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RDC : avec 75 millions USD de la Banque mondiale, le pays enclenche enfin le second recensement de sa population

La République démocratique du Congo s’apprête à franchir une étape historique. Plus de quarante ans après son unique recensement scientifique réalisé en 1984, le pays relance enfin le chantier du Deuxième Recensement Général de la Population et de l’Habitat. À Kinshasa, le 23 mars 2026, une table ronde organisée par le ministère du Plan et de la Coordination de l’Aide au développement a marqué une avancée majeure : la Banque mondiale y a annoncé la mobilisation d’un financement global de 100 millions de dollars, dont 75 millions USD spécifiquement dédiés au lancement du RGPH2. Derrière ce financement, c’est bien plus qu’une opération statistique qui se dessine : une nouvelle architecture de planification, de gouvernance et de développement pour l’un des pays les plus stratégiques du continent.

Pendant des décennies, la RDC a avancé avec une faiblesse structurelle silencieuse, mais décisive : l’absence de données démographiques fiables, récentes et exploitables. Dans un pays-continent, où la pression sur les services publics, les infrastructures, l’emploi, la santé, l’éducation et l’aménagement du territoire ne cesse de croître, continuer à planifier sans base statistique solide relevait d’un pari risqué.

C’est précisément ce vide que le gouvernement congolais veut désormais combler. Avec le Deuxième Recensement Général de la Population et de l’Habitat, le pays ne cherche pas seulement à compter ses habitants. Il veut se donner les moyens de mieux comprendre sa réalité démographique, de mieux cibler la pauvreté, de mieux répartir les ressources et de mieux orienter ses politiques publiques.

Un financement décisif pour lancer un chantier attendu depuis plus de 30 ans

Le signal politique et financier envoyé à Kinshasa est fort. Lors de la table ronde sur le financement organisée le 23 mars 2026, la Banque mondiale a annoncé la mobilisation d’un financement global de 100 millions de dollars, dont 75 millions USD consacrés au soutien du RGPH2.

Cette annonce donne une impulsion nouvelle à un projet longtemps attendu. Elle inscrit le recensement dans une dynamique plus large de renforcement du système statistique national, de création d’emplois et d’amélioration de la gouvernance économique. Car un recensement moderne ne sert pas uniquement à produire des chiffres. Il permet aussi de bâtir une capacité nationale durable en matière de collecte, de traitement et d’exploitation des données.

Dans le cas congolais, cet enjeu est particulièrement crucial. L’absence prolongée de statistiques fiables a longtemps limité la capacité de l’État à planifier les investissements, à orienter efficacement les politiques publiques et à définir avec précision les besoins des territoires.

Le RGPH2, bien plus qu’un comptage : un outil pour façonner l’avenir

En RDC, ce deuxième recensement prend une dimension presque fondatrice. Plus de quarante ans après l’exercice scientifique de 1984, le pays prend un virage historique. Le RGPH2 apparaît comme un levier stratégique pour refonder la décision publique sur des bases plus solides.

Ce chantier doit permettre de combler le déficit de données démographiques accumulé depuis plus de trois décennies. Or ce déficit n’est pas une simple faiblesse administrative. Il constitue un frein direct à la qualité des indicateurs, à la planification économique, au ciblage social et à l’efficacité de l’action publique.

Un État qui ne connaît pas précisément sa population, sa répartition, ses dynamiques d’urbanisation, la composition des ménages ou les besoins réels des territoires, gouverne en partie à l’aveugle. En ce sens, le RGPH2 est un instrument de vérité. Il doit permettre à la RDC de disposer enfin d’une cartographie humaine et territoriale suffisamment précise pour soutenir son développement.

Un projet de 192 millions USD pour produire des données enfin exploitables

L’ambition est à la hauteur de l’enjeu. Le projet nécessite un budget estimé à 192 millions USD. Ces ressources doivent financer la cartographie nationale, les outils numériques ainsi que l’appui des partenaires techniques, afin de produire des données exploitables pour la planification et le suivi de plus de 40 % des indicateurs des Objectifs de Développement Durable.

Cette précision montre à quel point le recensement dépasse la seule logique démographique. Il devient un socle d’information indispensable pour suivre les engagements de développement, mesurer les progrès réels et réorienter les politiques lorsque cela est nécessaire.

Dans un pays de la taille et du poids de la RDC, la disponibilité de données actualisées ne concerne d’ailleurs pas uniquement Kinshasa. Elle intéresse aussi l’ensemble du continent, tant le poids démographique congolais influence les trajectoires africaines en matière d’urbanisation, d’emploi, de sécurité alimentaire, de transition sociale et de développement.

Trois partenaires majeurs pour sécuriser la réussite de l’opération

La réussite du RGPH2 repose sur un dispositif de financement coordonné autour de plusieurs partenaires majeurs. La Banque mondiale joue un rôle central avec ses 75 millions USD destinés au soutien du recensement dans le cadre d’un engagement global de 100 millions USD.

Le FMI, lui, accompagne le processus dans le cadre de son programme économique, avec un appui global de près de 3 milliards USD, orienté vers la stabilité macroéconomique, la rationalisation des finances publiques et la mobilisation des recettes. Même si ce soutien ne se réduit pas au seul recensement, il participe à créer un environnement plus robuste pour sa mise en œuvre.

Le système des Nations Unies apporte de son côté 3 millions USD en appui initial. Son rôle est déterminant dans l’assistance technique, la coordination du panier commun et l’accompagnement opérationnel à travers plusieurs agences spécialisées.

Enfin, la Banque africaine de développement annonce une contribution de 80 millions USD, dont 50 millions pour les opérations de recensement proprement dites et 30 millions pour le renforcement des capacités des institutions nationales, notamment l’INS et les structures de planification.

Cet agencement traduit une volonté claire : produire des données fiables, renforcer la gouvernance et améliorer durablement la planification économique du pays.

Pourquoi le recensement est crucial pour la gouvernance économique

Ce qui se joue avec le RGPH2, c’est aussi une meilleure capacité de l’État congolais à hiérarchiser ses priorités. Sans statistiques actualisées, il devient difficile de savoir où investir en urgence, quelles zones nécessitent davantage d’écoles, d’hôpitaux, de routes, d’infrastructures sociales ou de services administratifs.

Le recensement doit permettre une planification nationale plus efficace, une meilleure orientation des politiques publiques, une allocation plus pertinente des ressources sur le territoire, l’élaboration du plan national stratégique de développement et l’évaluation de l’atteinte des ODD.

En clair, les données issues du RGPH2 doivent devenir un langage commun entre l’État, les bailleurs, les collectivités, les investisseurs et les institutions techniques. Elles permettront de sortir d’une logique d’estimation approximative pour entrer dans une culture de pilotage fondée sur l’évidence.

Un enjeu national, mais aussi africain

La RDC n’est pas un pays comme les autres dans les équilibres démographiques africains. Son poids humain, territorial et économique en fait un acteur central dans l’avenir du continent. C’est pourquoi les données qui sortiront du RGPH2 auront une valeur bien au-delà de ses frontières.

Mieux connaître la population congolaise, ses dynamiques, ses besoins et ses répartitions territoriales, c’est aussi mieux comprendre certaines des grandes mutations africaines en cours. Urbanisation rapide, pression sur les services publics, besoins en infrastructures, croissance des jeunesses, défis sociaux et économiques : tout cela se lit avec une intensité particulière en RDC.

Dans cette perspective, le recensement devient un outil stratégique non seulement pour le pays, mais aussi pour les partenaires internationaux, les institutions africaines et tous ceux qui réfléchissent à l’avenir du développement sur le continent.

Le retour de l’État statistique

Au fond, la relance du Deuxième Recensement Général de la Population et de l’Habitat marque le retour d’une ambition essentielle : celle d’un État qui veut mieux se connaître pour mieux agir. Après des décennies de manque de données, la RDC choisit de reconstruire l’un des fondements les plus importants de la puissance publique moderne : la capacité à mesurer, à comprendre et à planifier.

Avec 75 millions USD de la Banque mondiale pour enclencher la machine, et des engagements complémentaires du FMI, du système des Nations Unies et de la Banque africaine de développement, le pays pose les bases d’un chantier structurant. Le RGPH2 n’est pas seulement une opération statistique. Il est une infrastructure invisible, mais décisive, de la gouvernance économique.

Patrick Tchounjo

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