FANAF 2026 : après 50 ans, le défi d’une assurance africaine plus inclusive

L’assurance africaine entre aujourd’hui dans un moment de vérité. Longtemps perçue comme un produit réservé aux entreprises, aux salariés formels ou aux ménages les mieux structurés, elle doit désormais changer d’échelle. Ce lundi 6 juillet 2026, à Cotonou, s’ouvrent les États généraux de l’Assurance pour Tous, un rendez-vous panafricain qui se tiendra jusqu’au 8 juillet sous la présidence de Mamadou G.K. Koné, élu le 11 février 2026 à Abidjan à la tête de la FANAF. L’enjeu est clair : faire de l’assurance non plus un privilège de marché, mais un instrument massif de protection économique, sociale et financière pour les populations africaines.
Organisé par la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines, en partenariat avec l’Association des Sociétés d’Assurances du Bénin, ce sommet réunit au Sofitel Cotonou Marina plus de 400 participants venus d’une vingtaine de pays africains. Assureurs, réassureurs, régulateurs, ministres, institutions financières, bailleurs de fonds, fintechs et représentants des consommateurs y sont conviés autour d’un objectif central : poser les bases d’un Pacte panafricain de l’assurance inclusive.
L’enjeu dépasse largement la communication sectorielle. Dans une Afrique exposée aux chocs climatiques, sanitaires, agricoles, économiques et sociaux, l’assurance devient un pilier de résilience. Elle protège les revenus, sécurise les exploitations agricoles, accompagne les petites entreprises, réduit la vulnérabilité des ménages et renforce la capacité des économies à absorber les crises. Pourtant, dans de nombreux marchés, elle reste encore insuffisamment comprise, trop peu distribuée et souvent éloignée des réalités quotidiennes des populations.
C’est là que les États généraux de Cotonou prennent leur portée stratégique. L’assurance inclusive suppose de repenser les modèles classiques : produits plus simples, primes accessibles, canaux digitaux, partenariats avec les fintechs, distribution via mobile money, meilleure pédagogie financière et mécanismes adaptés aux revenus irréguliers. Elle exige aussi une coopération plus étroite entre assureurs, régulateurs, pouvoirs publics et acteurs technologiques.
Pour la FANAF, cette rencontre intervient dans une année symbolique. L’organisation a célébré ses 50 ans d’existence lors de sa 50e Assemblée générale tenue à Abidjan en février 2026. Après un demi-siècle de structuration du secteur, le défi n’est plus seulement de consolider les compagnies d’assurance africaines. Il est de rendre leur utilité plus visible, plus concrète et plus accessible aux populations.
Le choix de Cotonou n’est donc pas anodin. Il inscrit le Bénin dans une réflexion continentale sur l’avenir de la protection financière. Dans un contexte où les États cherchent à réduire les vulnérabilités sociales tout en mobilisant davantage le secteur privé, l’assurance inclusive peut devenir un levier de développement. Elle permet de mieux protéger les petits entrepreneurs, les agriculteurs, les travailleurs informels, les femmes, les jeunes et les ménages encore peu couverts par les dispositifs traditionnels.
Mais le pacte attendu ne pourra produire d’effets que s’il débouche sur des engagements mesurables. Le secteur devra clarifier ses priorités : élargissement de la couverture, digitalisation responsable, confiance des assurés, traitement rapide des sinistres, transparence des contrats et adaptation des produits aux réalités africaines. Sans cette exigence, l’assurance inclusive restera un slogan. Avec elle, elle peut devenir une infrastructure invisible mais décisive de la croissance africaine.
À Cotonou, la FANAF ne réunit donc pas seulement un secteur. Elle ouvre une discussion plus profonde sur la manière dont l’Afrique veut protéger ses populations, financer sa résilience et faire de l’assurance un outil de confiance collective.
Patrick Tchounjo



