proche d’Orabank pour maintenir ouverte la bataille du leadership.

Aux commandes, Estelle Fafa Akue-Koman pilote une institution dont la portée dépasse le seul marché togolais : Lomé reste le berceau historique du groupe Ecobank. Sa responsabilité consiste désormais à convertir cette puissance de franchise en nouveaux gains de marché. Le site institutionnel d’Ecobank la présente comme Directrice générale et administratrice exécutive d’Ecobank Togo.

Alassane Kaboré : Coris installe durablement un troisième pôle de puissance

Coris Bank International Togo complète le podium avec 615,5 milliards FCFA d’actifs, en progression de 10 % sur un an. Sous Alassane Kaboré, Directeur général depuis 2018, la filiale a progressivement construit une place difficile à contourner.

La banque a également fait progresser sa clientèle de 14,6 % en 2025 et continue de renforcer ses canaux numériques. Kaboré, spécialiste de l’ingénierie financière et du risque, dirige ainsi l’un des principaux challengers du duopole Orabank-Ecobank.

Simplice Toyi Assih : l’UTB garde du poids dans la nouvelle hiérarchie

À 448,8 milliards FCFA, l’Union Togolaise de Banque reste quatrième. Sous la direction de Simplice Toyi Assih, l’établissement conserve une singularité majeure : il demeure la seule banque du classement à capitaux entièrement publics.

Cette position donne à son bilan une dimension particulière, entre impératifs commerciaux, financement de l’économie et responsabilité institutionnelle. L’UTB confirme Simplice Toyi Assih comme Directeur général.

Robert Aimé Diallo : IB Bank entre dans le premier cercle

Cinquième avec 430,1 milliards FCFA de bilan, IB Bank Togo est désormais dirigée par Robert Aimé Diallo, nommé en octobre 2024.

Son mandat est celui d’une consolidation. Ancienne BTCI, l’institution appartient désormais à IB Holding et cherche à transformer son repositionnement actionnarial en croissance durable. Diallo apporte une expérience construite notamment dans la finance, le corporate banking, le contrôle et la gestion des risques.

Tjima Diabaté : BSIC poursuit sa remontée

Avec 412,2 milliards FCFA, BSIC Togo occupe le sixième rang sous la direction de Tjima Diabaté.

Arrivé à la tête de l’institution en septembre 2024, ce spécialiste du risque de crédit pilote une banque qui avait affiché sa volonté de retrouver durablement la rentabilité et de se rapprocher du Top 5. À la lumière du classement 2025, l’objectif n’est plus très éloigné : moins de 18 milliards FCFA séparent BSIC d’IB Bank.

Gomez Konan : NSIA construit sa présence togolaise par la succursale

La succursale togolaise de NSIA Banque Bénin se classe septième avec 344,5 milliards FCFA de bilan.

Elle est dirigée par Gomez Konan, dont la fonction est bien celle de Directeur de la succursale, et non de Directeur général d’une entité bancaire togolaise autonome. Cette précision institutionnelle est importante. En juin 2026, NSIA Holding Financière le présentait encore officiellement à cette fonction lors d’une opération de certification du groupe.

Koffi Kra Babacauh : Banque Atlantique conserve une place significative

À 303,7 milliards FCFA, Banque Atlantique Togo occupe la huitième position.

La banque est conduite par Koffi Kra Babacauh, Directeur général. Dans un marché où les six premières institutions ont déjà franchi ou approchent les 400 milliards FCFA d’actifs, son enjeu est désormais de réduire la distance avec le deuxième peloton tout en protégeant la rentabilité. L’annuaire bancaire de la BCEAO le confirme à la tête de l’établissement.

Adam Moussa Adoum : un nouveau dirigeant pour la BIA Togo

La neuvième place revient à BIA Togo, avec 234,1 milliards FCFA de bilan.

Le cas de l’établissement est particulièrement intéressant car son leadership vient d’évoluer. Adam Moussa Adoum a été nommé Directeur général en juin 2026, succédant à Abdelouahed El Kiram. Issu du groupe Attijariwafa bank, il hérite donc aujourd’hui d’une institution historique du marché togolais avec un mandat mêlant continuité, développement commercial et transformation bancaire.

Youssef Ibrahimi : BOA Togo ferme le Top 10 à 228,5 milliards FCFA

Bank of Africa Togo complète le Top 10 avec 228,5 milliards FCFA.

À sa tête depuis août 2021, Youssef Ibrahimi possède un parcours largement construit dans le réseau Bank of Africa en Afrique de l’Ouest. Son défi consiste désormais à replacer BOA dans une dynamique suffisamment rapide pour rattraper les établissements qui la précèdent.

Le site officiel de BOA Togo le confirme toujours comme Directeur général.

Derrière les dirigeants, un marché qui change brutalement de nature

Ces dix banquiers pilotent les principaux bilans d’un secteur qui continue de croître : 5 440,3 milliards FCFA d’actifs à fin 2025, en hausse de 6,2 %.

Mais les indicateurs prudentiels donnent une lecture beaucoup moins confortable.

Les crédits atteignent 2 412,9 milliards FCFA, en hausse limitée de 2,4 %, alors que les ressources progressent davantage. Surtout, les crédits en souffrance bondissent de 116,7 %, à 183,7 milliards FCFA.

Le coût net du risque atteint 96,9 milliards FCFA, contre seulement 19,1 milliards un an auparavant, soit une envolée de 407,5 %.

Et ce chiffre suffit à bouleverser toute la hiérarchie des priorités.

Le secteur réalise pourtant 233,84 milliards FCFA de produit net bancaire, en croissance de 10,8 %. Mais la détérioration du risque absorbe la performance opérationnelle et fait basculer le résultat net collectif de +47,3 milliards FCFA en 2024 à -20,51 milliards en 2025.

Dix dirigeants, une même nouvelle bataille

Guy-Martial Awona défend le leadership. Estelle Fafa Akue-Koman peut encore viser la première place. Alassane Kaboré poursuit la construction de Coris. Simplice Toyi Assih doit conjuguer poids public et efficacité. Robert Aimé Diallo consolide IB Bank. Tjima Diabaté rapproche BSIC du Top 5. Gomez Konan développe l’empreinte NSIA. Koffi Kra Babacauh défend Banque Atlantique. Adam Moussa Adoum prend en main la transformation de BIA. Youssef Ibrahimi cherche à accélérer BOA.

Leurs stratégies diffèrent. Leur équation devient pourtant commune.

Dans le Togo bancaire de 2026, la course aux milliards de bilan ne suffira plus à départager les meilleurs dirigeants. Après l’explosion du coût du risque observée en 2025, la véritable hiérarchie se dessinera désormais dans la capacité à sélectionner le crédit, recouvrer, provisionner, protéger le capital et préserver la rentabilité.

Le classement montre qui possède aujourd’hui les plus gros bilans.

La prochaine étape montrera qui sait réellement les piloter.

Patrick Tchounjo

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