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APSB : Amine Maamri et son bureau exécutif reconduits jusqu’en 2028

Le renouvellement du mandat du Bureau exécutif de l’Association Professionnelle des Sociétés de Bourse jusqu’en mai 2028 n’est pas une simple décision de gouvernance interne. Il révèle un enjeu plus profond : le marché marocain des capitaux entre dans une phase où la continuité devient un outil stratégique. Dans un environnement financier qui exige davantage de profondeur, de liquidité, de transparence et d’innovation, l’APSB choisit de reconduire une équipe déjà installée pour éviter la rupture et maintenir le rythme des chantiers engagés.

La reconduction d’Amine Maamri, Directeur Général de CDG Capital Bourse, comme président, aux côtés de Majd Guebbas, Directeur Général de BMCE Capital Bourse, et de Kaoutar Hsaine, Directrice Générale de Valoris Securities, traduit d’abord un signal de confiance. Mais cette confiance ne se limite pas aux personnes. Elle porte sur une ligne de travail : renforcer le rôle des sociétés de bourse dans un système financier marocain encore dominé par le financement bancaire, alors que le marché des capitaux est appelé à devenir un levier plus actif de financement des entreprises, d’investissement de long terme et d’élargissement de l’épargne productive.

Le vrai enjeu est là. Les sociétés de bourse ne veulent plus être perçues uniquement comme des intermédiaires d’exécution entre acheteurs et vendeurs de titres. Elles cherchent à devenir des acteurs plus structurants de la place financière : accompagnement des émetteurs, conseil aux investisseurs, animation du marché secondaire, éducation financière, contribution aux réformes et promotion d’une culture boursière plus large. Dans un marché où l’attractivité ne se décrète pas, leur rôle devient déterminant pour transformer la Bourse de Casablanca en plateforme plus dynamique, plus accessible et plus utile à l’économie réelle.

Cette décision intervient aussi dans une période où le Maroc veut renforcer son statut de hub financier régional. Pour y parvenir, la place marocaine doit montrer qu’elle peut mobiliser plus de capitaux, attirer davantage d’émetteurs, élargir sa base d’investisseurs et moderniser ses pratiques. Or, ces objectifs supposent une profession boursière organisée, audible et capable de parler d’une seule voix face aux régulateurs, aux entreprises, aux investisseurs institutionnels et au grand public. Le renouvellement du Bureau exécutif de l’APSB répond donc à un besoin de stabilité dans la représentation d’un secteur qui veut peser davantage dans les choix financiers du pays.

La présence d’acteurs issus de CDG Capital Bourse, BMCE Capital Bourse et Valoris Securities donne également une lecture intéressante de l’équilibre recherché. Le bureau reconduit rassemble des profils venant d’institutions importantes de la place, avec des expériences différentes mais complémentaires. Cela peut permettre à l’APSB de défendre une vision à la fois institutionnelle, commerciale et opérationnelle du marché. Pour une association professionnelle, l’enjeu n’est pas seulement de représenter ses membres, mais de construire une position collective crédible dans un écosystème où les intérêts peuvent parfois diverger.

Le communiqué insiste sur la modernisation du marché, l’accompagnement des acteurs de la place et la promotion de l’attractivité boursière. Ces mots sont importants, mais ils doivent être lus comme un programme de travail. Moderniser le marché, c’est améliorer les outils, les standards, la qualité de l’information et l’expérience investisseur. Accompagner les acteurs, c’est aider les sociétés de bourse à s’adapter à la digitalisation, aux nouvelles exigences de conformité, aux attentes des clients et à la montée de la concurrence. Promouvoir l’attractivité, c’est convaincre les entreprises que la Bourse peut être une solution de financement crédible, et convaincre les épargnants que le marché peut offrir des opportunités compréhensibles et encadrées.

Le renouvellement jusqu’en 2028 donne donc du temps. C’est un élément essentiel. Les marchés financiers se construisent rarement par à-coups. Ils avancent par réformes successives, par confiance accumulée, par pédagogie et par amélioration progressive des infrastructures. En prolongeant le mandat de son Bureau exécutif, l’APSB semble privilégier une logique de trajectoire plutôt qu’un changement de cycle. Cela peut être un avantage si cette continuité produit des résultats visibles : plus de liquidité, plus d’introductions en bourse, plus de produits adaptés, plus de participation des investisseurs et une meilleure contribution du marché au financement de l’économie.

Mais cette reconduction crée aussi une responsabilité. Elle oblige l’équipe actuelle à transformer la confiance reçue en résultats concrets. Le marché marocain des capitaux ne manque pas seulement de structures ; il a besoin d’usage. Il doit être davantage utilisé par les entreprises, mieux compris par les particuliers et plus animé par les investisseurs. Le défi de l’APSB sera donc de sortir d’une logique strictement professionnelle pour contribuer à une ambition plus large : faire de la Bourse un outil économique vivant, pas seulement un compartiment financier réservé aux initiés.

La décision du 19 mai 2026 dit finalement quelque chose de la maturité de la place marocaine. Le secteur ne cherche pas une rupture spectaculaire, mais une consolidation méthodique. En reconduisant Amine Maamri et son bureau, l’APSB mise sur la continuité pour poursuivre la transformation du marché. Reste désormais à faire de cette stabilité un accélérateur. Car dans un contexte africain où les capitaux deviennent plus sélectifs, où les entreprises cherchent des financements alternatifs et où les investisseurs veulent plus de transparence, le marché marocain ne peut pas seulement être solide. Il doit devenir plus profond, plus liquide, plus ouvert et plus influent.

Patrick Tchounjo

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