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BICICI : Ahmed Cissé s’empare du bloc de la BNI et porte son influence à près de 40 %

À travers Brandon & Mcain Capital, Ahmed Cissé s’apprête à reprendre les 21,09 % de la BICICI détenus par la Banque nationale d’investissement. Sous réserve des autorisations réglementaires, l’opération ferait de l’entrepreneur ivoirien le premier actionnaire d’une banque rentable, cotée et historiquement liée à BNP Paribas. Elle ouvre surtout une nouvelle question : comment transformer une montée au capital en véritable projet bancaire ?

Le centre de gravité de la BICICI continue de se déplacer vers Abidjan. Le 13 juillet 2026, la Banque nationale d’investissement a conclu avec Brandon & Mcain Capital un accord portant sur la cession de ses 3 514 941 actions, représentant 21,09 % du capital et des droits de vote de la Banque internationale pour le commerce et l’industrie de Côte d’Ivoire. La réalisation définitive de l’opération reste soumise aux autorisations requises.

Derrière Brandon & Mcain Capital se trouve Ahmed Cissé, président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire, réélu à cette fonction en novembre 2025. Son groupe détenait déjà environ 19,11 % de la BICICI. Une fois la transaction finalisée, son bloc atteindrait près de 40,2 %, lui donnant une influence déterminante sans constituer, à lui seul, une majorité absolue.

De la sortie de BNP Paribas à l’émergence d’un actionnaire ivoirien

L’opération parachève une recomposition engagée plusieurs années auparavant. En 2022, un consortium d’investisseurs ivoiriens, comprenant notamment la BNI, avait repris les participations de BNP Paribas et de Proparco dans la BICICI. La banque entrait alors dans une nouvelle séquence, marquée par le recul de son actionnaire historique français et la montée d’intérêts nationaux.

Le rachat du bloc de la BNI constitue une étape supplémentaire. Il ne s’agit plus uniquement d’ivoiriser le tour de table, mais de faire émerger un actionnaire privé capable d’assumer une responsabilité durable dans la stratégie, la gouvernance et les besoins futurs en capital de l’établissement.

Cette évolution reflète un mouvement plus large. Le retrait progressif de plusieurs groupes européens de leurs filiales africaines ouvre des espaces à des investisseurs locaux et panafricains. Mais acquérir une banque mature ne suffit pas. Encore faut-il disposer des moyens financiers, de la gouvernance et de la vision industrielle nécessaires pour la développer.

La BNI redéploie son capital

Pour la Banque nationale d’investissement, cette cession peut être interprétée comme un arbitrage de portefeuille. L’établissement public se définit comme une institution nationale de financement du développement, chargée de mobiliser des ressources longues et d’intervenir dans le financement sectoriel de l’économie ivoirienne.

Sa sortie de la BICICI pourrait donc lui permettre de réallouer des ressources vers ses propres priorités : financement des entreprises, infrastructures, habitat, transition climatique ou soutien aux secteurs productifs. Le montant de la transaction n’ayant pas été communiqué, il reste toutefois impossible d’évaluer précisément la capacité financière dégagée par cette cession.

L’État ne se désengage pas nécessairement de la politique bancaire. Il modifie plutôt son mode d’intervention, en quittant une participation minoritaire dans une banque commerciale pour concentrer davantage la BNI sur son mandat direct.

Ahmed Cissé achète une banque en pleine progression

La montée au capital intervient alors que la BICICI affiche des performances solides. En 2025, son produit net bancaire a atteint 79,56 milliards de FCFA, en hausse de 16,9 %. Son résultat net est passé de 26,23 milliards à 36,52 milliards de FCFA, tandis que le total de bilan a dépassé 1 126 milliards de FCFA.

Ces résultats donnent à la transaction une dimension particulière. Ahmed Cissé ne reprend pas un établissement à restructurer dans l’urgence, mais un actif rentable disposant d’une marque ancienne, d’une clientèle d’entreprises et d’une place reconnue dans le système bancaire ivoirien.

Les chiffres révèlent néanmoins un enjeu. En 2025, les ressources de la clientèle ont progressé de 16,3 %, alors que les encours de crédits ont reculé de 7,2 %. La banque collecte donc davantage, mais doit améliorer la transformation de cette liquidité en financements productifs, sans dégrader la qualité de son portefeuille.

Le véritable test sera celui du projet bancaire

Avec près de 40,2 % du capital, Brandon & Mcain Capital disposerait d’une capacité renforcée pour influencer les orientations de la BICICI. Le défi sera désormais de définir une stratégie suffisamment claire : conforter la banque d’entreprise, accélérer le digital, renforcer la banque de détail, financer davantage les PME ou préparer une expansion régionale.

La concentration de l’actionnariat peut faciliter les décisions et raccourcir les circuits d’arbitrage. Elle accroît aussi les exigences de gouvernance. La BICICI étant cotée à la BRVM, les intérêts des actionnaires minoritaires, la transparence financière et l’indépendance des organes de contrôle resteront essentiels.

L’opération ne doit donc pas être lue comme une simple acquisition patrimoniale. Elle marque l’émergence d’un capital privé ivoirien capable de prendre des positions structurantes dans le secteur bancaire. Mais la souveraineté financière ne se résume pas à la nationalité de l’actionnaire. Elle se mesure à la capacité de la banque à mobiliser l’épargne, financer les entreprises et accompagner la transformation de l’économie.

Pour Ahmed Cissé, la prise de participation ouvre ainsi une nouvelle phase. Après la conquête du capital vient désormais l’épreuve la plus exigeante : transformer l’influence actionnariale en croissance bancaire durable.

Patrick Tchounjo

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